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mardi 14 juin 2011

Comment réfléchir aux innovations locales

Mardi dernier, j'ai participé à une matinée plutôt intéressante à la FING à Paris. Un atelier était animé par Armel Le Coz et Christophe Tallec, deux designers qui facilitent l'innovation, ce qu'ils appellent le "design de services", c'est-à-dire qu'ils revisitent avec leurs compétences de designer l'expérience d'usagers et des agents pour proposer de nouveaux services. La thématique choisie était la "street democracy" dans le cadre du programme Innovations DemocraTIC de la FING. Pour animer l'atelier, ils ont pris le parti d'inventer deux personnages fictifs, avec une jeune et un vieux, confrontés dans une journée-type à des enjeux liés leur implication dans la vie citoyenne. Chaque idée d'événements venant rythmer sa journée était l'objet d'un post-it auquel répondaient ensuite d'autres post-its pour détailler sa situation et les solutions que notre protagoniste pouvait mettre en oeuvre (des photos ici).


Mon sous-groupe a été l'occasion de retracer les défis d'un universitaire bloqué par une tempête de neige qui va durer plusieurs jours. Comment assurer ses cours ? Comment s'approvisionner en nourriture ? Quelles relations peut-il tisser avec son voisinage dans ce contexte de crise ? La solidarité peut-elle être facilitée par l'émergence de nouveaux services ?

A la FING, difficile d'oublier l'intérêt d'internet pour ces nouveaux services : dans un contexte de crise, on imagine notamment que la Mairie de Lille (la ville fictive de notre personnage) doit communiquer. Elle s'inspire du modèle de Crisismap. Elle met en place une carte collaborative qui permet d'identifier les lieux de services au public. Ce ne sont pas seulement les crèches qui réussissent à ouvrir, très vite les services comme l'alimentation qui relèvent du secteur privé apparaissent aussi sur la carte comme autant de points dessinés par les utilisateurs.

Ce choix est évidemment un parti pris dans l'information, car il apparaît bien vite que la Ville ne peut pas contenter de communiquer uniquement sur les services dont elle a la compétence (et dont elle peut vérifier la véracité). Les personnes autour de la table imaginent vite que la Ville de Lille démontre l'importance de la gouvernance ouverte avec cette crise : les usagers des services participent eux aussi à la capitalisation des informations ce qui améliore l'organisation des services.

En contribuant à la carte, ils informent autant sur les services qui marchent que les zones désertes. Grâce à ces retours en temps réel, les services peuvent s'organiser au mieux. De même, la carte permet de faciliter la vie des voisins : ceux-ci pourront mutualiser leurs déplacements pour s'occuper des personnes qui ne peuvent plus s'approvisionner. On a même retenu quelques leçons de la canicule en 2004. On imagine aussi que les gens peuvent circuler facilement car l'itinéraire des chasses-neiges est connu lui-aussi en temps réel. En période de tempête de neige, j'anticipe avec les autres que le travail des agents sur le terrain est très frustrant. A peine une rue est déblayée que de nouveaux flocons se déposent et donnent l'impression aux habitants que les services restent inactifs. Pour pallier les frustrations des gens, il faut aussi expliquer les problèmes rencontrés en interne. La transparence est aussi une vertu du gouvernement ouvert, surtout à l'heure du story-telling (voir ici un exemple d'un flash régulier sur Twitter).

Lors de l'atelier on évoque aussi l'économie de l'engagement : avec cette carte, on postule évidemment que les habitants auront d'autant plus de "sens civique" si on reconnaît leur engagement. La Ville ayant bien sûr mis en place depuis longtemps une monnaie locale, on s'accommode de la tempête de neige avec les systèmes d'échanges locaux et d'autres formes de circuits courts.

En fait, durant tout l'atelier on s'est plu à imaginer une Ville de Lille idéale et dans les futurs ateliers il sera question de prototyper ces nouveaux services. Cette étape du passage à l'imagination concrète était d'ailleurs l'une des propositions mises en débat vendredi, quand Territoires citoyens, l'association des conseils de développement en PACA organisait une journée de restitution de la tournée de l'ADELS pour expliquer la réforme territoriale grâce à l'appui technique, stratégique et même financier de l'ARDL.

La matinée était animée par Laurent Bielicki sur les mobilisations futures que les conseils de développement vont pouvoir organiser pour faire respecter les démarches de projet alors que le timing de la réforme va plutôt contribuer à fabriquer des coquilles vides. D'ici la fin de l'année, on revoit entièrement le paysage français des intercommunalités. On fusionne, on agrandit le périmètre de chacune sans que les citoyens soient vraiment associés, seules quelques communes comme Le Lavandou ayant décidé d'organiser un référendum. La réforme a été votée en 2010 et les élus n'ont reçu aucun mandat clair de leurs citoyens pour décider de l'avenir des services publics locaux. Cette question récurrente était une nouvelle fois revenue la veille à Gargas dans la Vaucluse où l'ADELS était invitée.

L'après-midi, l'expérimentation était de nouveau à l'ordre du jour, car on avait décidé de faire un petit pas de côté : c'est parce que notre démocratie n'est pas en bonne forme et que la réforme territoriale éloigne le citoyen des lieux où se prennent les décisions que nous avons réfléchi à une quarantaine de propositions pour renverser la donne. Elles visent aussi à remplir plusieurs attentes : dans le cadre de l'université d'été du développement local, organisée par l'UNADEL, on réfléchit à un troisième acte de la décentralisation. Quels pouvoirs pour les citoyens dans cette dernière ? Et la Région PACA a labellisé une série de réunions organisées par les associations "les Fabriques de la démocratie" avant de proposer à l'automne une charte régionale de la démocratie de proximité. Sur la base de ce qu'on avait entendu en PACA et sur d'autres sources, j'avais donc synthétisé des propositions qu'il s'agissait de retenir ou de modifier. J'ai animé ce débat axé sur un colorvote pour aider "Territoires citoyens" à adresser ses recommandations à la région PACA (les propositions étaient visibles sur un prezi).



