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samedi 21 août 2010

Comment la Finlande peut améliorer notre santé

Jenni Viitanen, chercheure à l'Institute for Public Policy Research North vient de publier une tribune dans le Guardian qui prend modèle sur la Finlande. Cet exemple sera sans aucun doute parlant pour le public français.


Les inégalités de santé britannique sont les pires d'Europe. Voyons comment la Finlande renversé la vapeur dans les années 1970.


On trouve en Grande-Bretagne les inégalités géographiques dans l'espérance de vie de sa population les plus frappantes d'Europe. La dernière décennie de prospérité économique a connu une polarisation croissante de façon alarmante, avec des décès prématurés dus aux maladies cardiaques et aux accidents vasculaires cérébraux notamment dans le nord en particulier. Manchester est en tête du classement des décès prématurés. Le nord-ouest est la pire région, suivie par le nord-est. Un mauvais état de santé limite l'espérance de vie et l'autonomie, et c'est l'expérience de première main dans les communautés les plus pauvres dans le nord.
Face aux inégalités de santé persistantes, le gouvernement de coalition a peut-être raison de s'interroger sur l'efficacité des campagnes de santé publique. Mais ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain ! Les Finlandais ont prouvé qu'on pouvait lutter contre les inégalités de santé grâce à des actions collectives et de la détermination.

Le projet de la Carélie du Nord montre comment la géographie de l'inégalité peut être vaincue en engageant le cœur et l'esprit des populations locales. Dans les années 60, la Finlande avait le plus fort taux du monde de décès prématurés pour les maladies coronariennes. Des gens sont morts de jeunes en grande partie pour des causes évitables et curables, particulièrement concentrées dans la province pauvre de l'est de la Carélie du Nord. Après bien des débats politiques et des travaux scientifiques, le programme de prévention a été mis sur pied en 1972 et coordonné par l'université locale.

Le message-clé était autour de la question du choix de mode de vie, tels que le tabagisme ou l'exercice, un équilibre approprié entre le sel, les graisses saturées, les fruits et légumes frais. L'engagement a été fait par le biais des groupes communautaires locaux et aucun partenaire potentiel n'a été négligé : les médecins et les infirmières, les écoles, les bibliothèques, les médias locaux, les supermarchés et l'industrie alimentaire ont tous participé à cette campagne.

L'initiative a été accueillie par des sentiments mitigés. La production laitière a été une importante source de subsistance dans les régions rurales de Carélie du Nord et le beurre faisait partie des produits locaux très appréciés. À cette époque, les gens croyaient que les maladies du cœur ne pouvaient pas être contrecarrées. La perspective de pouvoir lutter et même d'éviter la maladie a été un puissant message. Les familles touchées par les décès précoces et une maladie cardiaque invalidante pour des générations d'hommes et de femmes ont finalement été convaincues que leur santé et leur bien-être pourraient être améliorées en changeant de mode de vie. Et c'est ce qui s'est passé : en 2006, la région avait vu une réduction énorme de 85% de la mortalité due aux maladies coronariennes chez les hommes en âge de travailler.

Compte tenu du temps écoulé et les différences culturelles en jeu, nous pouvons nous retrouver à comparer des choux avec des pommes de terre. Mais il y a quatre principes clés d'un message retentissant à la situation actuelle au Royaume-Uni [et en France] :
  • Le mythe de l'"état minimaliste" : la campagne a été déclenchée grâce à l'action collective de la communauté elle-même ; ce sont les élus locaux qui ont demandé l'intervention du gouvernement.
  • La localisation compte : l'intervention a été basée sur des recherches scientifiques solides, de trouver des réponses sur mesure pour s'adapter à la situation locale.
  • Les sciences comptent : le programme était basé sur la recherche pluridisciplinaire coordonnée par l'université locale.
  • Les réseaux comptent : les individus, les amis, les collègues et les voisins échangeant des informations et des expériences se sont révélés inestimables.
Dans les années 70, des slogans tels que « co-production » et « grande société » n'avaient pas été inventés [les slogans de la récente campagne électorale britannique; NdT], mais les réussites du programme de Carélie du Nord sont étroitement liées à ces concepts. Le contexte social et physique de la Carélie du Nord a été transformé grâce à une compréhension approfondie de la situation locale et un large consensus sur les valeurs dans les différents secteurs et la société civile - les personnes étaient placées avant le profit, ce qui finirait par se révéler plus rentable à long terme. Il y avait l'enjeu important autour du commerce et le programme a finalement bénéficié aussi aux détaillants. L'hypothèse sous-jacente de la marque de la « grande société », telle que l'action étatique étouffe en quelque sorte l'action communautaire, est à questionner si la Finlande apporte la preuve du contraire.
La leçon la plus importante est que la promotion de la santé a besoin pour être  efficace d'engagement soutenu envers la recherche scientifique et envers le développement communautaire. Le contexte médiatique et les progrès scientifiques de ces dernières année ont créé un environnement plus complexe qu'il y a 30 ans.

Le gouvernement aura besoin d'un leadership fort pour coordonner les activités et  redonner le pouvoir aux gens dans les quartiers défavorisés de faire de meilleurs choix. Le cas de la Carélie du Nord montre que les gens témoignent d'un grand intérêt pour leur santé et leur bien-être. Armés de conseils qui prennent en compte les spécificités locales et du soutien des autres, les gens peuvent changer leur vie.

mardi 20 juillet 2010

Comment Marmot veut un monde plus juste

Sir Michael Marmot vient d'accepter d'être président de la British Medical Assocation. Dans son premier discours qu'on peut lire ici, il réaffirme son envie d'un monde plus juste : "Alors, rêvez avec moi d'un monde plus juste, mais abordons de manière pragmatique les étapes nécessaires pour y arriver."

