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samedi 21 août 2010

Comment la Finlande peut améliorer notre santé

Jenni Viitanen, chercheure à l'Institute for Public Policy Research North vient de publier une tribune dans le Guardian qui prend modèle sur la Finlande. Cet exemple sera sans aucun doute parlant pour le public français.


Les inégalités de santé britannique sont les pires d'Europe. Voyons comment la Finlande renversé la vapeur dans les années 1970.


On trouve en Grande-Bretagne les inégalités géographiques dans l'espérance de vie de sa population les plus frappantes d'Europe. La dernière décennie de prospérité économique a connu une polarisation croissante de façon alarmante, avec des décès prématurés dus aux maladies cardiaques et aux accidents vasculaires cérébraux notamment dans le nord en particulier. Manchester est en tête du classement des décès prématurés. Le nord-ouest est la pire région, suivie par le nord-est. Un mauvais état de santé limite l'espérance de vie et l'autonomie, et c'est l'expérience de première main dans les communautés les plus pauvres dans le nord.
Face aux inégalités de santé persistantes, le gouvernement de coalition a peut-être raison de s'interroger sur l'efficacité des campagnes de santé publique. Mais ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain ! Les Finlandais ont prouvé qu'on pouvait lutter contre les inégalités de santé grâce à des actions collectives et de la détermination.

Le projet de la Carélie du Nord montre comment la géographie de l'inégalité peut être vaincue en engageant le cœur et l'esprit des populations locales. Dans les années 60, la Finlande avait le plus fort taux du monde de décès prématurés pour les maladies coronariennes. Des gens sont morts de jeunes en grande partie pour des causes évitables et curables, particulièrement concentrées dans la province pauvre de l'est de la Carélie du Nord. Après bien des débats politiques et des travaux scientifiques, le programme de prévention a été mis sur pied en 1972 et coordonné par l'université locale.

Le message-clé était autour de la question du choix de mode de vie, tels que le tabagisme ou l'exercice, un équilibre approprié entre le sel, les graisses saturées, les fruits et légumes frais. L'engagement a été fait par le biais des groupes communautaires locaux et aucun partenaire potentiel n'a été négligé : les médecins et les infirmières, les écoles, les bibliothèques, les médias locaux, les supermarchés et l'industrie alimentaire ont tous participé à cette campagne.

L'initiative a été accueillie par des sentiments mitigés. La production laitière a été une importante source de subsistance dans les régions rurales de Carélie du Nord et le beurre faisait partie des produits locaux très appréciés. À cette époque, les gens croyaient que les maladies du cœur ne pouvaient pas être contrecarrées. La perspective de pouvoir lutter et même d'éviter la maladie a été un puissant message. Les familles touchées par les décès précoces et une maladie cardiaque invalidante pour des générations d'hommes et de femmes ont finalement été convaincues que leur santé et leur bien-être pourraient être améliorées en changeant de mode de vie. Et c'est ce qui s'est passé : en 2006, la région avait vu une réduction énorme de 85% de la mortalité due aux maladies coronariennes chez les hommes en âge de travailler.

Compte tenu du temps écoulé et les différences culturelles en jeu, nous pouvons nous retrouver à comparer des choux avec des pommes de terre. Mais il y a quatre principes clés d'un message retentissant à la situation actuelle au Royaume-Uni [et en France] :
  • Le mythe de l'"état minimaliste" : la campagne a été déclenchée grâce à l'action collective de la communauté elle-même ; ce sont les élus locaux qui ont demandé l'intervention du gouvernement.
  • La localisation compte : l'intervention a été basée sur des recherches scientifiques solides, de trouver des réponses sur mesure pour s'adapter à la situation locale.
  • Les sciences comptent : le programme était basé sur la recherche pluridisciplinaire coordonnée par l'université locale.
  • Les réseaux comptent : les individus, les amis, les collègues et les voisins échangeant des informations et des expériences se sont révélés inestimables.
Dans les années 70, des slogans tels que « co-production » et « grande société » n'avaient pas été inventés [les slogans de la récente campagne électorale britannique; NdT], mais les réussites du programme de Carélie du Nord sont étroitement liées à ces concepts. Le contexte social et physique de la Carélie du Nord a été transformé grâce à une compréhension approfondie de la situation locale et un large consensus sur les valeurs dans les différents secteurs et la société civile - les personnes étaient placées avant le profit, ce qui finirait par se révéler plus rentable à long terme. Il y avait l'enjeu important autour du commerce et le programme a finalement bénéficié aussi aux détaillants. L'hypothèse sous-jacente de la marque de la « grande société », telle que l'action étatique étouffe en quelque sorte l'action communautaire, est à questionner si la Finlande apporte la preuve du contraire.
La leçon la plus importante est que la promotion de la santé a besoin pour être  efficace d'engagement soutenu envers la recherche scientifique et envers le développement communautaire. Le contexte médiatique et les progrès scientifiques de ces dernières année ont créé un environnement plus complexe qu'il y a 30 ans.

Le gouvernement aura besoin d'un leadership fort pour coordonner les activités et  redonner le pouvoir aux gens dans les quartiers défavorisés de faire de meilleurs choix. Le cas de la Carélie du Nord montre que les gens témoignent d'un grand intérêt pour leur santé et leur bien-être. Armés de conseils qui prennent en compte les spécificités locales et du soutien des autres, les gens peuvent changer leur vie.

mardi 20 juillet 2010

Comment Marmot veut un monde plus juste

Sir Michael Marmot vient d'accepter d'être président de la British Medical Assocation. Dans son premier discours qu'on peut lire ici, il réaffirme son envie d'un monde plus juste : "Alors, rêvez avec moi d'un monde plus juste, mais abordons de manière pragmatique les étapes nécessaires pour y arriver."

Marmot est célèbre pour son travail comme chercheur sur les déterminants sociaux de la santé. Il a notamment collaboré avec l'OMS puis en Grande Bretagne avec un rapport intitulé Fair Society, Healthy Lives: A Strategic Review of Health Inequalities in England Post-2010 dont le gouvernement français gagnerait à s'inspirer.