C'est dans ce contexte que la proposition suivante a été adoptée :
13. Développer "la pratique collective du test, la production de maquettes de services et de simulations, le prototypage de solutions sur le terrain" comme le suggère la 27e Région. La Région est un bon échelon car elle peut mettre en œuvre différentes politiques publiques de manière participative. Il faut pour cela partir de l'expérience des usagers et tester avec eux de nouvelles solutions qui partent du potentiel des acteurs de chaque territoire, non pour tester et dégager des bonnes pratiques qui seraient généralisables sur n'importe quel territoire, mais pour prendre en compte les spécificités des acteurs et leur capacité d'innovation : chaque organisation doit pouvoir adopter des solutions sur mesure aux défis du terrain.

Cette proposition était intéressante parce qu'elle croise à la fois l'enjeu du test (ce que les designers appellent le "prototypage") et la question de l'auto-organisation au niveau local. Reste à se poser la question de l'auto-organisation "de qui ?" C'est sans doute significatif qu'une autre proposition, sur une modalité pratique de cette auto-organisation, a rencontré beaucoup plus de résistance :
24. La culture de la participation existe peu dans les administrations. Pour une réelle participation, la collaboration de toutes les intelligences est essentielle. Il faut donc créer des dynamiques de laboratoire où sont non seulement observées mais fabriquées, expérimentées et évaluées les pratiques participatives. Cela passe aussi par la possibilité pour les agents d'expérimenter et d'avoir un budget nécessaire pour tester de nouvelles approches et de nouveaux services. Libérer les initiatives en interne oblige à la recherche de résultats à long terme au lieu de privilégier la non-prise de risque et la procédure plutôt que le processus.

Le carton marquant la désapprobation a été levé par plusieurs participants et je n'ai pas compris toutes les objections : j'imagine qu'il y avait une question de vocabulaire, mais pour au moins un des participants, il était difficile de voir les agents publics comme autre chose que de "simples exécutants". Sur cette objection, j'ai été surpris de voir que ce que je prenais pour des évidences dans des lectures récentes n'en étaient pas pour les participants de vendredi : par exemple, dans "Leading Public sector innovation - Co-creating for a better society", le directeur de MindLab Christian Bason explique que d'autres niveaux de responsabilité sont impliqués dans une stratégie permettant de l'innovation à côté du "politique" et du cadre à la tête d'une direction qu'on retrouve classiquement (p.252):
Si les personnes à la tête des équipements publics ("institution") et leurs personnels ne convertissent pas leurs idées dans des pratiques quotidiennes,  qu'importe le potentiel innovateur du responsable politique, des personnes à la tête d'une direction ou du cadre moyen ("middle manager"), les citoyens ne remarqueront aucune différence. Cependant, très peu de ces responsables ont les ressources, les méthodes et les outils pour impliquer leurs personnels, les citoyens, les représentants d'usagers et d'autres participants dans un processus de co-création.

Cette perspective tracée par Christian Bason et illustrée par Ch. Tallec et Armel Le Coz demandera donc un temps d'appropriation pour que toutes les parties prenantes puissent se faire confiance, s'écouter avant de pouvoir collaborer "en toute intelligence". J'imagine bien que le sillage de la 27e Région doive continuer de faire beaucoup d'autres vagues avant que la capacité d'innovation des agents soit davantage reconnue.

mercredi 9 mars 2011

Comment réfléchir à une autre décentralisation et aux dynamiques territoriales ?

La prochaine réunion du groupe inter associatif "décentralisation et dynamiques territoriales" se déroulera demain jeudi 10 mars (au lieu du 11 mars initialement prévu) de 10H à 17H au 1 rue Sainte Lucie (Paris 15ème, station "Charles Michels").
Le thème de cette réunion portera sur le cadre institutionnel et son fonctionnement, et sur les évolutions souhaitables en particulier sous l'angle de la gouvernance et de la démocratie.
Dans cette optique, nos travaux débuterons par une intervention de Jean Pierre WORMS, député de 1981 à 1993, rapporteur de 5 des principales lois de décentralisation et ancien président de La Fonda.

Ce groupe de travail inter associatif, piloté par l'Unadel et l'Adels va travailler durant les prochains mois à l'élaboration d'un cahier de préconisations en vue d'une nouvelle étape de décentralisation au bénéfice des dynamiques de développement des territoires et des populations. Cet ensemble de propositions issu des réflexions d'acteurs du développement local, de l'éducation populaire, de l'économie solidaire, sera ensuite diffusé pour interpellation aux associations d'élus et aux partis politiques pour être débattu lors de l'Université d'été du développement local qui se déroulera du 15 au 17 septembre 2011 à Nancy.


En pratique, le groupe inter associatif  est ouvert et réalisera plusieurs réunions entre la fin février et la mi-juin qui s'appuieront sur des auditions d'experts et/ou d'acteurs du développement local, il travaillera plus spécialement  sur les évolutions du cadre institutionnel, mais aussi des processus et des moyens de développement dans les territoires. En juin 2011, un séminaire de production sera organisé à Paris dans le but de formuler et d'organiser ce cahier de préconisations ou "livre blanc du développement local".

N'hésitez pas à contacter l'ADELS ou l'UNADEL pour connaître le programme des prochaines séances de travail les 19 avril et 17 mai.

mercredi 2 février 2011

Les participants sont tenus informés dans une démarche délibérative pour être efficace


On doit donner aux personnes qui participent à une démarche délibérative des informations claires sur la démarche avant, pendant les rencontres ou initiatives en ligne, entre chacune d’entre elles et après elles. Les organisateurs doivent faire circuler un résumé des prises de positions des participants telles qu’elles ont été présentées aux décideurs. Ils doivent en outre diffuser une information claire sur la décision finale et comment l’apport des participants a pu changer les choses.
Idéalement, tous les rapports et les retours d’information vers les participants doivent être publiés. Les commentaires individuels de participants doivent être anonymisés, afin de permettre que chaque puisse contribuer sans peur de représailles.
Une démarche délibérative efficace doit stimuler parmi les participants de l’intérêt pour les enjeux soulevés ou pour la participation citoyenne en général. Les organisateurs peuvent soutenir et exploiter cette énergie citoyenne en :
·      Encourageant les participants à rester en contact les uns avec les autres après l’événement
·      Donnant aux participants des informations pour les aider à rester attentifs au problème ou au service grâce au volontariat ou au lobbying
·      Diffusant des informations à propos d’autres initiatives participatives
Extrait du document original d'Involve traduit par mes soins : "9 principes pour une participation publique délibérative efficace"

mardi 1 février 2011

Une démarche délibérative est examinée et évaluée pour améliorer les pratiques pour être efficace