Marmot est célèbre pour son travail comme chercheur sur les déterminants sociaux de la santé. Il a notamment collaboré avec l'OMS puis en Grande Bretagne avec un rapport intitulé Fair Society, Healthy Lives: A Strategic Review of Health Inequalities in England Post-2010 dont le gouvernement français gagnerait à s'inspirer.

Quand les inégalités de santé rejoignent l'injustice en général, Marmot cite Neruda et demande à vous insurger avec moi contre l'organisation de la misère !

jeudi 15 juillet 2010

Comment compter les pauvres dans le monde

L'Inde compte plus de pauvres dans seulement 8 de ses 28 États qu'il n'y en a dans les 26 pays les plus démunis d'Afrique, selon un nouvel indice créé par l'université Oxford pour les Nations unies, indice qui vient raffiner le portrait que l'on fait de la pauvreté dans le monde.

Plus de la moitié des 1,2 milliard d'Indiens vivent toujours dans la pauvreté en dépit de la spectaculaire croissance économique qu'a connue le pays depuis des années, ont rapporté hier les chercheurs de l'Oxford Poverty & Human Development Initiative en dévoilant leur nouvel Indice de pauvreté multidimensionnelle. De ce nombre, on en trouverait plus de 421 millions rien que dans huit États de la fédération indienne, alors que les 26 pays les plus pauvres d'Afrique en comptent 410 millions. Ces chiffres globaux cachent toutefois des écarts marqués en termes de nature et de gravité entre régions urbaines, comme celle de Delhi qui n'a que 15 % de pauvres, et régions rurales, comme l'État du Bihar où cette proportion atteint 81 %.

«Le sort des personnes pauvres n'est pas seulement déterminé par leur niveau de revenu», ont souligné les auteurs de l'étude qui se sont penchés sur le cas de 104 pays en voie de développement représentant 78 % de la population mondiale. «Notre indice va plus loin que les approches habituelles en reflétant aussi le degré de privation des personnes pauvres en matière d'éducation, de santé et de niveau de vie.»

Le nouvel indice a été mis au point en collaboration avec plusieurs experts, dont ceux du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Il se base, en fait, sur dix indicateurs allant du taux de scolarité à la mortalité infantile, en passant par le degré de malnutrition, l'accès à l'électricité et la possession de quelques biens de consommation.

Selon ce nouvel outil, les 104 pays étudiés compteraient 1,7 milliard de pauvres, dont plus de la moitié (51 %) se trouveraient en Asie du Sud et un peu plus du quart (28 %) en Afrique.

Ce chiffre de 1,7 milliard est supérieur au total de 1,3 milliard auquel on arrive avec l'habituelle mesure de la Banque mondiale, qui établit le seuil de pauvreté extrême à un revenu de 1,25 $US par jour. Certains pays voient ainsi leur taux de pauvreté grimper brutalement, comme l'Éthiopie, qui passe de 39 à 90 %, et le Pakistan, qui passe de 23 à 51 %. D'autres, au contraire, apparaissent sous un meilleur jour, comme la Tanzanie (de 89 à 65 %) et le Vietnam (de 22 à 14 %).

L'un des avantages du nouvel indice est qu'il permet de mieux évaluer non seulement le niveau, mais aussi la gravité de la pauvreté, disent ses concepteurs. C'est une chose de ne pas manger à sa faim tous les jours, de ne pas pouvoir envoyer ses enfants à l'école ou de même pas avoir de plancher dans sa maison, mais c'en est une autre d'avoir tous ces problèmes en même temps.

Un autre avantage est de pouvoir aller au-delà des moyennes nationales et de discerner les différences importantes qui séparent souvent les régions et les groupes ethniques. «C'est une image en haute définition qui révèle toute la gamme des problèmes auxquels sont confrontées les familles les plus pauvres», déclarait hier l'une des conceptrices de l'indice, la professeure Sabina Alkire.

L'Inde et la Chine


Dans le cas de l'Inde, on constate, par exemple, qu'en dépit d'une croissance économique fulgurante et d'une baisse du taux de faible revenu, la proportion des enfants de moins de trois ans qui sont sous-alimentés n'a pratiquement pas bougé de 1998 (47 %) à 2006 (46 %). Ainsi, le taux de pauvreté en Inde ne serait pas de 29 %, comme le disent les statistiques gouvernementales, ni de 42 %, comme le dit la Banque mondiale, mais de 55 %. La situation serait particulièrement grave en zone rurale, où les principaux problèmes sont la malnutrition, la faible présence des enfants à l'école primaire et la mortalité infantile.

L'autre grande économie émergente, la Chine, ferait meilleure figure de ce point de vue. Si on en croit les statistiques de 2003, son score à l'échelle du nouvel indice de pauvreté (12 %) se révèle même supérieur à la proportion de sa population vivant avec moins de 1,25 $ par jour (16 %). Là encore, le problème serait plus aigu en zone rurale, mais tiendrait cette fois essentiellement à la faible proportion des ménages comprenant au moins un membre ayant cinq années d'école.

Le nouvel indice arrive à point nommé, disent ses concepteurs, alors que la communauté internationale doute de plus en plus de sa capacité d'atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement qu'elle s'était fixés pour 2015. Il permet, par exemple, de voir que les pauvres de Syrie, d'Irak et d'Azerbaïdjan ont actuellement moins besoin qu'on relève leur pouvoir d'achat que d'un meilleur accès aux services minimums de santé et d'éducation. Il permet aussi de voir comment le Bangladesh a pu réduire son taux de pauvreté de 69 à 59 % en l'espace de seulement trois ans grâce à une vaste campagne encourageant l'envoi des enfants à l'école.