Quand les inégalités de santé rejoignent l'injustice en général, Marmot cite Neruda et demande à vous insurger avec moi contre l'organisation de la misère !

mardi 15 juin 2010

Comment l’autonomisation contribue à améliorer la santé

L’IREPS Bretagne propose une traduction en français d’un document de l’OMS Europe clarifiant la notion d’empowerment dans le champ de la santé publique, et démontrant l’efficacité des stratégies favorisant l’empowerment, notamment en matière de réduction des inégalités de santé.  Cette recension est intéressante car elle éclaire bien des débats dans les démarches participatives sur les compétences acquises par les citoyens, comme l'a montré Julien Talpin dans sa thèse par exemple. Le document original est une revue de littérature rédigée par une professeure de l'Université du Nouveau Mexique, Nina Wallerstein.
Si la participation forme la colonne vertébrale des stratégies d’empowerment, elle est à elle seule insuffisante et peut relever de la manipulation et encourager la passivité, au lieu de favoriser l’activité, l’empowerment et le contrôle communautaires. Elle peut être perçue comme utilitariste, c’est-à-dire servant l’efficience d’un programme, plutôt que renforçant l’empowerment dans le but de réduire l’exclusion sociale. Au niveau local, les méthodes participatives elles-mêmes peuvent être limitées – impliquant les membres de la communauté comme de simples informateurs – ou faire écran au besoin d’analyser des politiques ou fonctionnements institutionnels plus larges susceptibles de surpasser les déterminants locaux du bien-être. Les questions à poser sont les suivantes : qui sont les représentants officiels, qui sont ceux dont les voix restent inaudibles, et quelles sont les inégalités de pouvoir qui empêchent la participation de certaines composantes de la communauté ?

lundi 8 mars 2010

Comment repenser à Dakar

C'était difficile de publier un article depuis Dakar avec la délégation du Conseil Parisien de la Jeunesse partie la semaine dernière pour inaugurer et aider un cybercafé communautaire qu'il avait financé. L'emploi du temps du groupe avait une amplitude horaire qui laissait trop peu de temps au repos et aux activités personnelles. Je vais en profiter maintenant pour réfléchir aux quelques enseignements possibles lors d'un séjour d'une semaine à Dakar, une semaine bien courte au vue de la vivacité de ce coin du monde. On a à peine le temps de s'habituer à la Teranga sénégalaise qu'il faut déjà partir.

Première surprise en arrivant à Dakar, c'est la manière dont les Dakarois conduisent. C'est frappant de voir combien ils conduisent bien mieux que les Français, plus lentement et tellement plus détendus. Durant tout le voyage, je n'ai d'ailleurs vu qu'un seul accident alors que j'aurais pu en voir dans la même période au moins deux ou trois autres si j'étais resté à Paris. J'ai aussi remarqué peu de Dakaroises au volant, certainement la marque des traditions. À part les taxis quand ils voient des blancs, peu de sons de klaxon sse font entendre : peu stressé, moins égoïste, chaque conducteur semble respecter davantage ses voisins et la conduite plus lente est aussi moins dangereuse.

Puis on se rend compte que le ciel est aussi bleu qu'à Paris. C'est-à-dire pas vraiment bleu. Ce bleu très pâle n'a rien à voir avec le bleu de la Côte d'Azur alors qu'à Dakar nous sommes aussi à côté de la mer : la pollution paraît donc équivalente à celle de Paris.

Tous les jeunes relais du Kpote Kiosque ont été très mobilisés durant toute la semaine pour nous accompagner et nous montrer, concentrées sur une semaine, toutes les activités organisées tout au long de l'année. Si, pour le CPJ, le choix en 2007 d'aider la luttre contre la propagation du VIH participait plus à un effet de mode qu'à une réelle réflexion, nous avons pu en apprendre davantage sur le contexte dakarois. La prévalence est faible, juste le double de celle de la France mais ce pays fait face à d'autres défis.
 

La promotion du préservatif doit toujours se prémunir de la critique de l'incitation à la débauche. C'est pour ça qu'il était inenvisageable d'aller distribuer des préservatifs (sans compter qu'en plus nous ne sommes pas sénégalais). On aperçoit aussi l'intérêt des tests rapides utilisés depuis des nombreuses années au Sénégal alors qu'on vient tout juste de l'expérimenter en France. Enfin, comme de nombreuses personnes l'ont remarqué, il est curieux d'avoir choisi le VIH alors que la paludisme est de loin le virus le plus mortel au Sénégal.

Au-delà de ces remarques sur le contexte sénégalais, notre petit projet tournait plus autour de la création du cybercafé. L'idée venait des jeunes relais eux-mêmes et à part les problèmes de maintenance habituels pour le commencement, tout devrait bien se passer une fois que tout sera rôdé. J'ai été d'ailleurs étonné de voir à quel point les jeunes sont aussi en pointe que nous sur les nouvelles technologies par rapport à nos aînés avec le nombre de réunions qui commencent par des powerpoints.


Par contre, je suis un peu plus réservé sur l'impact de ma formation de formateurs pour animer le cybercafé. J'avais en tête de former des personnes-ressources pour qu'elles puissent organiser des formations d'initiation à Internet (création d'adresse électronique, recherche en ligne,...). Finalement, je me suis consacré à la création de blogs, ce qui est aussi utile, mais cela ne va pas contribuer à fidéliser des visiteurs dans le cybercafé.

Dans le contexte mondial, il est cependant important de mieux redistribuer le pouvoir de diffuser de l'information. Un moyen d'éviter les clichés sur l'Afrique est de faciliter la prise de parole des gens. Les blogs contribuent à cela à France et je n'ai même pas eu le temps de me renseigner sur ce qu'il se fait au Sénégal. Une autre initiative est développée par Enda autour de la formation de jeunes journalistes citoyens sénégalais. Je leur ai parlé du coup de la réalisation des films des téléphones portables avec le festival Pocket Films. Chaque mois, cet outil démontre la capacité de démocratiser l'information et la capacité de filmer.

La rencontre avec Enda a été formidable : leur conception du changement participatif converge avec tout ce qui m'intéresse sur Paris. Ils nous ont bien mis en garde sur le contexte de la société sénégalaise, le fait qu'il fallait renégocier le contrat social, et arrêter d'universaliser ses valeurs et commencer à mettre en oeuvre la "pluriversalisation". Enda-Ecopole mène aussi tout un travail autour de l'innovation pédagogique, notamment autour de la reconnaissance des compétences acquises sur le tas.

Les gens qui composent ce réseau semblent faire un travail exceptionnel sur le renforcement des capacités (empowerment) et j'ai bien senti qu'il y aurait tant de choses à apprendre auprès d'eux (comme volontaire comme le soufflait l'ambassade ?). Notamment sur l'évaluation, nous avons une discussion à table sur la nécessité d'organiser des évaluations non-formelles, en misant sur le caractère convivial. Leur boutique d'objets issus du recyclage nous a par ailleurs mené à nous interroger sur ce qui est attendu de nous : lorsqu'il s'agit d'acheter "solidaire", on ne sait plus s'il faut recommencer le rituel de la négociation des prix.

Toutes les associations rencontrées font à la fois un vrai travail de terrain, mènent des réflexions, et il y a cette attention portée à l'informel qui me ravirait si elle n'était pas en lien direct avec un État-providence faible. Au lieu du défaitisme, les Sénégalais montre une certaine vivacité dont on manque un peu en France.