Il y a deux raisons principales pour établir un examen et une évaluation d’une participation publique délibérative : d’abord pour déterminer ce qui a été atteint, et secondairement, pour améliorer les pratiques futures.
Une évaluation efficace débute aussi tôt que possible dans la démarche et continue après que la décision stratégique ait été prise. Ceci aide à s’assurer que la démarche est guidée par des objectifs mesurables, qui peuvent être alors utilisées pour tester la réussite, et que les impacts peuvent être attestés et partagés avec les participants.
L’examen et l’évaluation peuvent être réalisés en interne ou de manière indépendante. Une évaluation interne (auto-évaluation, évaluation par les pairs) peut aider à promouvoir les apprentissages internes alors qu’une évaluation externe peut assurer un droit de regard indépendant, une légitimité et une transparence.
Extrait du document original d'Involve traduit par mes soins : "9 principes pour une participation publique délibérative efficace"

lundi 31 janvier 2011

Une démarche délibérative démarche donne la priorité aux discussions des participants pour être efficace


Le sujet principal d’une séquence délibérative reste toujours les discussions parmi les participants. On retrouve dans une démarche délibérative efficace les choses suivantes :
·      La majeure partie du temps est attribuée à la discussion entre les participants dans chaque événement organisé. Les avis exprimés durant ces discussions sont soigneusement enregistrés.
·      L’exercice suit un parcours logique qui alterne formation et discussion, de manière à ce que les participants construisent leurs savoirs qu’ils acquièrent au cours de la démarche et les utilisent.
·      On donne aux participants une diversité de moyens pour exprimer leur point de vue : à la fois collectivement, grâce aux discussions, et individuellement grâce à d’autres méthodes, comme le vote, les post-it, des cartes postales, des panneaux d’affichage (paperboard,…).
·      La démarche donne du temps pour les remontées d’information en plénière (feedback) et pour résumer, de manière à ce que les participants peuvent vérifier et valider les éléments de synthèse qui seront interprétés comme les résultats principaux.
·      Les spécialistes, les décideurs sont informés de manière à ce qu’ils comprennent clairement que leur rôle est de stimuler et de soutenir les discussions parmi les participants, et non de les mener ou de les diriger.
Extrait du document original d'Involve traduit par mes soins : "9 principes pour une participation publique délibérative efficace"

dimanche 30 janvier 2011

Une démarche délibérative traite avec respect les participants pour être efficace


Ce sont les participants qui sont la ressource la plus importante dans les démarches délibératives. Leurs contributions doivent être clairement appréciées et respectées. Cela signifie en pratique :
·      L’implication des décideurs adéquats à la démarche peut être nécessaire.
·      Les organisateurs doivent remplir leur « responsabilité morale » pour soutenir les participants de manière à ce qu’ils sachent ce qui se passe et ne soient pas en danger ou bouleversés.
·      Les organisateurs et les décideurs partagent un engagement fixe en prenant la démarche au sérieux et en respectant l’avis des participants.
·      Les participants se sentent appréciés, à l’aise et bienvenus. Ils peuvent compter sur :
o   Une atmosphère saine et sans agressivité où ils peuvent exprimer librement leur avis.
o   Une démarche bien gérée, qui leur donne confiance dans l’exercice.
o   Un environnement amical et informel dans lequel ils sentent qu’ils peuvent s’exprimer ouvertement.
Extrait du document original d'Involve traduit par mes soins : "9 principes pour une participation publique délibérative efficace"

samedi 29 janvier 2011

Une démarche délibérative implique le bon nombre et les bonnes catégories de personnes pour être efficace


L’échelle du processus délibératif a besoin d’être approprié au but, au contexte et aux objectifs. Pour obtenir le bon nombre et les bonnes catégories de gens durant le bon nombre et types d’évènements, cela signifie que :
·      Des efforts sont faits pour impliquer des gens d’âge différents, comme de sexe, de catégories sociales, de groupes ethniques ou géographiques. La diversité peut être aussi importante que la stricte représentation démographique.
·      Des efforts sont faits pour inclure les personnes qui proviennent de groupes marginalisés ou qu’on écoute peu : les personnes vivant dans la pauvreté ou des quartiers défavorisés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les personnes qui vivent en zone rurale isolée, les banlieusards, tous ceux qui ne bénéficient pas d’affiliation, notamment locales, qui les relient à leur communauté. Il pourrait être utile de bâtir des ponts dans la communauté et les autres activistes qui travaillent avec des communautés exclues. Les initiatives isolées les unes des autres peuvent être utiles (et parfois nécessaires) pour certains groupes, bien qu’il soit aussi important de ne pas renforcer l’exclusion en séparant ces groupes de la démarche d’ensemble.
·      Si c’est nécessaire, les participants peuvent se voir proposer des incitations financières ou d’autres formes de soutien (par exemple, frais de transport, indemnisation, garde parentale,…) pour éviter que des raisons financières les empêchent de participer.
·      Des efforts sont faits pour inclure le bon nombre de personnes. Par exemple, si des sondages se déroulent au cours de l’événement, le nombre de personnes impliquées doit être suffisamment important pour assurer une diversité suffisante des points de vue. De la même manière, le fait d’avoir un grand nombre de personnes peut être précieux quand il est important de démontrer l’importance d’un problème ou le haut niveau de l’exercice participatif.