Miroir, miroir

Les chercheurs d'Oxford ne sont pas les seuls à essayer d'améliorer les outils de mesures à notre disposition depuis des années. De nombreux autres experts travaillent depuis des années sur de nouvelles façons d'évaluer le progrès économique et social des nations. Le prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz, en appelait encore l'automne dernier à l'invention d'un nouvel indice du bien-être.

Les concepteurs du nouvel indice de pauvreté ont dit hier souhaiter y ajouter des indicateurs sur l'emploi, la sécurité des personnes et leur capacité d'influencer leur propre destinée dès qu'on aura les données nécessaires. Ils ont promis, en attendant, de dévoiler un deuxième rapport qui porterait, cette fois, sur les pays développés.

Le PNUD a d'ores et déjà annoncé qu'il intégrera leur nouvel outil de mesure à la vingtième édition de son fameux Rapport sur le développement humain attendu cet automne. Le Mexique a dit qu'il l'adoptera aussi à des fins nationales, alors que le Chili et la Colombie l'envisagent.

Source : Le Devoir

mardi 15 juin 2010

Comment l’autonomisation contribue à améliorer la santé

L’IREPS Bretagne propose une traduction en français d’un document de l’OMS Europe clarifiant la notion d’empowerment dans le champ de la santé publique, et démontrant l’efficacité des stratégies favorisant l’empowerment, notamment en matière de réduction des inégalités de santé.  Cette recension est intéressante car elle éclaire bien des débats dans les démarches participatives sur les compétences acquises par les citoyens, comme l'a montré Julien Talpin dans sa thèse par exemple. Le document original est une revue de littérature rédigée par une professeure de l'Université du Nouveau Mexique, Nina Wallerstein.
Si la participation forme la colonne vertébrale des stratégies d’empowerment, elle est à elle seule insuffisante et peut relever de la manipulation et encourager la passivité, au lieu de favoriser l’activité, l’empowerment et le contrôle communautaires. Elle peut être perçue comme utilitariste, c’est-à-dire servant l’efficience d’un programme, plutôt que renforçant l’empowerment dans le but de réduire l’exclusion sociale. Au niveau local, les méthodes participatives elles-mêmes peuvent être limitées – impliquant les membres de la communauté comme de simples informateurs – ou faire écran au besoin d’analyser des politiques ou fonctionnements institutionnels plus larges susceptibles de surpasser les déterminants locaux du bien-être. Les questions à poser sont les suivantes : qui sont les représentants officiels, qui sont ceux dont les voix restent inaudibles, et quelles sont les inégalités de pouvoir qui empêchent la participation de certaines composantes de la communauté ?

lundi 8 mars 2010

Comment repenser à Dakar

C'était difficile de publier un article depuis Dakar avec la délégation du Conseil Parisien de la Jeunesse partie la semaine dernière pour inaugurer et aider un cybercafé communautaire qu'il avait financé. L'emploi du temps du groupe avait une amplitude horaire qui laissait trop peu de temps au repos et aux activités personnelles. Je vais en profiter maintenant pour réfléchir aux quelques enseignements possibles lors d'un séjour d'une semaine à Dakar, une semaine bien courte au vue de la vivacité de ce coin du monde. On a à peine le temps de s'habituer à la Teranga sénégalaise qu'il faut déjà partir.

Première surprise en arrivant à Dakar, c'est la manière dont les Dakarois conduisent. C'est frappant de voir combien ils conduisent bien mieux que les Français, plus lentement et tellement plus détendus. Durant tout le voyage, je n'ai d'ailleurs vu qu'un seul accident alors que j'aurais pu en voir dans la même période au moins deux ou trois autres si j'étais resté à Paris. J'ai aussi remarqué peu de Dakaroises au volant, certainement la marque des traditions. À part les taxis quand ils voient des blancs, peu de sons de klaxon sse font entendre : peu stressé, moins égoïste, chaque conducteur semble respecter davantage ses voisins et la conduite plus lente est aussi moins dangereuse.

Puis on se rend compte que le ciel est aussi bleu qu'à Paris. C'est-à-dire pas vraiment bleu. Ce bleu très pâle n'a rien à voir avec le bleu de la Côte d'Azur alors qu'à Dakar nous sommes aussi à côté de la mer : la pollution paraît donc équivalente à celle de Paris.

Tous les jeunes relais du Kpote Kiosque ont été très mobilisés durant toute la semaine pour nous accompagner et nous montrer, concentrées sur une semaine, toutes les activités organisées tout au long de l'année. Si, pour le CPJ, le choix en 2007 d'aider la luttre contre la propagation du VIH participait plus à un effet de mode qu'à une réelle réflexion, nous avons pu en apprendre davantage sur le contexte dakarois. La prévalence est faible, juste le double de celle de la France mais ce pays fait face à d'autres défis.
 

La promotion du préservatif doit toujours se prémunir de la critique de l'incitation à la débauche. C'est pour ça qu'il était inenvisageable d'aller distribuer des préservatifs (sans compter qu'en plus nous ne sommes pas sénégalais). On aperçoit aussi l'intérêt des tests rapides utilisés depuis des nombreuses années au Sénégal alors qu'on vient tout juste de l'expérimenter en France. Enfin, comme de nombreuses personnes l'ont remarqué, il est curieux d'avoir choisi le VIH alors que la paludisme est de loin le virus le plus mortel au Sénégal.