Durant ce séjour, il y a eu des moments d'apprentissage pour comprendre un peu mieux ce pays et l'impact de notre projet, il y a eu des moments d'enseignements autour du cybercafé, ainsi que des moments surréalistes et des moments de grand embarras.

Quelles perspectives ?

La fin du séjour n'avait pas que le parfum de la nostalgie : Mass Kodjo de l'association Action pour le Civisme et la Citoyenneté nous explique que la grande majorité des Français une fois repartis en France ne donnent plus de nouvelles. C'est d'autant plus injuste qu'il se donne beaucoup de mal pour nous accueillir, nous accompagner (sans d'ailleurs qu'on se préoccupe trop de savoir à quel point on perturbe sa vie personnelle). C'est ce même regard que j'ai eu aussi l'impression de retrouver avec les personnes du Kpote Kiosque venues nous souhaiter un bon voyage à l'aéroport. Puisque cette méfiance doit être justifiée, j'espère que nous serons plusieurs du groupe à faire mentir cette réputation d'égoïsme.

Tout cela me rappelle la critique du tourisme occidental : on consomme de l'exotisme, puis tout part à la poubelle. Cependant nous ne sommes pas partis faire du tourisme.

À court-terme, il y a une multitude d'initiatives que certains membres du Conseil Parisien de la Jeunesse pourront aider autant que possible à distance. Durant toute la semaine, je me suis demandé si d'une part l'objectif principal du voyage a été réussi : est-ce que le cyber est bien parti pour assurer la pérennité des activités du centre communautaire ? Pleins de petits détails qui renforcent ou diminuent la pertinence du projet sont apparus durant notre séjour. Ce sont ces petits détails qui montrent combien nous étions en décalage en pensant "depuis Paris". Une visite intermédiaire aurait permis d'affiner les besoins bien davantage. Quand on voyage, il y a les effets non-prévus, les rencontres qui nous aident à percevoir d'autres limites de ce petit projet.

A moyen-terme, difficile de ne pas prévoir d'y retourner. Une semaine à Dakar ou ailleurs, on en revient toujours à la même conclusion : on ne peut pas construire grand chose sans connaître les habitants. Je considère a posteriori cette petite expédition comme une visite de faisabilité. C'est pour cette raison que j'ai acheté une carte de Dakar et un dictionnaire wolof-français.

L'idée de réaliser un volontariat (d'ici mes 28 ans donc) va continuer de me trotter dans la tête.

jeudi 18 février 2010

Comment animer une réunion de brainstorming à l'aide des post-it

Ce matin je participais à une matinée citoyenne dans le 18e : c'est l'occasion pour chaque délégué d'un certain nombre de collèges pour les niveaux de 4e et de 3e de se rencontrer : ils peuvent d'échanger sur des sujets qui dépassent leur simple établissement, découvrir la mairie et rencontrer Monsieur le Maire (à un mois des élections, c'est bien pratique). Plusieurs ateliers thématiques étaient prévus : un lieu pour la jeunesse, les libertés sur internet, la santé,... C'est un atelier sur la santé que j'ai animé ce matin à l'aide de la méthode des post-it. Ce fût l'occasion de faire le point sur les interventions de promotion de la santé en milieu scolaire.

Très pratique pour faire émerger de manière anonyme des problématiques, les post-it permettent de poser le problème (au sens propre comme au sens figuré). Puisque chacun a la possibilité de s'exprimer, c'est un moyen de faire remonter les signaux faibles et d'augmenter la participation. Mais qu'est-ce que la méthode des post-it ?
  1. On dispose trois grandes feuilles (Une qui récoltera les post-it abordant le positif, une 2e pour le négatif et une 3e pour les solutions possibles) sur lesquelles les participants collent des post-it. Pour les solutions possibles, il est possible de scinder la feuille en deux parties : l'une pour les actions qu'on peut faire soi-même, l'autre pour des souhaits qui dépassent notre simple volonté (politique publique par exemple,...)
  2. On sépare ensuite les élèves en 3 groupes. Chaque groupe travaillera sur une seule feuille. Au sein de chaque groupe les participants désignent un représentant du groupe.
  3. Chaque groupe analyse et résume ce qu'il y a sur la feuille qu'il a : recoupage thématique, repérage des contradictions, reformulation des propositions pour les enrichir.
  4. Le porte-parole synthétise ensuite aux deux autres groupes les analyses.
  5. S'engage alors une discussion commune des propositions : est-ce que les propositions reformulées correspondent aux souhaits initiaux de la personne qui les avait écrites ? Est-ce qu'on peut compléter les propositions pour qu'elles fassent consensus ?
  6. Les 3 rapporteurs peuvent ensuite se mettre d'accord pour présenter une synthèse au groupe. Les autres participants peuvent valider la synthèse.

mercredi 10 février 2010

Comment une décennie de messages de promotion de la santé "n'ont eu que peu d'impact"

Ce n'est pas moi qui le dis. C'est un article du Independent qui le raconte grâce à une enquête du Food Standards Agency, créé dans le même mouvement que notre AFSSA.

On apprend ainsi que seuls 35 % des adultes mangent les fameuses 5 portions de fruits et légumes recommandées chaque jour. Pour les ados, la proportion tombe encore plus bas avec seulement 15%.

D'autres chiffres très négatifs incitent l'Independent à en conclure que ces messages n'ont servi à rien :
People are eating as badly as they were 10 years ago despite the spending of hundreds of millions of pounds of taxpayer’s money on advertsing campaigns on fruit and vegetables, saturated fat and other health issues
C'est un argument que j'ai déjà entendu et qui est assez mauvais. Si ces campagnes n'avaient pas été mises en oeuvre, qui peut dire que les chiffres auraient été encore plus bas ? À grand renfort de publicité pour le fast food ("tout ce que j'aime"), c'est pourtant plus que probable que la consommation de légumes et de fruits aurait baissé encore davantage.

La morale de l'histoire... Les chiffres ne parlent jamais d'eux-même ! D'ailleurs à la fin de l'article est cité le professeur Sanders qui dit l'inverse de ce que font encore les Français et les Anglais : “toutes les interventions réussies ont toujours été orientées sur la modification de l'offre alimentaire plutôt que sur le changement des comportements individuels.” Je serai très curieux de lire les études sur lesquelles il se fonde, mais rien n'apparait dans sa bibliographie plutôt spécialisée sur les impacts biologiques de la diététique.

mercredi 11 novembre 2009

Comment un ministre peut virer un expert scientifique

Comment se débarrasser d'un expert gênant qui contredit votre politique ? Virez-le comme un malpropre... Si vous êtes ministre de l'intérieur, vous pouvez le faire... au risque de liguer la communauté scientifique contre vous !