Extrait du document original d'Involve traduit par mes soins : "9 principes pour une participation publique délibérative efficace"

vendredi 28 janvier 2011

Une démarche délibérative doit être faite sur mesure pour être efficace


Il n’y a pas une conception unique pour la participation publique délibérative. Chaque processus est conçu pour atteindre ses buts et ses objectifs propres. Il répond aussi aux besoins des participants autant que ceux des décideurs.
Il est crucial que les éléments suivants soient clairs dès la conception :
·      Le but et les objectifs de l’exercice (pourquoi et comment)
·      Les retombées attendues (ce qui sera atteint)
·      Les personnes qui devraient être impliquées (spécialistes, décideurs, et participants), et leurs besoins et leurs aspirations potentiellement différentes
·      Le contexte (social, historique, politique) dans lequel va se dérouler la démarche
Extrait du document original d'Involve traduit par mes soins : "9 principes pour une participation publique délibérative efficace"

jeudi 27 janvier 2011

Une démarche délibérative est intègre pour être efficace


L’intégrité et l’ouverture d’esprit de tous (les participants comme les organisateurs) sont parmi les éléments les plus significatifs d’une participation publique délibérative réussie.
Cela signifie :
·      L'étendue des changements possibles dans la stratégie est clairement explicitée depuis le départ. Il est important d'être clair en particulier sur les invariants de la stratégie qui ne seront pas remis en cause par les résultats du processus, de manière à gérer au mieux les aspirations des participants.
·      Les participants sont sincères dans leur volonté d'ouverture d'esprit. Ils écoutent et prennent en compte les avis exprimés par les participants à la fois dans leur détails et plus généralement sur les enjeux stratégiques sont conçus et envisagés.
Les organisateurs communiquent de manière claire les résultats de la démarche.

Extrait du document original d'Involve traduit par mes soins : "9 principes pour une participation publique délibérative efficace"

mercredi 26 janvier 2011

Une démarche délibérative est transparente pour être efficace

Durant un processus délibératif efficace, l’information fournie aux participants, le compte-rendu des avis des participants et les canaux par lesquels leur avis nourrit la décision sont transparents
L’information transparente :
  • Provient d’organisations, publications et autres sources clairement identifiées
  • Est minutieusement établie en vue de l’objectif, avec des données provenant des experts, des parties prenantes ou encore des citoyens (y compris si c’est possible via un conseil consultatif)
  • Reflète une palette de différentes perspectives (et potentiellement conflictuelles)
  • Est accessible à tous les participants (en prenant en compte les différentes niveaux de lecture et langagiers, et les handicaps comme le fait d’être malentendant ou malvoyant)
Le compte-rendu transparent des avis des participants signifie :
  • Les participants sont clairement informés sur ce qui est enregistré et reproduit avec leur nom
  • Chaque participant peut espérer recevoir un rapport résumant les avis des participants
Les processus de décisions sont transparents si :
  • La manière dont les résultats de la participation publique délibérative seront certainement utilisés est claire pour toutes les personnes impliquées
  • La manière dont les décideurs utilisent leur contribution avec d’autres sources dans la fabrique de leurs décisions est claire pour les participants
  • Après le processus participatif, l’impact des contributions publiques est rendu visible
Les processus transparents prennent aussi en compte les avantages et les inconvénients de travailler avec les médias.
 

Extrait du document original d'Involve traduit par mes soins : "9 principes pour une participation publique délibérative efficace"

mardi 25 janvier 2011

Une démarche délibérative doit produire des changements pour être efficace

Un bon processus de participation publique délibérative produit une différence pour les participants, pour les décisions, pour les stratégies et pour les projets et programmes. Cette différence se remarque quand :
  • Les décideurs écoutent et prennent en compte les avis des participants
  • Il y a une preuve claire que les suites dans les décisions ont été influencées
  • Les participants apprennent davantage sur les processus politiques et décisionnels, ainsi que sur les sujets en discussion
  • Les participants participent d’une manière que cela fasse sens pour eux et ils sont donc plus enthousiastes à l’idée de participer à l’avenir
La participation ne sera efficace que si elle intervient au bon moment du processus décisionnel (cf. « Quand utiliser la participation publique délibérative »). Cela veut aussi dire que les processus décisionnels peuvent nécessiter d’évoluer pour tenir compte dans les décisions des délibérations publiques.

Extrait du document original d'Involve traduit par mes soins : "9 principes pour une participation publique délibérative efficace"

lundi 24 janvier 2011

Quand utiliser la participation publique délibérative


La délibération est appropriée quand :
·      Les décideurs sont enclins à écouter et à prendre en compte ces avis publics comme des contributions à des décisions plus solides, basées sur une meilleure compréhension des valeurs du public et de leurs attitudes quant aux enjeux.
·      La décision, stratégie ou service en question implique des problèmes complexes, des incertitudes ou des croyances, valeurs, compréhensions, expériences et comportements conflictuels ; ou un certain point de vue peut sinon en dominer d’autres.
·      La décision demandera des compromis parmi des options stratégiques distinctes et les participants en travaillant ensemble peuvent explorer en détail les impacts des alternatives en vue d’une décision mûrement réfléchie.
·      Le décideur ne peut pas prendre une décision ou la faire exécuter seul ; elle aura besoin d'être agréée par d'autres.

La participation publique délibérative peut être utilisée :
·      A tous les niveaux de gouvernance : local, régional, national et international
·      Dans tous les types de services, qu’ils relèvent du public, du privé ou du tiers-secteur
·      A tous les niveaux de la participation, pour informer, consulter, impliquer et donner du pouvoir aux gens
·      En complément d’autres formes de participations, comme les sondages, les consultations écrites, le développement communautaire, les campagnes ;
·      A n’importe quel moment de la stratégie :
o   Dès qu’un problème est qualifié comme une source d’inquiétude (mise à l’agenda « Policy determination »)
o   Quand le processus pour résoudre le problème et les retombées potentielles sont identifiées (« Policy direction »)
o   Lors de la planification des éléments-clés des retombées désirées et de la manière pour y arriver (« Policy design »)
o   Durant la mise en œuvre, le contrôle et l’évaluation (« Policy delivery »)
La participation publique délibérative ne doit pas être utilisée :
·      Quand les décisions cruciales ont déjà été prises
·      Si il n’y aucune marge de manœuvre réaliste pour que le processus délibératif influence les décisions

Extrait du document original d'Involve traduit par mes soins

mardi 26 octobre 2010

Comment la démocratie est apparue sur Internet

L’espace public traditionnel s'est transformé avec l'arrivée d'Internet et c'est précisément ce qu'étudie Dominique Cardon, sociologue au Laboratoire des usages d’Orange Labs dans son dernier ouvrage au Seuil : la démocratie Internet. "Cet ouvrage voudrait montrer comment (ces attentes) dessinent une forme démocratique propre dont on peut trouver les principes dans l'histoire, les valeurs et les usages d'Internet."(p.10) En permettant à chaque lecteur d'être aussi contributeur à égalité avec les autres, la liberté d'expression prend son envol. Les portes-paroles traditionnels ont plus de difficultés à trier et organiser les informations disponibles pour le public.