Au-delà de ces remarques sur le contexte sénégalais, notre petit projet tournait plus autour de la création du cybercafé. L'idée venait des jeunes relais eux-mêmes et à part les problèmes de maintenance habituels pour le commencement, tout devrait bien se passer une fois que tout sera rôdé. J'ai été d'ailleurs étonné de voir à quel point les jeunes sont aussi en pointe que nous sur les nouvelles technologies par rapport à nos aînés avec le nombre de réunions qui commencent par des powerpoints.


Par contre, je suis un peu plus réservé sur l'impact de ma formation de formateurs pour animer le cybercafé. J'avais en tête de former des personnes-ressources pour qu'elles puissent organiser des formations d'initiation à Internet (création d'adresse électronique, recherche en ligne,...). Finalement, je me suis consacré à la création de blogs, ce qui est aussi utile, mais cela ne va pas contribuer à fidéliser des visiteurs dans le cybercafé.

Dans le contexte mondial, il est cependant important de mieux redistribuer le pouvoir de diffuser de l'information. Un moyen d'éviter les clichés sur l'Afrique est de faciliter la prise de parole des gens. Les blogs contribuent à cela à France et je n'ai même pas eu le temps de me renseigner sur ce qu'il se fait au Sénégal. Une autre initiative est développée par Enda autour de la formation de jeunes journalistes citoyens sénégalais. Je leur ai parlé du coup de la réalisation des films des téléphones portables avec le festival Pocket Films. Chaque mois, cet outil démontre la capacité de démocratiser l'information et la capacité de filmer.

La rencontre avec Enda a été formidable : leur conception du changement participatif converge avec tout ce qui m'intéresse sur Paris. Ils nous ont bien mis en garde sur le contexte de la société sénégalaise, le fait qu'il fallait renégocier le contrat social, et arrêter d'universaliser ses valeurs et commencer à mettre en oeuvre la "pluriversalisation". Enda-Ecopole mène aussi tout un travail autour de l'innovation pédagogique, notamment autour de la reconnaissance des compétences acquises sur le tas.

Les gens qui composent ce réseau semblent faire un travail exceptionnel sur le renforcement des capacités (empowerment) et j'ai bien senti qu'il y aurait tant de choses à apprendre auprès d'eux (comme volontaire comme le soufflait l'ambassade ?). Notamment sur l'évaluation, nous avons une discussion à table sur la nécessité d'organiser des évaluations non-formelles, en misant sur le caractère convivial. Leur boutique d'objets issus du recyclage nous a par ailleurs mené à nous interroger sur ce qui est attendu de nous : lorsqu'il s'agit d'acheter "solidaire", on ne sait plus s'il faut recommencer le rituel de la négociation des prix.

Toutes les associations rencontrées font à la fois un vrai travail de terrain, mènent des réflexions, et il y a cette attention portée à l'informel qui me ravirait si elle n'était pas en lien direct avec un État-providence faible. Au lieu du défaitisme, les Sénégalais montre une certaine vivacité dont on manque un peu en France.

Durant ce séjour, il y a eu des moments d'apprentissage pour comprendre un peu mieux ce pays et l'impact de notre projet, il y a eu des moments d'enseignements autour du cybercafé, ainsi que des moments surréalistes et des moments de grand embarras.

Quelles perspectives ?

La fin du séjour n'avait pas que le parfum de la nostalgie : Mass Kodjo de l'association Action pour le Civisme et la Citoyenneté nous explique que la grande majorité des Français une fois repartis en France ne donnent plus de nouvelles. C'est d'autant plus injuste qu'il se donne beaucoup de mal pour nous accueillir, nous accompagner (sans d'ailleurs qu'on se préoccupe trop de savoir à quel point on perturbe sa vie personnelle). C'est ce même regard que j'ai eu aussi l'impression de retrouver avec les personnes du Kpote Kiosque venues nous souhaiter un bon voyage à l'aéroport. Puisque cette méfiance doit être justifiée, j'espère que nous serons plusieurs du groupe à faire mentir cette réputation d'égoïsme.

Tout cela me rappelle la critique du tourisme occidental : on consomme de l'exotisme, puis tout part à la poubelle. Cependant nous ne sommes pas partis faire du tourisme.

À court-terme, il y a une multitude d'initiatives que certains membres du Conseil Parisien de la Jeunesse pourront aider autant que possible à distance. Durant toute la semaine, je me suis demandé si d'une part l'objectif principal du voyage a été réussi : est-ce que le cyber est bien parti pour assurer la pérennité des activités du centre communautaire ? Pleins de petits détails qui renforcent ou diminuent la pertinence du projet sont apparus durant notre séjour. Ce sont ces petits détails qui montrent combien nous étions en décalage en pensant "depuis Paris". Une visite intermédiaire aurait permis d'affiner les besoins bien davantage. Quand on voyage, il y a les effets non-prévus, les rencontres qui nous aident à percevoir d'autres limites de ce petit projet.

A moyen-terme, difficile de ne pas prévoir d'y retourner. Une semaine à Dakar ou ailleurs, on en revient toujours à la même conclusion : on ne peut pas construire grand chose sans connaître les habitants. Je considère a posteriori cette petite expédition comme une visite de faisabilité. C'est pour cette raison que j'ai acheté une carte de Dakar et un dictionnaire wolof-français.