Cela s'est déroulé la semaine dernière en Grande-Bretagne. David Nutt présidait le Advisory Council on the Misuse of Drugs (ACMD) et Alan Johnson lui a cordialement demander de prendre la porte puisque le professeur Nutt avait publiquement dénoncé la requalification du cannabis et de l'ecstasy comme des drogues dures.

Pour Nutt, il est évident que l'alcool et le tabac sont beaucoup plus dangereux que le cannabis. C'est ce qu'il a réaffirmé cet été lors d'une conférence pour le Centre for Crime and Justice Studies (CCJS) au King's College de Londres où il a remis en cause la distinction artificielle entre les drogues officielles et les substances comme l'alcool ou le tabac. Pour ce faire, Nutt a construit une échelle de dangerosité qui place l'alcool au cinquième rang des substances les plus dangereuses, derrière l'héroïne, la cocaïne, les barbituriques et la méthadone. Le tabac est au neuvième rang, et le cannabis, le LSD et l'ecstasy respectivement aux 11e, 14e et 18e rangs.

C'est lors de la publication la semaine dernière du texte de la conférence que le ministre de l'Intérieur britannique a écrit au scientifique qu'il faisait ni plus ni moins que du "lobbying pour un changement dans la politique du gouvernement" : "il est important que les messages du gouvernement sur les drogues soient clairs et comme conseiller, vous n'avez pas à ébranler la compréhension du public."

Nutt a donc démissionné. Quelques jours plus tard, Johnson déclarait que la communauté scientifique devait comprendre "que le professeur Nutt a franchi la ligne jaune entre proposer ses conseils et puis faire campagne contre le gouvernement et ses décisions politiques". Comme Marie N'Diaye aujourd'hui, on a tenté d'objecter à David Nutt un fictif devoir de réserve. Ce devoir m'a toujours laissé sceptique par rapport à l'une de nos libertés fondamentales pour notre démocratie : la liberté d'expression.

Nutt a en plus quelques raisons d'être en délicatesse avec le gouvernement de Grande Bretagne puisqu'il est devenu critique envers Gordon Brown sur la politique sur les drogues : "c'est la première fois depuis l'avènement du Misuse of Drugs Act qu'un premier ministre va à l'encontre de l'avis du comité scientifique." C'est en 2008 que le ministre de l'époque, Jacqui Smith, décide de reclasser le cannabis en catégorie B contre l'avis de l'ACMD.
On peut trouver ici l'historique des dernières années des revirements de la Grande Bretagne dans la classification du cannabis. En Grande-Bretagne les drogues sont classées en trois catégories :
  • A) les drogues dures comme la cocaïne ou l'héroïne
  • B) les drogues douces comme les amphétamines ou le cannabis
  • C) qui regroupe notamment les stéroïdes, les tranquillisants ou les antibiotiques
Au delà de la liberté d'expression, il y a en plus cette tension autour de l'expertise scientifique, dérivant notamment sur ce qu'on appelle en anglais l'evidence-based medecine. En effet, Nutt le confesse : "C'est un peu étrange de concevoir une politique en contradiction avec les données probantes."

D'autres universitaires sont rentrés dans l'arène, comme Colin Blakemore, professeur de neuroscience à Oxford : "Ce gouvernement manque de transparence. Dans le cas du cannabis, sa décision était prise avant même qu'il ne consulte ses experts, ce qui est très démoralisant pour les chercheurs qui font ce travail bénévolement."

Du coup, une vingtaine d'universitaires ont esquissé de nouvelles lignes directrices. Pour les universitaires, "le désaccord avec la politique gouvernementale et avec l'articulation et la discussion publiques d'éléments de preuves et les problèmes soulevés par les membres des comités consultatifs ne peuvent pas être des motifs de critique ou de limogeage."

Quand un avis scientifique n'est visiblement pas pris en compte, il est évident pour les universitaires que les raisons de son rejet doivent être explicitées publiquement. De plus, "les avis d'un comité d'experts ne cessent pas d'être valables simplement parce qu'ils ont été rejetés ou ne se reflètent pas dans la décision politique."

Ces règles sont finalement utiles quel que soit le statut du comité consultatif : elles s'appliquent très bien aux comités sans aucun membre scientifique. Elles ne font que reposer concrètement les principes de la transparence et de la liberté d'expression sur lesquels s'est assis le gouvernement Brown la semaine dernière.

mardi 15 septembre 2009

Comment voir la laïcité française depuis le Québec (3)

Je voulais publier dans Mouvements cette fiche de lecture du livre de Jean Baubérot : Une laïcité interculturelle : Le Québec, avenir de la France ?, Éditions de l'Aube, 2008. Finalement ce texte ne se trouvera qu'ici en 3 billets. Il se fonde aussi sur le rapport de Bouchard et Taylor dans la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles.

« Nous avons peur de dire non »

Un groupe-sonde dans le rapport du comité Fleury faisait ressortir que pour éviter des accusations de xénophobie des demandes d'ajustements avaient été accepté par des directions d’école alors qu’elles les jugeaient déraisonnables. Ces personnes, se sentant démunies et finalement intimidées, demandaient effectivement un encadrement de ces pratiques. Certains fonctionnaires se sentent perdus par l'application concrète de l'éthique minimaliste sur lesquels semblent reposer les aménagements raisonnables (*) : cela requiert une neutralité à l’égard des conceptions du bien personnel, tout en respectant le principe de non-nuisance à autrui. De plus, on accorde une égale considération des revendications de chacun.

A propos du principe de non-nuisance, Baubérot fait lui aussi une évaluation assez critique de la mise en oeuvre des recommandations du rapport Stasi. L'orientation de la loi qui s'en suivit à propos des signes religieux relève pour Bouchard et Taylor d'une « laïcité restrictive ». Dans le rapport Stasi, on pouvait y lire que « sans être une chambre stérile, l’école ne saurait devenir la chambre d’écho des passions du monde, sous peine de faillir à sa mission éducative. » (p.14). C'est une lecture paternaliste de l'article 16 de la Déclaration universelle des droits de l'homme à propos de la liberté de manifester sa religion « tant en public qu'en privé ». Pourtant, les signes religieux et politiques ont été interdits dans l'enceinte de l'école, même si les vêtements ayant par exemple pour effigie Che Guevara semblent cependant toujours épargnés. Au Canada, les établissements scolaires, au lieu de réserver des lieux de prière permanents, ne peuvent refuser par exemple pour la prière l’utilisation de locaux provisoirement non occupés. L'ajustement concerté n'implique aucune nuisance pour autrui.