L'auteur arrive à retracer ce que fait le web à la démocratie en se concentrant avec nuance sur les vertus de la libération de cette parole dans l'espace public : "Internet permet donc d'enrichir la discussion politique des citoyens. Mais il creuse aussi la fracture entre ceux qui lisent, s'affichent et discutent de politique, et ceux qui, moins politisés, informés par les seuls médias télévisés, n'entrent pas dans la conversation numérique." (p.69)

Les autres facettes de l'e-démocratie sont très rapidement esquissées dans cette synthèse efficace pour le lecteur quel que soit son usage des nouvelles technologies. On aurait aimé voir plus long comme les autres ouvrages de la même collection.

Quelques extraits :

p.86 Par le haut et par le bas, c'est la libération des informations qui, non sans risque, permet aux internautes de s'auto-organiser pour produire des formes collectives et critiques d'un nouveau genre.

p. 100 La méfiance à l'égard d'une parole sans contrôle ni censure cache une méfiance encore plus grande à l'endroit d'une société auto-organisée.

p.85 En rendant plus transparent le travail des administrations et des entreprises, l'accès aux données publiques ne préjuge pas des usages que les internautes, les collectifs associatifs, mais aussi les entreprises et les lobbies, pourront en faire. Soutenu par un argument libéral et une visée libertaire, le mouvement des "données ouvertes" se méfie de la capacité des représentants de conduire le débat avec les citoyens et incite ces derniers à profiter de l'ouverture des données pour les visualiser à leur guise, les agréger en fonction de leur questionnement, les croiser selon leurs interrogations propres.

p.84 Dès lors, celles-ci ne doivent pas chercher à initier ni conduire le débat, mais seulement à rendre plus faciles les conditions dans lesquelles les internautes peuvent créer leur propre débat.

p.80 Derrière l'horizon démocratique du "tout-participatif" se reproduisent des partages qui ont pour origine l'inégale distribution des capitaux socioculturels.

P.19 La participation se répartit systématiquement selon une "loi de puissance" (parfois appelée loi des 1/10/100) qui voit une fraction minime de contributeurs être très active, une petite minorité participer régulièrement et la masse bénéficier des ressources de la communauté sans y apporter de contribution décisive.

lundi 25 octobre 2010

Comment remettre des trophées de l'e-démocratie

Depuis dix ans, Internet et les réseaux sociaux ont développé de nouveaux comportements tournés vers le partage et la collaboration. Ces comportements qui poussent à l'auto-organisation sont fondés sur une culture prononcée pour la transparence et l'accès libre aux données. En chaque internaute se cache un lecteur mais surtout un contributeur potentiel : la participation devient directe entre les lecteurs participants sous la forme d’avis ou de commentaires.

La relation avec les institutions politiques s'en trouve modifiée puisque de nouvelles formes d'interaction dans la gouvernance sont possibles en dehors des périodes électorales. Les sociétés contemporaines sont désormais confrontées à des attentes renouvelées : on parle ainsi de gouvernement ouvert (Open government), de données ouvertes (Open data).

Mais jusqu'où les expériences d'e-démocratie sont-elles allées ? Quelles potentialités recèlent-elles pour les citoyens ? Quels seront les impacts de l'e-démocratie pour la société ? Mais avant tout, qu'est-ce qu'on entend généralement par e-démocratie ? 

L'e-démocratie kezako ?

On peut distinguer quatre grandes tendances que l'on retrouve dans le dossier de Territoires consacré à ce thème publié en février 2010 (n°505). On a d'abord le vote électronique qui connaît ses détracteurs en France. Il est utilisé principalement durant les élections traditionnelles et ne contribue pas à rapprocher les citoyens de la vie politique ou de leurs représentants.

La deuxième possibilité, qui est celle du gouvernement ouvert, repose sur l'idée que la gouvernance doit changer en même temps que les innovations technologiques. Cette évolution de la pensée démocratique implique que les processus de prise de décision, de gouvernement et d’administration doivent être aussi transparents que possible pour permettre une implication forte des citoyens en dehors de la période électorale.

À condition d'être intelligibles, les informations désormais disponibles via internet permettent d'inclure plus de gens dans la boucle en réduisant la distance entre les représentants et les représentés. On peut donc avoir accès au déroulement des travaux des assemblées élues et cette nouvelle transparence est un moteur de la confiance comme a pu l'être l'accès aux documents administratifs par le passé.
Un troisième aspect dérive du gouvernement ouvert sur l'extérieur. Il s'agit de l'ouverture des données publiques. On entend par là toutes les données publiques non nominatives ayant une dimension territoriale, produites soit par l'État, soit par une collectivité territoriale ou même une entreprise sous contrat public.

Ces données permettent, en étant réutilisées par les citoyens eux-même, de produire des services innovants. Comme cette dimension est complexe, Territoires reviendra d'ailleurs dans un prochain numéro sur les usages innovants qui peuvent être faits en France comme à l'étranger dans le domaine.

Enfin, la dernière possibilité à laquelle on pense quand on évoque l'e-démocratie est la participation en ligne. Qu'est-ce qui est vraiment participatif ? Qu'un processus soit accessible sur internet ou non, la question se pose. Pour séparer le bon grain de l'ivraie, il faut distinguer les sites de débat et les sites collaboratifs. Qui décide du résultat final ? Seuls les sites collaboratifs (comme Wikipedia) permettent que la synthèse soit validée par leurs participants.

La plupart des sites dits « participatifs »  relèvent plus du débat public : les internautes réagissent mais leurs propos seront filtrés par les élus qui en feront leur propre analyse. Il n'y a pas plus de place pour peser sur la décision finale que pour une banale pétition, alors que la démocratie participative implique une redistribution des pouvoirs (et de la prise de décision).

L'e-démocratie sur le chemin de la participation ?