L'idée de réaliser un volontariat (d'ici mes 28 ans donc) va continuer de me trotter dans la tête.

vendredi 12 février 2010

Comment jeter un oeil sur le Royaume-Uni

Quelques idées de lecture comme revue de presse :
  • Une tribune parue dans le Guardian aborde la question des inégalités avec un titre que j'apprécie : Investir dans l'égalité. Il est question de l'excellent rapport Marmot.
  • Sur l'identité nationale, le débat se poursuit depuis bien longtemps en Grande-Bretagne : dans le Guardian est débattue la place de l'identité anglaise après la dévolution. Un papier plus complet était paru auparavant dans le même think tank sur l'identité britannique.
  • Il y a quelques mois j'avais lu un autre article dans le Guardian sur le fait que les enfants d'origine asiatique réussissaient mieux en maths en Grande-Bretagne que les autres. Une sorte de cliché qu'on peut entendre aussi en France, mais par les statistiques ethniques, c'est possible d'y voir plus clair. Pour la première fois cette année, les tests globaux plaçaient en moyenne les blancs pauvres derrière tous les autres pauvres des autres communautés. Il est aussi dit que les filles réussissent bien souvent mieux que les garçons. Une bonne façon d'ignorer les explications culturalistes simplistes. 
  • Un rapport sur la participation des jeunes pointe plusieurs nécessités : pour qu'elles soient bien perçues, les consultations doivent être fréquentes et dirigées par les jeunes. Il est important d'évaluer l'efficacité des différentes modalités de participation pour les jeunes. Par ailleurs, il faut toujours prévoir l'information en aval des décisions qui sont prises. L'impact des discussions en amont doit être en effet non seulement significatif mais en plus il doit être perçu par les participants.
  • Enfin il faut s'étendre sur un sondage sur les jeunes Londonniens : une chose impensable à organiser pour la Mairie de Paris.

mercredi 10 février 2010

Comment une décennie de messages de promotion de la santé "n'ont eu que peu d'impact"

Ce n'est pas moi qui le dis. C'est un article du Independent qui le raconte grâce à une enquête du Food Standards Agency, créé dans le même mouvement que notre AFSSA.

On apprend ainsi que seuls 35 % des adultes mangent les fameuses 5 portions de fruits et légumes recommandées chaque jour. Pour les ados, la proportion tombe encore plus bas avec seulement 15%.

D'autres chiffres très négatifs incitent l'Independent à en conclure que ces messages n'ont servi à rien :
People are eating as badly as they were 10 years ago despite the spending of hundreds of millions of pounds of taxpayer’s money on advertsing campaigns on fruit and vegetables, saturated fat and other health issues
C'est un argument que j'ai déjà entendu et qui est assez mauvais. Si ces campagnes n'avaient pas été mises en oeuvre, qui peut dire que les chiffres auraient été encore plus bas ? À grand renfort de publicité pour le fast food ("tout ce que j'aime"), c'est pourtant plus que probable que la consommation de légumes et de fruits aurait baissé encore davantage.

La morale de l'histoire... Les chiffres ne parlent jamais d'eux-même ! D'ailleurs à la fin de l'article est cité le professeur Sanders qui dit l'inverse de ce que font encore les Français et les Anglais : “toutes les interventions réussies ont toujours été orientées sur la modification de l'offre alimentaire plutôt que sur le changement des comportements individuels.” Je serai très curieux de lire les études sur lesquelles il se fonde, mais rien n'apparait dans sa bibliographie plutôt spécialisée sur les impacts biologiques de la diététique.

lundi 23 novembre 2009

Comment parler des drogues

J'ai retrouvé un blog qui décortique les graphiques. Information is beautiful est revenu sur l'affaire Nutt et republie un graphique étonnant. Il s'agit du bruit médiatique autour des drogues ou, pour le dire plus clairement, de la manière dont certaines drogues sont montées en épingle.




On peut y voir le nombre de décès par type de substance (en Grande Bretagne en 2008 basées sur les observations sur le certificat de décès), le nombre d'affaires reportées par la presse (connu grâce au moteur de recherche de Google actualités). On voit très nettement que le nombre d'articles écrits par rapport au nombre de morts liés au cannabis (je suppose que les accidents sont comptés) est très important : 5 articles pour un mort. Tandis qu'on trouve un rapport totalement inversé pour l'héroine : 1 article pour 10 mort pour l'héroine et la morphine, et 1 article pour 49 morts concernées par l'alcool.

Je ne connais pas grand chose à la sociologie des médias : je ne vois pas forcément de problème méthodologique dans cette manière de démontrer cette surmédiatisation. Dans le même genre, cela me rappelle les conclusions de la commission Bouchard-Taylor qui critiquait la surmédiatisation des affaires relatives à l'intégration des migrants au Québec. Leur rapport révèlait que la majorité des cas rapportés par la presse étaient très éloignés de la réalité.

L'appel à la vigilance du Guardian mérite d'être entendu. Mais les journalistes sont-ils les seuls responsables de cet effet boule de neige ?

Mise à jour du 24 novembre :
Quelle bonne idée de slogan ! La MILDT et MAM ont mis en place une campagne intitulée « La drogue si c’est illégal, ce n’est pas par hasard ». Est-ce que l'argument d'autorité sera suffisant pour les sceptiques ?

mercredi 7 octobre 2009

Comment les ateliers santé ville peuplent l'Ile de France

En Ile-de-France, fin 2008, il existait 57 ASV, ce qui la place de loin comme la première région bénéficiant de ce dispositif puisqu'il existe 237 ASV au niveau national. Les 10 premiers départements concentrent 44% des ASV. Parmi ces départements se trouvent la Seine Saint-Denis (20), les Hauts-de-Seine (14), les Yvelines et le Val-de-Marne (6 pour les deux départements). À cela s'ajoutent le Val d'Oise (5) Paris (4), l'Essonne (3).
Au niveau national, la formation des coordinateurs se limite à deux tendances : soit un diplôme en santé publique (40%), soit un diplôme en sciences humaiens (39%).
L'enquête de Kynos pour l'ACSÉ montre que pour 164 ASV qui ont répondu 227 diagnostics généraux ont été réalisés depuis leur création :