Le plus gros conflit revient plutôt sur la considération des droits de chacun, notamment sur le respect de l'égalité des genres ou les décions à propos des mineurs. Baubérot cite le cas en 1994 de parents qui s'opposant à une transfusion sanguine ont vu leur enfant placé sous tutelle temporaire par une Cour d'Appel de l'Ontario. Ce cas rappelle une affaire similaire en juin 2008 à la Cour d'Appel de Lyon qui a rejeté la demande de parents dont le fils était handicapé à 100%. Au moment de l'accouchement difficile, le père avait refusé l'intervention des internes, parce qu'ils étaient des hommes et au final au lieu d'une césarienne, une application au forceps avait été réalisée. La Cour d'appel a jugé que la seule responsabilité incombait au père et non à l'hôpital. On ne transige pas avec le droit des autres sous prétexte du respect des convictions religieuses au Québec comme en France.

L'égale considération des revendications de chacun permet aussi de resituer les convictions religieuses parmi d'autres motifs. Taylor ne voulait faire aucune distinction entre les convictions religieuses et philosophiques, notamment sur l'égalité de traitement nécessaire entre des hindous et des végétariens pour les questions d'alimentation.

Pour Bouchard et Taylor, il va de soi que « le processus d’intégration d’une société diversifiée s’effectue à la faveur d’échanges entre les citoyens, qui apprennent ainsi à se connaître (c’est la philosophie de l’interculturalisme québécois), et non par la mise en veilleuse des identités ».

Cela demande donc une tout autre attitude face à la différence. Il y a d'autres mesures plus intéressantes que les quotas pour favoriser concrètement la prise en charge de la diversité. Jean Baubérot montre pleinement l'intérêt de cette laïcité interculturelle sortant « de l'alternative du « tout ou rien », face aux demandes des minorités ». Cela pourrait être transposé en France à condition d'éviter deux difficultés majeures présentes en France : la confiance minime des hauts fonctionnaires dans le discernement des gestionnaires d'établissements et l'absence d'alternative consensuelle à la culture du vote majoritaire. Même si c'est mal parti, on peut toujours espérer que le Conseil de l'Europe réussira tôt ou tard l'établissement de ce mécanisme.

(*) Alessandra Fachi est assez proche des principes développés par Ruwen Ogien quand elle déclare qu'il n'est pas question de « traitements spéciaux, pouvant entraîner une dérogation à l’égalité formelle, mais de traitements différenciés, se fondant sur une vision pluraliste de la société: selon une telle vision, il n’existe pas un modèle de valeurs et de pratiques privilégiées, qui puisse être considéré comme «normal» et par rapport auquel les autres modèles devraient être qualifiés de spéciaux. »

Quelle cohésion sociale dans une Europe multiculturelle ? Concepts, état des lieux et développements, Tendances de la cohésion sociale n°18, Éditions du Conseil de l'Europe, Strabourg, 2006, p.116.


Lire le passage précédent.


jeudi 10 septembre 2009

Comment mourir avant 5 ans à Paris ?

J'ai déjà parlé du taux de mortalité infantile. Un lecteur mal intentionné m'a reparlé du taux de mortalité infantile à Paris. Alors j'ai commencé à regarder ce que nous apprenait l'INSEE :
Paris 3,6 ‰
Hauts-de-Seine 3,1 ‰
Seine-Saint-Denis 5,6 ‰
Val-de-Marne 3,5 ‰
Seine-et-Marne 4,0 ‰
Yvelines 3,4 ‰
Essonne 3,9 ‰
Val-d'Oise 4,4 ‰
Ile-de-France 3,9 ‰
France (avec DOM) 3,7 ‰
On remarque les inégalités selon les départements et que la région Ile-de-France est au-dessus de la moyenne nationale. Imaginez-vous qu'il n'est pas uniforme à Paris selon les arrondissements. Un rapport de l'APUR avait été caviardé fin juin mais les résultats ont fuité dans Le Monde :
"Dans les 12e, 18e et 19e arrondissements, le taux de mortalité infantile dépasse de plus d'un point la moyenne parisienne sur la période 2000-2007. Cela n'est pas lié à la présence de services de médecine périnatale dans ces arrondissements, les statistiques étant rapportées au lieu de domicile de la mère (et non au lieu du décès). L'explication réside plutôt semble-t-il dans la présence sur le territoire de ces arrondissements de populations cumulant un suivi médical insuffisant et de mauvaises conditions sanitaires."
Je me demande si ces enfants de moins de 5 ans meurent aussi de pneumonie ou de diarrhée, les maladies mortelles les plus courantes dans le reste du monde à cet âge-là...

Ces inégalités sont effectivement à remettre en perspective. L'UNICEF vient de publier aujourd'hui les nouvelles données actualisées. Au niveau mondial, on est passé d'une moyenne de 90 décès pour 1000 naissances vivantes en 1990 à 65 décès pour 1000 naissances vivantes en 2008. Il va falloir mettre les bouchées doubles pour parvenir à l'objectif du millénium sur la mortalité infantile. Il faudrait passer pour ça à 30 ‰ au niveau mondial et nous en sommes loin. Trop loin.

samedi 5 septembre 2009

Comment les systèmes de santé tuent des petits enfants

Taux de mortalité infantile (nombre de décès pour 1000 naissances)

Albanie 6 ‰

Allemagne 4 ‰

Andorre 4 ‰

Australie 4 ‰

Autriche 4 ‰

Belgique 4 ‰

Biélorussie 5 ‰

Bosnie-Herzégovine 5 ‰

Canada 5 ‰

Chypre 6 ‰

Corée du Sud 4 ‰

Croatie 5 ‰

Cuba 5 ‰

Danemark 4 ‰

Espagne 4 ‰

Estonie 4 ‰

Finlande 3 ‰

France 4 ‰

Grèce 4 ‰

Hongrie 5 ‰

Hong Kong (Chine) 2 ‰

Iles vierges 5 ‰

Irlande 3 ‰

Islande 3 ‰

Israël 4 ‰

Italie 4 ‰

Japon 3 ‰

Liechtenstein 3 ‰

Lituanie 5 ‰

Luxembourg 2 ‰

Macao (Chine) 3 ‰

Norvège 3 ‰

Nouvelle-Calédonie 6 ‰

Nouvelle-Zélande 5 ‰

Pays-Bas 4 ‰

Pologne 6 ‰

Portugal 3 ‰

Royaume-Uni 5 ‰

Singapour 2 ‰

Slovaquie 5 ‰

Slovénie 2 ‰

Suède 2 ‰

Suisse 4 ‰

Taïwan 5 ‰

République Tchèque 3 ‰

Extrait de : Gilles PISON, "Tous les pays du monde", Population et société, Numéro 458, Juillet-août 2009

Quelques données remarquables :

  • Les données de mortalité infantile pour le Vatican et Monaco manquent : j'ai une vague idée du pourquoi pour le Vatican mais pas pour Monaco.
  • La France se classe légèrement au-dessus de la moyenne européenne.
  • La situation en France est à nuancer, car la moyenne (4‰) ne reflète pas la situation de ses territoires datant du bon vieux temps des colonies : Guadeloupe 6‰, Polynésie 7‰, Martinique 8‰. Mais comment ces inégalités se forment ?
  • Même chose pour la Chine où Hong Kong et Macao restent des exceptions (2 et 3 décès pour 1000 naissance) alors que la moyenne de la Chine communiste est 21. N'est pas Cuba qui veut...
  • Les États-Unis arrivent à la 56e place avec 7. Je suppose que là encore de fortes disparités territoriales existent sur le territoire. Sans compter les disparités en terme de couverture maladie.