Comme chaque année, la ville d'Issy-les-Moulineaux vient d'organiser du 13 au 15 octobre 2010 les Trophées de l'e-démocratie qui récompensent un organisme qui, dans le cadre d'un projet de démocratie sur internet,  « a su manier originalité et pertinence tout en remplissant l’objectif de rendre service aux citoyens ».

Cette année encore, beaucoup d'expériences scrutées et notées par la trentaine d'experts du jury relevaient davantage de l'e-administration que de la participation citoyenne. Ils ne résisteraient pas aux exigences portées par le manifeste que l'Association pour la démocratie et l’éducation locale et sociale (ADELS) a adopté cette année autour de trois valeurs essentielles que sont l'égalité politique, la justice sociale et l'auto-organisation. Mais qu'en est-il des lauréats du concours français pour l'édition 2010 ?

Trois grands prix ont été décernés dans les catégories International, Europe et France : pour la France, c'est le nouveau site internet du Médiateur de la République  qui a remporté le trophée, tandis que le lauréat européen a été remis à la métropole de Rennes. Enfin, dans la catégorie Internationale, il s'agit d'une sénatrice australienne.

Quand il s'agit d'égalité politique, on soupçonne internet des pires maux. S'il est vrai que les internautes sont plus diplômés que les citoyens ordinaires, on pourrait reprocher à l'outil d'exclure de fait une partie de la population. L'expérience du Médiateur de la République apporte une nuance avec son expérience de-administration intelligente. Internet permet de simplifier les procédures de recours. Alors qu'elles sont soumises au droit de réserve, des personnes qui auraient peut-être gardé pour elles des situations kafkaïennes peuvent alerter le médiateur sous le couvert de l'anonymat.

Comme le rappelle le sociologue Dominique Cardon dans La démocratie Internet, « la méfiance à l'égard d'une parole sans contrôle ni censure cache une méfiance encore plus grande à l'endroit d'une société auto-organisée. » Alors que la justice sociale est certainement le parent pauvre de l'e-démocratie, force est de constater que la toile offre plus de possibilités pour toutes les expériences auto-organisées dont le projet d’encyclopédie Wikipédia est la réussite la plus connue.

Mais à qui ces expériences profitent-elles prioritairement ? Dominique Cardon le regrette, mais « derrière l'horizon démocratique du "tout-participatif" se reproduisent des partages qui ont pour origine l'inégale distribution des capitaux socioculturels. » Si l'on n'articule pas une forte présence sur le terrain à ces démarches en ligne, on oublie qu'internet est un outil de mobilisation et de collaboration parmi d'autres s'appuyant avant tout sur des réseaux humains. En continuant d'y prêter attention, on évitera de reprocher à l'e-démocratie de reproduire encore des clivages en ajoutant à la fracture numérique la fracture civique.

France

Le Médiateur de la République a été sélectionné pour son site Le Mediateur et vous, qui consacre sa fonction de relais entre les citoyens et les pouvoirs publics dans leurs réclamations. Le site est bel et bien collaboratif : les inscrits peuvent débattre et répondre aux experts ou encore dialoguer directement avec le Médiateur de la République qui pourra tenter de régler le problème. Les fonctionnaires, sous le couvert de l'anonymat, font remarquer des erreurs administratives qu'ils n'oseraient sinon pas signaler. Jean-Paul Delevoye le souligne : ce n'est pas de la dénonciation, mais ce recueil des réclamations est un élément intéressant, selon lui, dans la  « construction de la meilleure décision politique ».

Europe

Rennes Métropole et la ville de Rennes ont ouvert leurs données publiques pour les rendre disponibles à tous ceux qui voudront en faire quelque chose. C'est la première expérience française en matière de transparence qui a été sélectionnée dans la catégorie européenne. Concrètement, un certain nombre de données enfouies dans des ordinateurs sont rendues publiques en temps réel dans certains secteurs de la vie urbaine, comme l'état des transports ou des escalators. Maintenant que ces données sont accessibles et peuvent être partagées, leur réutilisation par les usagers est rendue possible. Rennes vient même de lancer un concours pour que les citoyens développent des applications sur des téléphones portables à partir de ces données.


International

C'est une sénatrice australienne, Kate Lundy, qui a reçu le trophée pour son engagement avec sa campagne Public sphere pour le gouvernement ouvert. Elle a ainsi organisé plusieurs forums pour un gouvernance plus participative. Ces rencontres qui rassemblaient des professionnels du domaine comme des citoyens a permis d’établir des recommandations en utilisant comme outil collaboratif un wiki. Ce rapport qui appelle à améliorer l’efficacité et la transparence de l’administration (loi sur l’information,...), à permettre l’implication de tous dans la réponse aux défis modernes complexes comme le changement climatique. Cette campagne a réussi en débouchant sur l'adoption par le gouvernement de l’époque d'une déclaration sur le sujet qui décline des axes de travail. Depuis, les choses évoluent : l'ensemble des publications de l'administration par exemple ne relèvent plus du copyright mais de la licence "Creative commons". Ainsi le gouvernement permet la réutilisation gratuite de toutes les informations des administrations à condition de citer la source.

mardi 14 septembre 2010

Comment l'ADELS fait parler d'elle sur Internet

Depuis hier, je suis chargé de la politique de communication de l'ADELS. Vaste programme... Elle édite déjà une excellente revue, Territoires, qui gagnerait à être davantage connue et reconnue. Elle édite déjà des livres, avec notamment certains guides pratiques ou des livres théoriques.

Et puis il y a Internet. Elle est présente sur Facebook, elle a un site internet un peu vieillot et des blogs pour des besoins très précis (celui de la rédaction de Territoires, un blog pour chaque rencontre de la démocratie locale qu'elle organise régulièrement). Face aux faibles moyens mis sur la communication jusqu'à présent, il fallait réfléchir à l'e-réputation de l'association en même temps qu'on réfléchit à la refonte de son site internet. Qu'est-ce qu'on retrouve sur Internet sur elle ? Quelles sont les informations que l'on retrouve sur le web mais pas sur son site ? Les vidéos dans lesquelles on la cite ou on interroge certains de ses membres ?