Parmi eux, 30 ASV ont réalisé au moins 2 diagnostics généraux. 115 ASV ont réalisé 248 diagnostics ciblés depuis leur création. Parmi eux, 50 ASV ont réalisé au moins 2 diagnostics ciblés. Ces diagnostics ciblés permettent d’approfondir une thématique spécifique pour ensuite orienter l’action de l’ASV. Le croisement des réponses à ces deux questions montre que la moitié des ASV n’ayant pas réalisé de diagnostic général a néanmoins réalisé un ou plusieurs diagnostics ciblés.

Fait étonnant, au niveau national, seuls 10% des ASV ont mis en place un observatoire local de santé. Pour l'Ile-de-France, sur les 52 repondants, 7 ont mis en place un tel observatoire, soit 13,5%. Enfin, pour 19 % des ASV franciliens (10), on note une collaboration avec un observatoire (régional notamment) contre 26% au niveau national.


Ces quelques paragraphes faisaient partie des 32000 caractères qui auraient décidé demain de mon avenir. Je voudrais travailler cette année sur ces diagnostics qui orientent les politiques locales de santé et emain se réunit le Conseil pédagogique du master SPPS dans lequel finalement je ne rentre pas... cette année du moins ! Cela ne m'empêche pas d'aller après-demain à un passionnant colloque sur ces diagnostics locaux de santé.

jeudi 10 septembre 2009

Comment mourir avant 5 ans à Paris ?

J'ai déjà parlé du taux de mortalité infantile. Un lecteur mal intentionné m'a reparlé du taux de mortalité infantile à Paris. Alors j'ai commencé à regarder ce que nous apprenait l'INSEE :
Paris 3,6 ‰
Hauts-de-Seine 3,1 ‰
Seine-Saint-Denis 5,6 ‰
Val-de-Marne 3,5 ‰
Seine-et-Marne 4,0 ‰
Yvelines 3,4 ‰
Essonne 3,9 ‰
Val-d'Oise 4,4 ‰
Ile-de-France 3,9 ‰
France (avec DOM) 3,7 ‰
On remarque les inégalités selon les départements et que la région Ile-de-France est au-dessus de la moyenne nationale. Imaginez-vous qu'il n'est pas uniforme à Paris selon les arrondissements. Un rapport de l'APUR avait été caviardé fin juin mais les résultats ont fuité dans Le Monde :
"Dans les 12e, 18e et 19e arrondissements, le taux de mortalité infantile dépasse de plus d'un point la moyenne parisienne sur la période 2000-2007. Cela n'est pas lié à la présence de services de médecine périnatale dans ces arrondissements, les statistiques étant rapportées au lieu de domicile de la mère (et non au lieu du décès). L'explication réside plutôt semble-t-il dans la présence sur le territoire de ces arrondissements de populations cumulant un suivi médical insuffisant et de mauvaises conditions sanitaires."
Je me demande si ces enfants de moins de 5 ans meurent aussi de pneumonie ou de diarrhée, les maladies mortelles les plus courantes dans le reste du monde à cet âge-là...

Ces inégalités sont effectivement à remettre en perspective. L'UNICEF vient de publier aujourd'hui les nouvelles données actualisées. Au niveau mondial, on est passé d'une moyenne de 90 décès pour 1000 naissances vivantes en 1990 à 65 décès pour 1000 naissances vivantes en 2008. Il va falloir mettre les bouchées doubles pour parvenir à l'objectif du millénium sur la mortalité infantile. Il faudrait passer pour ça à 30 ‰ au niveau mondial et nous en sommes loin. Trop loin.

samedi 5 septembre 2009

Comment les systèmes de santé tuent des petits enfants

Taux de mortalité infantile (nombre de décès pour 1000 naissances)

Albanie 6 ‰

Allemagne 4 ‰

Andorre 4 ‰

Australie 4 ‰

Autriche 4 ‰

Belgique 4 ‰

Biélorussie 5 ‰

Bosnie-Herzégovine 5 ‰

Canada 5 ‰

Chypre 6 ‰

Corée du Sud 4 ‰

Croatie 5 ‰

Cuba 5 ‰

Danemark 4 ‰

Espagne 4 ‰

Estonie 4 ‰

Finlande 3 ‰

France 4 ‰

Grèce 4 ‰

Hongrie 5 ‰

Hong Kong (Chine) 2 ‰

Iles vierges 5 ‰

Irlande 3 ‰

Islande 3 ‰

Israël 4 ‰

Italie 4 ‰

Japon 3 ‰

Liechtenstein 3 ‰

Lituanie 5 ‰

Luxembourg 2 ‰

Macao (Chine) 3 ‰

Norvège 3 ‰

Nouvelle-Calédonie 6 ‰

Nouvelle-Zélande 5 ‰

Pays-Bas 4 ‰

Pologne 6 ‰

Portugal 3 ‰

Royaume-Uni 5 ‰

Singapour 2 ‰

Slovaquie 5 ‰

Slovénie 2 ‰

Suède 2 ‰

Suisse 4 ‰

Taïwan 5 ‰

République Tchèque 3 ‰

Extrait de : Gilles PISON, "Tous les pays du monde", Population et société, Numéro 458, Juillet-août 2009

Quelques données remarquables :