On peut aussi dire que ces données ne reflètent pas complètement la qualité du système de santé. C'est vrai, d'autres déterminants de santé (la qualité de l'alimentation par exemple).

Cela se reproduit avec un autre critère, à savoir l'espérance de vie à la naissance. Le classement reste proche : la France (78 ans pour les hommes, 84 pour les femmes) reste au-dessus de la moyenne des autres pays de l'UE. On vit moins longtemps à la Martinique (76/83) et à la Guadeloupe (75/83) qu'en métropole mais leur écart entre elles a diminué. Les États-Unis sont à la 51e place (75/80), bien après Cuba (76/80) et le Costa Rica (77/82).

Ceci est une contribution aux préjugés des Européens du système de santé des États-Unis... corroborés par les chiffres du World Population Data Sheet publiés par le Population Reference Bureau.

mercredi 26 août 2009

Comment le Conseil de l'Europe travaille ses indicateurs des droits de l'homme

Extrait d'un "Point de vue" du Commissaire européen aux droits de l'homme (17/8) :
Le bureau du Haut-Commissaire aux droits de l’homme a mis au point un modèle intéressant qui distingue trois catégories d’indicateurs : structurels, de méthode et de résultats.

· Les indicateurs structurels portent sur la ratification des traités internationaux et l’existence de lois et de mécanismes institutionnels fondamentaux de protection des droits de l’homme ;

· les indicateurs de méthode évaluent les politiques publiques et les mesures spécifiques visant à honorer les engagements pris ;

· les indicateurs de résultat mesurent les réalisations individuelles et collectives qui montrent dans quelle mesure les droits de l’homme sont appliqués dans un domaine précis.

La dynamique des indicateurs, leur construction et leur utilisation, est passionnante. Au cours du travail à venir sur la démocratisation ou les indicateurs locaux socio-sanitaires, je me souviendrai de cette distinction... Work in progress...

jeudi 20 août 2009

Comment l'éducation et la santé peuvent avoir des intérêts communs

Voici donc le dernier texte décrivant en détail les valeurs du réseau Schools for Health in Europe. J'ai eu la chance de rencontrer le coordinateur du réseau à Bruxelles. Ceci est ma traduction de la résolution issue de la troisième Conférence européenne sur les écoles actrices de la santé : De meilleures écoles en santé (15-17 Juin 2009, Vilnius, Lituanie). Il y a quelques difficultés de traduction : health promoting schools pourrait être rendu par "écoles promouvant la santé", mais j'ai préféré "écoles en santé" ou bien "écoles actrices de la santé". La community est une difficulté récurrente pour éviter le mot communautaire, ce qui est en France reste péjoratif. J'ai préféré parler du quartier. La culture sanitaire est je trouve une mauvaise traduction de la health literacy, mais elle n'est pas de moi. Tout comme la traduction de life competencies, où les enquêtes de l'OCDE sur l'éducation traduisent par compétences génériques.

L'éducation et la santé ont des intérêts communs. Rassembler ces intérêts permet aux écoles de devenir de meilleurs endroits pour l'apprentissage, l'enseignement et le travail. Une "école actrice de la promotion de la santé" est une école qui met en œuvre un plan structuré et systématique pour la santé, le bien-être et le développement du capital social de tous les élèves et de l'équipe enseignante et non-enseignante. Ces écoles en santé ont démontré que la santé et le bien-être de toute la communauté scolaire étaient accrus. Les écoles, ancrées dans l'environnement local, sont toutes désignées pour aider à réduire les inégalités de santé. La coopération est essentielle avec d'autres politiques publiques pertinentes, telles que les politiques de jeunesse, les politiques sociales et environnementales, comme le développement durable.



Déclaration des jeunes

Nous, les jeunes lors de la conférence, avons conclu qu'il existe certains problèmes que nous pouvons traiter et d'autres pour lesquels nous avons besoin de l'aide des adultes.

Nous insistons sur le fait que la vraie santé est la santé globale, c'est à dire l'équilibre mental et physique, un environnement sain, la coopération avec les gens, du bon repos et une alimentation équilibrée.

Nous voulons que les chefs d'établissement, les enseignants et les étudiants essayent de créer une société meilleure, et notamment en meilleure santé, qui devrait réfléchir au présent et à l'avenir. Nous voulons que l'environnement de l'école soit plus vert. Nous voulons coopérer avec des étudiants d'autres pays pour avoir plus de discussions avec les scientifiques et les politiciens
sur nos problèmes. Nous voulons plus d'activités d'apprentissage pratique en promotion de la santé et des consultations d'experts dans les situations stressantes.

Nous pensons que si nous suivons l'approche globale, nous serons en mesure de prendre en charge notre santé, y compris les problèmes d'alimentation, le manque de repos, et de rendre notre société, ou même le pays, plus fort.

Nous pensons que si nous menons une vie active, si nous aidons les pauvres, si nous croyons en ce que nous faisons, à coopérer avec les enseignants pour rendre meilleur et plus chaleureux notre environnement d'apprentissage, ainsi nous serons en mesure d'avoir une vie plus heureuse et en meilleure santé.

Nous pouvons et devons mener nous-mêmes une vie saine, en montrant combien il est merveilleux d'être en bonne santé, actif et positif. Nous devons également convaincre les parents d'être actifs e det prendre part aux activités de promotion de la santé.


Niveau international, national et régional

À la suite de la discussion lors de la conférence, nous, participants à la conférence, appelons les organisations gouvernementales, non-gouvernementales et les autres aux niveaux international, national et régional :

  1. D'adopter et d'étendre l'approche de promotion de la santé à l'école dans le cadre du développement de l'école.
  2. De garantir un soutien à long terme des politiques et des stratégies au niveau international, national et régional conjugué avec des ressources et des capacités suffisantes.
  3. De reconnaître que la planification, le suivi et l'évaluation et la participation des enfants et des jeunes sont tous nécessaires quant à la mise en œuvre d'un programme de promotion de la santé à l'école avec des objectifs réalistes.
  4. De favoriser un développement professionnel continu pour les enseignants, les personnels de santé et les autres membres du personnel.
  5. De développer et maintenir une infrastructure pour une coordination et une communication au niveau international, national et régional informant et soutenant les écoles actrices de la promotion de la santé.
  6. De célébrer et de partager les étapes et les réussites.