Ce questionnement a donné lieu à la cartographie suivante :


Désormais à la suite de ce travail il y a plusieurs moyens de valoriser ces ressources :
  • en incluant sur le site internet de l'ADELS toutes les informations, vidéos,... dont l'association est à l'origine et qu'elle ne valorise pas encore. L'exemple-typique est cet entretien de Georges Gontcharoff sur la réforme des collectivités territoriales.
  • en animant une démarche de réseau pour promouvoir le site de l'ADELS et ses productions sur les sites qui parlaient déjà d'elle, l'ensemble du contenu du site va passer en Creative Commons pour la libérer du droit d'auteur trop restrictif
  • en continuant cette démarche en attirant de nouveaux contributeurs pour le site de l'ADELS pour témoigner des réalités de la démocratie locale en France
Ainsi en réalisant cet état des lieux, il y a de grandes chances pour que la cartographie des ressources sur le web permettent d'animer une stratégie collaborative qui sera gagnante-gagnante du point de vue éditorial. Rendez-vous dans un an pour faire le bilan !

vendredi 10 septembre 2010

Comment réévaluer la démocratie locale à Paris

A la suite du Printemps de la démocratie locale à Paris, je faisais un vœu pieux :
Une évaluation un tant soit peu rigoureuse demandera donc un minimum de moyens humains pour la mener à bien : il faut du temps et de l'énergie pour analyser tous les rapports des instances, mener des entretiens et des sondages, analyser des questionnaires.
La proposition a été plébiscitée puisque sur une cinquantaine de propositions, la question de l'évaluation a été classée dans le top 7 des préoccupations des participants. La dimension de l'évaluation a d'ailleurs été évoquée par la Commission Parisienne du Débat Public le 8 septembre avec une présentation que j'ai basée sur le billet écrit le 23 avril. Du coup, un groupe de travail va se former au sein de la CPDP pour proposer un référentiel. Comme il est important qu'on associe dans ce travail les instances et leurs participants (la méthode n'est pas fixée), je commence par publier ce travail sur ce blog. Une carte heuristique est visible entièrement ici et résume les propositions que je ferai à la CPDP.


jeudi 9 septembre 2010

Comment garantir le bon fonctionnement d'une concertation

Parfois les concertations publiques se déroulent mal. Saisie de cette question, la Commission Parisienne du Débat Public a réfléchi au profil d'une personne qui servirait de médiateur dans une concertation publique. "Le rôle et le profil du garant ici définis s’inscrivent dans la continuité des fonctions déjà  confiées  par  la  Ville  de Paris sur  de  grands  chantiers  municipaux  à  un  garant.  Ils  en précisent  le  sens  et  le  contour  en  tenant  compte  de  la  Charte  parisienne  de  la participation adoptée récemment" :

La concertation est placée sous la vigilance d’un garant qui, impliqué dans toutes les phases de la concertation, facilite le dialogue entre les acteurs et l’expression de tous les avis.

Il veille au respect des modalités et étapes du processus telles qu’elles sont énoncées dans la Charte Parisienne de la Participation et prévues dans le plan de concertation.

1. Garantir la participation du plus grand nombre

Le garant veille au respect des engagements pris dans la Charte Parisienne de la Participation en matière de recherche de la participation du plus grand nombre.

Il veille par conséquent à ce que la pluralité des citoyens, instances de démocratie participatives, associations de quartier ou associations spécialisées soit consultée.

En outre, il s’assure que l’expression des attentes des populations jeunes, de celles qui connaissent des difficultés sociales et de celles qui sont en situation de handicap, soit systématiquement recherchée selon des modalités adaptées.
 
(...)  L’enjeu métropolitain du projet sont également des objectifs constants de la concertation.

2. Veiller à la diffusion d’une information transparente et accessible pour le grand public

Le garant veille, en lien avec les autorités compétentes, à ce que chacun ait accès à une information complète,  pluraliste, transparente, et compréhensible de tous, notamment des non spécialistes, tout au long du processus participatif.

Il veille à la mise en ligne des informations dans des délais raisonnables sur le site dédié et au rôle de la Maison du Projet comme lieu d’accueil et d’information de qualité.

3. Garantir la prise en compte des avis exprimés et la restitution des décisions dans un esprit de construction commune

Le rôle du garant ne se confond pas avec celui de l’animateur, c’est pourquoi il n’est pas comptable de la bonne tenue de la réunion, de la circulation de la parole et de l’esprit de respect mutuel qui doit y présider.

Le garant valide les comptes-rendus de réunions. Il oriente les travaux à venir et les thèmes à aborder dans les concertations de l’année suivante. Il participe à la rédaction de bilans d’étape réguliers.

Il a en charge le bilan annuel de la concertation pour lequel il rédige un rapport. Il restitue aux élus et aux citoyens ses conclusions lors de l’Assemblée annuelle de la Concertation dont il est le Président de séance, avec cette fois autorité sur la tenue des débats.

Le garant ne prend pas parti sur le fond du dossier. Il conserve tout au long du processus une stricte neutralité.

En toute indépendance vis-à-vis des parties prenantes privées ou publiques, le garant peut à tout moment alerter les maîtres d’ouvrages sur un problème particulier concernant la concertation.

En cas de conflit, il a un rôle de médiateur.

Profil du garant

Le garant est une personnalité réceptive aux enjeux de logement, notamment pour les personnes défavorisées, et ayant une importante pratique du terrain dans le domaine associatif, de l’aménagement et/ou du développement territorial.

Il possède une expérience concrète de la concertation et du dialogue public. Il est doté d’un sens de l’intérêt général, d’une aptitude à la communication et à l’écoute.

Il doit répondre à une condition d’impartialité vis-à-vis de l’opération.

La nationalité française n’est pas requise, et il n’y a pas non plus d’exigence de résidence.
Remarque :

J'ai réussi à convaincre les autres de la nécessité de rajouter l'adjectif "pluraliste" pour définir le rapport du garant à l'information. Sans ça, cela donnait l'impression qu'il pouvait exister une information officielle, nécessairement juste et les autres ne sont que des opinions.

J'avais aussi proposé, sans succès, que le rapport annuel fasse figurer une synthèse des différents types de réclamations reçues par le garant, comme c'est le cas pour le Médiateur de la République.