  • Les données de mortalité infantile pour le Vatican et Monaco manquent : j'ai une vague idée du pourquoi pour le Vatican mais pas pour Monaco.
  • La France se classe légèrement au-dessus de la moyenne européenne.
  • La situation en France est à nuancer, car la moyenne (4‰) ne reflète pas la situation de ses territoires datant du bon vieux temps des colonies : Guadeloupe 6‰, Polynésie 7‰, Martinique 8‰. Mais comment ces inégalités se forment ?
  • Même chose pour la Chine où Hong Kong et Macao restent des exceptions (2 et 3 décès pour 1000 naissance) alors que la moyenne de la Chine communiste est 21‰. N'est pas Cuba qui veut...
  • Les États-Unis arrivent à la 56e place avec 7‰. Je suppose que là encore de fortes disparités territoriales existent sur le territoire. Sans compter les disparités en terme de couverture maladie.

On peut aussi dire que ces données ne reflètent pas complètement la qualité du système de santé. C'est vrai, d'autres déterminants de santé (la qualité de l'alimentation par exemple).

Cela se reproduit avec un autre critère, à savoir l'espérance de vie à la naissance. Le classement reste proche : la France (78 ans pour les hommes, 84 pour les femmes) reste au-dessus de la moyenne des autres pays de l'UE. On vit moins longtemps à la Martinique (76/83) et à la Guadeloupe (75/83) qu'en métropole mais leur écart entre elles a diminué. Les États-Unis sont à la 51e place (75/80), bien après Cuba (76/80) et le Costa Rica (77/82).

Ceci est une contribution aux préjugés des Européens du système de santé des États-Unis... corroborés par les chiffres du World Population Data Sheet publiés par le Population Reference Bureau.

dimanche 30 août 2009

Comment le PS pourra-t-il refuser la démocratie interne ?

Je lisais les compte-rendus des ateliers du Parti socialiste pour les universités d'été de La Rochelle à la recherche de mots-clés. Vous devinez ? "Promotion de la santé" et "démocratie participative"...

Je n'ai pas participé à ces ateliers, donc je n'ai qu'une connaissance indirecte par Internet. Il n'a pas été visiblement question du rôle de la promotion de la santé pour réduire les inégalités de la santé. Je ne dis pas que c'est l'alpha et l'omega d'une politique de santé (hein Bastien...). Mais comme le montrait depuis longtemps Illich, cela fait un moment que la contribution des richesses nationales (en terme de PIB) au système de santé a considérablement augmenté sans que l'espérance de vie augmente.

Il y a plusieurs déterminants des inégalités de santé parmi lesquels évidemment la présence d'un système de soins (le droit à la santé est défini par ça comme je l'expliquerai dans les jours qui viennent). Mais les plus importants restent le milieu social (défini et par le diplôme et les revenus, le diplôme étant plus marquant que le revenu d'ailleurs), les comportements à risque et les évènements traumatiques. Ce sera évidemment le sujet d'un autre billet prochainement (mais pas trop vite car j'ai mon mémoire qui m'occupe).

Comme l'indique le titre du billet, je voulais davantage aborder la question de la démocratie interne au Parti Socialiste. En 2007, Ségolène Royal entendait révolutionner les pratiques avec la consultation ouverte pour bâtir son programme de Désirs d'avenir. Le processus de synthèse échappait aux militants, ce qui n'avait pas échappé à l'époque à Yves Sintomer qui avait critiqué la méthode.

Même si c'était de la comm' c'était un premier pas pour changer la méthode. Mais le souffle s'est-il éteint ? Comme le souligne Frédéric Chéreau :
à quand un laboratoire des méthodes ? Le comment faire, voilà le vrai enjeu !
Ryden en rajoute :
Qu'avez-vous fait des 1787 contributions des adhérents du Parti ? Etes-vous omniscients ? Avez-vous connu la misère ? [...] Les propositions des adhérents veant de la base du peuple sont-elles indignes d'intérêt.
Il semblerait que le Parti Socialiste comme les autres partis politiques n'ait pas réussi à trouver les méthodes pour animer le débat collectif de manière égalitaire (horizontal). Pourtant des propositions intéressantes existent chez les militants socialistes grâce à Internet notamment. Et BaptisteP s'interroge :
Le PS souhaite-il la mise en place d'un véritable "réseau social" sur internet permettant aux militants et sympathisants de dialoguer et d'échanger les idées, articles, vidéos, arguments sur un espace commun?
Le contrôle de l'information est pourtant stratégique pour un organe de pouvoir. La présence au Conseil National aussi... Pierre Vidal-Naquet, qui voulait organiser une chose similaire pour la direction de l'EHESS, aurait été fier d'entendre Pierre Dorémieux proposant :
le tirage au sort de la moitié des membres du CN parmi les militants (à jour de cotisation, actifs... à voir) [...] Le tirage au sort national :
  • évite les tactiques d'écuries dans la présentation de listes;
  • favorise le brassage;
  • permet statistiquement de représenter l'ensemble des militants.
Rien de moins que le fameux anti-conseil qui est pour le moins révolutionnaire... et sensé. À rajouter dans ma liste des conditions pour que j'adhère de nouveau à un parti...

mercredi 26 août 2009

Comment le Conseil de l'Europe travaille ses indicateurs des droits de l'homme

Extrait d'un "Point de vue" du Commissaire européen aux droits de l'homme (17/8) :
Le bureau du Haut-Commissaire aux droits de l’homme a mis au point un modèle intéressant qui distingue trois catégories d’indicateurs : structurels, de méthode et de résultats.