Au niveau scolaire

Nous demandons instamment aux membres de la communauté scolaire (y compris les élèves, parents, enseignants et non enseignants, direction, conseil d'administration) d'utiliser l'aide disponible :


  1. Pour introduire, maintenir et développer davantage l'approche des écoles actrices de la promotion de la santé dans la construction pour le développement durable de l'école.
  2. Pour impliquer l'ensemble de la communauté scolaire et des organisations partenaires.
  3. Pour assurer un engagement, des ressources et des capacités suffisants.
  4. Pour favoriser un développement professionnel continu du personnel.
  5. Pour veiller à ce que les enfants et les jeunes participent activement à la prise de décision et à toutes les étapes de programmation.
  6. Pour célébrer et partager les étapes et les réussites.

Contexte de la conférence

Lors de la première conférence européenne sur les écoles actrices de la promotion de la santé, les grands principes de la promotion de la santé dans les écoles ont été exposés (Grèce, 1997). Chaque enfant et adolescent a le droit à l'éducation, à la santé et à la sécurité. De plus, chaque enfant et chaque jeune a le droit d'être éduqué dans une école-en-santé.

Lors de la deuxième conférence européenne sur les écoles actrices de la promotion de la santé à Egmond aan Zee, aux Pays-Bas (2002) a été soulignée l'importance des partenariats de l'éducation avec les secteurs de la santé. L'agenda d'Egmond est un outil pour aider à établir ainsi qu'à développer à travers l'Europe la promotion de la santé à l'école.

Apporter une nouvelle étape dans la promotion de la santé à l'école en Europe par le biais d'actions communes entre les secteurs et au-delà des frontières, tel est le but de la troisième Conférence européenne sur les écoles en santé : "Une meilleure santé par le biais des écoles" à Vilnius (Lituanie), 15-17 Juin 2009. Lors de la conférence, les jeunes jouent un rôle actif en partageant leurs idées et en travaillant ensemble à faire de leur école un meilleur endroit pour apprendre et travailler.


La promotion de la santé à l'école en Europe

Le réseau des Écoles pour la Santé en Europe (ESE en français, SHE en anglais), a une base solide avec son précurseur, le Réseau Européen des Écoles Actrices de la Santé (ENHPS en anglais), fondée en 1991 par l'Europe de l'OMS, le Conseil de l'Europe et l'Union européenne, avec son expérience du développement et de soutien des écoles actrices de la santé. Il ya 43 pays membres dans le réseau ESE dans la région européenne.

Le réseau ESE utilise un concept positif de la santé et du bien-être et reconnaît la Convention relative aux droits de l'enfant et la Convention européenne sur la
Exercice des droits des enfants.

L'approche de la promotion de la santé à l'école repose sur cinq valeurs fondamentales et piliers.


Les valeurs fondamentales d'ESE

ÉQUITÉ

Les écoles actrices de la santé garantissent l'égalité d'accès pour tous à toutes les possibilités dans l'éducation et la santé. Dans le long-terme, cela a un impact significatif dans la réduction des inégalités en santé et dans l'amélioration de la qualité et la disponibilité de l'apprentissage à vie.


DURABILITÉ

Les Écoles actrices de la santé reconnaissent que la santé, l'éducation et le développement sont étroitement liés. Les écoles agissent comme centres d'apprentissage scolaire. Ils soutiennent et développent une vision responsable et positivedu rôle futur des élèves dans la société.

Les écoles actrices de la santé se développent bien mieux lorsque les efforts et les réalisations sont à l'œuvre de manière systématique et pour une longue période, pendant au moins 5 à 7 ans. Les résultats, à la fois en matière de santé et d'éducation, se produisent souvent à moyen ou à long terme.


INCLUSION

Les écoles actrices de la santé célébrent la diversité et veillent à ce que les écoles soient des communautés d'apprentissage, où tous se sentent respectés et qu'on leur fait confiance. Les bonnes relations sont importantes entre les élèves, entre les élèves et le personnel de l'école et entre l'école, les parents et la communauté scolaire.


EMPOWERMENT ET ACTION COMPÉTENTE

Les écoles actrices de la santé permettent aux enfants et aux jeunes, au personnel de l'école et tous les membres de la communauté scolaire de participer activement à la définition des objectifs liés à la santé et d'agir à l'école et dans tout ce qui l'entoure pour atteindre ces objectifs.


DÉMOCRATIE

Les écoles actrices de la santé sont fondées sur des valeurs démocratiques et mettent en oeuvre l'exercice des droits et la prise de responsabilité.



Les pilliers ESE

Une approche globale de la santé à l'école

Entre les politiques de l'école et les pratiques dans les domaines suivants, il y a une cohérence reconnue et comprise par l'ensemble de la communauté scolaire. Cette approche implique :

  • une approche participative et orientée vers l'action dans le programme de l'éducation à la santé ;
  • de tenir compte des propres conceptions de la santé et du bien-être de l'étudiant ;
  • le développement des politiques de l'école favorables à la santé ;
  • le développement de l'environnement physique et social de l'école ;
  • le développement des compétences génériques (life competencies) ;
  • de relier réellement la maison à la communauté scolaire ;
  • d'utiliser efficacement les services de santé.

Participation

Un sens de l'appropriation est encouragée par les élèves, le personnel et les parents grâce à la participation et un engagement qui fait sens, ce qui est une condition de l'efficacité des activités de promotion de la santé dans les écoles.

La qualité de l'école

Les écoles actrices de la santé soutiennent bien mieux l'enseignement et les processus d'apprentissage. Des élèves en bonne santé apprennent mieux, le personnel travaillent mieux et ont une plus grande satisfaction au travail. L'école a pour tâche principale de maximiser les résultats de l'école. Les écoles actrices de la santé aident les écoles dans la réalisation de leur projet éducatif et social.

Preuves scientifiques

La promotion de la santé à l'école en Europe est enrichie par les recherches existantes et émergentes et des éléments scientifiques portés sur l'efficacité des approches et des pratiques de promotion de la santé à l'école, tant sur les thèmes de la santé (comme la santé mentale, l'alimentation, l'utilisation de substances), et sur l'approche globale à l'école.