Certains au sein de la Commission s'interrogeaient aussi sur les conditions concrètes d'exercice de cette fonction. On avait évoqué notamment le niveau d'indemnisation de ce poste (autour de 1500 euros pour un temps partiel, qu'on peut investir aussi comme un temps-plein). Cela pose des questions concrètes de motivation. Certains noms de personne pouvant être proposés comme garant posent ce problème très concret : comment estimer avant l'entrée en fonction du garant de son adéquation sans audition au préalable ? Comment auditionner une personne sans qu'on réfléchisse aux critères d'évaluation pour définir pourquoi telle ou telle personne remplira mieux le rôle ?

 

La CPDP n'a pas tranché ces questions pour le moment et je pousserai au maximum à ce qu'on réfléchisse à une véritable méthodologie en la matière. Roland Peylet, le président de la CPDP, hier soir semblait déterminé à ce qu'on joue pleinement ce rôle.

jeudi 5 août 2010

Comment évaluer la participation

Depuis longtemps, j'étais à la recherche d'expériences d'évaluation de démarches participatives. J'ai enfin trouvé quelque chose de réussi dans un article de Vincent Luyet, d'Ion Iorgulescu et de Rodolphe Schlaepfer de la revue Géocarrefour intitulé "Introduire et évaluer la participation lors de projets environnementaux : le cas de la troisième correction du Rhône en Suisse". Sous forme de questionnaire d'autoévaluation administré à tous les participants, il aborde à la fois le processus et la position des acteurs présents. Avec des réponses binaires, il reste assez simple d'emploi et d'analyse pour avoir une idée basique d'évaluation. Cela n'empêche pas d'associer à ce questionnaire des débrieffings informels en fin de processus.

Processus de participation

Intégration des intérêts : Est-ce que les acteurs sont représentatifs des intérêts liés au problème ?

Organisation du processus : Est-ce que la localisation des réunions et leurs horaires sont adaptés aux acteurs ? Est-ce que la fréquence et la durée des réunions sont pertinentes ? Les acteurs ont-ils été présents ?

Règles du jeu : Est-ce que les règles du jeu sont définies (objectifs initiaux, rôle de chacun, qui arbitre les conflits...), connues et respectées ?

Transparence : Est-ce que le processus est transparent ? Est-ce que les membres ont fait de la rétention d’information ?

Équité : Tous les acteurs peuvent-ils s’exprimer ? Ont-ils le même temps de parole ? Tous les points ont-ils été pris en compte de la même façon ?

Précocité : Quand la participation est-elle introduite ?

Modération :
Est-ce que la modération est adaptée ?

Base légale : Existe-t-il dans la législation une incitation ou une obligation à faire participer certains acteurs ?

Soutien institutionnel : Existe-t-il des mécanismes (politiques ou financiers par exemple) pour soutenir la participation ?
Acteurs

Compétence des acteurs : Est-ce que les acteurs communiquent de façon pertinente lors des réunions ? Est-ce qu’ils sont compétents dans leur domaine ?

Représentativité de l’acteur : Est-ce que l’association reconnaît et valide le discours de l’acteur la représentant ?

Confiance de l’acteur : Existe-t-il un rapport de confiance entre les acteurs et les responsables du projet ? Est-ce que les échanges se sont faits dans le respect ?

Apprentissage des acteurs : Est-ce que le processus a produit un effet sur l’acteur (ex : compréhension du problème...) ?

Satisfaction des acteurs : Est-ce que les acteurs sont satisfaits de la participation? Ont-ils eu l’impression d’être écoutés ? Sont-ils frustrés ?

Effets de la participation sur le résultat : Est-ce que le résultat final a tenu compte des avis des acteurs?

Impacts de la participation : Quelle a été l’influence de la participation sur le résultat final ?

lundi 19 juillet 2010

Comment démocratiser la décision

Pour débattre et repenser le progrès social, plusieurs dizaines d'associations, dont l'ADELS, ont participé aux États Généraux du Renouveau à Grenoble ALPEXPO du 18 au 20 juin.

Dans la suite de ses 12e rencontres de la démocratie locale, l'ADELS a organise une nouvelle rencontre à Grenoble le 18 juin à 18h30 : ce fût l'occasion de revenir sur toutes les propositions émises lors des 12e rencontres pour renouveler les pratiques démocratiques. L'atelier était intitulé "Démocratiser la décision" et était co-animé par Serge Depaquit, Pascal Aubert et moi-même.

En attendant la prochaine édition qui aura lieu en janvier 2011, vous retrouverez nos conclusions dans cette une carte heuristique dans laquelle vous pouvez circuler en déplaçant les mots clés.

mardi 15 juin 2010

Comment l’autonomisation contribue à améliorer la santé

L’IREPS Bretagne propose une traduction en français d’un document de l’OMS Europe clarifiant la notion d’empowerment dans le champ de la santé publique, et démontrant l’efficacité des stratégies favorisant l’empowerment, notamment en matière de réduction des inégalités de santé.  Cette recension est intéressante car elle éclaire bien des débats dans les démarches participatives sur les compétences acquises par les citoyens, comme l'a montré Julien Talpin dans sa thèse par exemple. Le document original est une revue de littérature rédigée par une professeure de l'Université du Nouveau Mexique, Nina Wallerstein.
Si la participation forme la colonne vertébrale des stratégies d’empowerment, elle est à elle seule insuffisante et peut relever de la manipulation et encourager la passivité, au lieu de favoriser l’activité, l’empowerment et le contrôle communautaires. Elle peut être perçue comme utilitariste, c’est-à-dire servant l’efficience d’un programme, plutôt que renforçant l’empowerment dans le but de réduire l’exclusion sociale. Au niveau local, les méthodes participatives elles-mêmes peuvent être limitées – impliquant les membres de la communauté comme de simples informateurs – ou faire écran au besoin d’analyser des politiques ou fonctionnements institutionnels plus larges susceptibles de surpasser les déterminants locaux du bien-être. Les questions à poser sont les suivantes : qui sont les représentants officiels, qui sont ceux dont les voix restent inaudibles, et quelles sont les inégalités de pouvoir qui empêchent la participation de certaines composantes de la communauté ?