Les écoles et les communautés

Les écoles actrices de la santé engagent un environnement bien plus large, le quartier. Ils appuient la collaboration entre les écoles et le quartier et sont des agents actifs dans le renforcement du capital social et de culture sanitaire (health literacy).

samedi 15 août 2009

Comment une vidéo tente de raconter la conférence de Bruxelles

Le service presse de la Commission Européenne a mis cette semaine en ligne la vidéo de la conférence de juillet sur la santé des jeunes.
The Commissioner for Health Androulla Vassiliou is proud to release a short video clip illustrating the highlights of the first ever EU level youth health conference held in Brussels on 8-10 July.


Comme on m'aperçoit un quart de seconde, c'est de l'autopromotion évidemment.

Mise à jour de l'autopromotion au 9.01.10 :






dimanche 9 août 2009

Comment améliorer les conférences pour les jeunes à Bruxelles ?

Je suis parti courant juillet pour une conférence sur la santé des jeunes en Europe. Cela se passait à Bruxelles et j'ai publié en rentrant sur le blog de la conférence deux petits articles "critiques", comme à mon habitude. Je les "rapatrie" ici. À Bruxelles, l'ambiance est différente de celle de Paris. Quand on souhaite apporter des améliorations (et qu'on se fait applaudir par un bon tiers de la salle), la réaction est plus attentive. J'attendrai la prochaine conférence pour vous dire si ça a été suivi d'effet(s).


Il faut faire le pari que ce débat de qualité puisse se répéter pour approfondir les sujets. Pour cela, je propose quelques pistes.

La première chose, c'est que ce type de débats puisse avoir lieu dans tous nos pays et qu'on s'intéresse à l'avis des jeunes les moins mobilisés.
Chaque pays devrait donc décentraliser ces débats et tenter l'expérience de ce type de conférence avec tous les élèves d'un lycée par exemple. Pour ne pas perdre l'intérêt de la discussion des différentes situations nationales, cette expérience pourrait être menée avec les établissements qui sont jumelés à travers l'Europe.

Chaque atelier durait une heure et demi. Comme les présentations étaient très intéressantes et très denses, il est certainement possible d'augmenter la durée des ateliers. Cela permettrait aussi de travailler plus en détails sur les conclusions. Les participants pourraient les valider collectivement une par une.

Il est très important d'assurer l'empowerment des jeunes, comme cela a dû être dit de très nombreuses fois. Une journée de préparation pour cette conférence a semblé à certains bien courte, surtout quand on a des situations nationales très différentes et que les intervenants en face de nous sont très intéressants. Cela donne l'impression de n'avoir qu'effleurer le sujet alors que certains commençaient tout juste à être sensibilisés.

Au delà de la sensibilisation, il faudrait pouvoir aller plus en profondeur et avoir un dialogue structuré avec les décideurs. La constitution de groupes de travail mixte jeunes-professionnels qui se réuniraient régulièrement pourrait être une solution pour continuer ce travail. Ce type de réunions ont déjà existé par le passé.

Madame Androulla Vassiliou, l'actuelle Commissaire à la santé a trouvé nos remarques très stimulantes. C'est pourquoi il nous faut rester actifs dans le processus de décision. Il pourrait être utile de faire le point sur l'évolution de la situation au regard de nos propositions formulées. On pourrait organiser une nouvelle conférence en 2010 où les eurodéputés s'occupant des questions de santé discuteraient de nos propositions, comme la suggérait Robert Madelin, Directeur Général de la DG de la santé et des consommateurs.

D'ailleurs, Robert Madelin nous attend au tournant pour voir si notre engagement tiendra dans la durée... Pourquoi laisser les lobbyistes professionnels s'investir dans le Parlement Européen ? C'est aussi notre responsabilité de interpeller les eurodéputés. C'est pourquoi il faut saluer l'initiative de mettre en lumière les eurodéputés particulièrement chargés de ces questions. Sur les politiques de jeunesse, l'outil des agoras citoyennes, initiée par Gérard Onesta, pourrait nous être utile pour rassembler les réflexions de la société civile sur cette question.

Quel que soit le domaine, on se rend compte qu'après 20 ans de la Convention des Droits de l'Enfant, beaucoup reste à faire pour que les jeunes puissent être entendus pour les décisions qui les concernent de près ou de loin. Souhaitons que, quel que soit le nom du Commissaire européen à la santé à l'automne, cette initiative trouve des suites !

Comment consulter les jeunes Européens sur la politique de santé

Je suis parti courant juillet pour une conférence sur la santé des jeunes en Europe. Cela se passait à Bruxelles et j'ai publié en rentrant sur le blog de la conférence deux petits articles "critiques", comme à mon habitude. Je les "rapatrie" ici.


Alors que le camp de préparation repartait de zéro pour se fonder uniquement sur les expériences des participants, l'échange mutuel sur les problèmes dans chaque pays a favorisé la prise de parole des jeunes participants. Leur constat a permis de vérifier la pertinence des propositions formulées par le Youth forum dans son Document politique « La santé et le bien-être des jeunes » adopté en novembre dernier. Alors après cette Conférence riche en propositions, que peut proposer la Commission Européenne ?

L'action de l'Union se résume pour le moment à un échange de bonnes pratiques, ce qui est crucial pour réduire les inégalités de santé tout en tenant compte des traditions nationales. Si chaque pays a des traditions différentes, il y a un consensus général pour remettre les jeunes au centre des stratégies de réduction des inégalités de santé : les échanges de bonnes pratiques en santé mentale, en santé reproductive ou sur les stratégies anti-tabac ont répété à longueur de powerpoint et de discours la nécessité de méthodes interactives et de l'implication des jeunes en amont dans l'élaboration de ces politiques.

Mais la formation des professeurs, les programmes scolaires des élèves ou le fonctionnement institionnel des écoles ne relèvent pas par exemple de la compétence de l'Union Européenne. Par contre, l'Union Européenne peut pallier l'inaction des États-membres en finançant des projets innovants à caractère expérimental. D'autres actions sont aussi possibles si une politique cohérente est menée transversalement. Alors que la malbouffe rapporte tant aux entreprises et provoque un ravage sanitaire, il serait temps de taxer ces produits et même d'interdire leur publicité à l'échelle de l'Europe. Cela permettrait au moins de dégager les financements nécessaires pour assurer l'empowerment (assurer que les jeunes soient des citoyens actifs) et des programmes aidant des professionnels de terrain, comme Epode (sur l'obésité) ou Schools For Health (l'environnement scolaire). Ces priorités sont sous-financées et seule une volonté politique forte pourra réduire ce déséquillibre entre marketing et promotion de la santé !

Tant d'organisations et de jeunes mobilisés ont démontré que la santé publique est un défi majeur pour notre génération. Cette conférence a permis tant de rencontres entre nous et c'est tout l'intérêt de cette conférence qui mêlait professionnels et jeunes : nos projets n'en sortent que renforcés !