· Les indicateurs structurels portent sur la ratification des traités internationaux et l’existence de lois et de mécanismes institutionnels fondamentaux de protection des droits de l’homme ;

· les indicateurs de méthode évaluent les politiques publiques et les mesures spécifiques visant à honorer les engagements pris ;

· les indicateurs de résultat mesurent les réalisations individuelles et collectives qui montrent dans quelle mesure les droits de l’homme sont appliqués dans un domaine précis.

La dynamique des indicateurs, leur construction et leur utilisation, est passionnante. Au cours du travail à venir sur la démocratisation ou les indicateurs locaux socio-sanitaires, je me souviendrai de cette distinction... Work in progress...

jeudi 20 août 2009

Comment l'éducation et la santé peuvent avoir des intérêts communs

Voici donc le dernier texte décrivant en détail les valeurs du réseau Schools for Health in Europe. J'ai eu la chance de rencontrer le coordinateur du réseau à Bruxelles. Ceci est ma traduction de la résolution issue de la troisième Conférence européenne sur les écoles actrices de la santé : De meilleures écoles en santé (15-17 Juin 2009, Vilnius, Lituanie). Il y a quelques difficultés de traduction : health promoting schools pourrait être rendu par "écoles promouvant la santé", mais j'ai préféré "écoles en santé" ou bien "écoles actrices de la santé". La community est une difficulté récurrente pour éviter le mot communautaire, ce qui est en France reste péjoratif. J'ai préféré parler du quartier. La culture sanitaire est je trouve une mauvaise traduction de la health literacy, mais elle n'est pas de moi. Tout comme la traduction de life competencies, où les enquêtes de l'OCDE sur l'éducation traduisent par compétences génériques.

L'éducation et la santé ont des intérêts communs. Rassembler ces intérêts permet aux écoles de devenir de meilleurs endroits pour l'apprentissage, l'enseignement et le travail. Une "école actrice de la promotion de la santé" est une école qui met en œuvre un plan structuré et systématique pour la santé, le bien-être et le développement du capital social de tous les élèves et de l'équipe enseignante et non-enseignante. Ces écoles en santé ont démontré que la santé et le bien-être de toute la communauté scolaire étaient accrus. Les écoles, ancrées dans l'environnement local, sont toutes désignées pour aider à réduire les inégalités de santé. La coopération est essentielle avec d'autres politiques publiques pertinentes, telles que les politiques de jeunesse, les politiques sociales et environnementales, comme le développement durable.



Déclaration des jeunes

Nous, les jeunes lors de la conférence, avons conclu qu'il existe certains problèmes que nous pouvons traiter et d'autres pour lesquels nous avons besoin de l'aide des adultes.

Nous insistons sur le fait que la vraie santé est la santé globale, c'est à dire l'équilibre mental et physique, un environnement sain, la coopération avec les gens, du bon repos et une alimentation équilibrée.

Nous voulons que les chefs d'établissement, les enseignants et les étudiants essayent de créer une société meilleure, et notamment en meilleure santé, qui devrait réfléchir au présent et à l'avenir. Nous voulons que l'environnement de l'école soit plus vert. Nous voulons coopérer avec des étudiants d'autres pays pour avoir plus de discussions avec les scientifiques et les politiciens
sur nos problèmes. Nous voulons plus d'activités d'apprentissage pratique en promotion de la santé et des consultations d'experts dans les situations stressantes.

Nous pensons que si nous suivons l'approche globale, nous serons en mesure de prendre en charge notre santé, y compris les problèmes d'alimentation, le manque de repos, et de rendre notre société, ou même le pays, plus fort.

Nous pensons que si nous menons une vie active, si nous aidons les pauvres, si nous croyons en ce que nous faisons, à coopérer avec les enseignants pour rendre meilleur et plus chaleureux notre environnement d'apprentissage, ainsi nous serons en mesure d'avoir une vie plus heureuse et en meilleure santé.

Nous pouvons et devons mener nous-mêmes une vie saine, en montrant combien il est merveilleux d'être en bonne santé, actif et positif. Nous devons également convaincre les parents d'être actifs e det prendre part aux activités de promotion de la santé.


Niveau international, national et régional

À la suite de la discussion lors de la conférence, nous, participants à la conférence, appelons les organisations gouvernementales, non-gouvernementales et les autres aux niveaux international, national et régional :

  1. D'adopter et d'étendre l'approche de promotion de la santé à l'école dans le cadre du développement de l'école.
  2. De garantir un soutien à long terme des politiques et des stratégies au niveau international, national et régional conjugué avec des ressources et des capacités suffisantes.
  3. De reconnaître que la planification, le suivi et l'évaluation et la participation des enfants et des jeunes sont tous nécessaires quant à la mise en œuvre d'un programme de promotion de la santé à l'école avec des objectifs réalistes.
  4. De favoriser un développement professionnel continu pour les enseignants, les personnels de santé et les autres membres du personnel.
  5. De développer et maintenir une infrastructure pour une coordination et une communication au niveau international, national et régional informant et soutenant les écoles actrices de la promotion de la santé.
  6. De célébrer et de partager les étapes et les réussites.


Au niveau scolaire

Nous demandons instamment aux membres de la communauté scolaire (y compris les élèves, parents, enseignants et non enseignants, direction, conseil d'administration) d'utiliser l'aide disponible :


  1. Pour introduire, maintenir et développer davantage l'approche des écoles actrices de la promotion de la santé dans la construction pour le développement durable de l'école.
  2. Pour impliquer l'ensemble de la communauté scolaire et des organisations partenaires.
  3. Pour assurer un engagement, des ressources et des capacités suffisants.
  4. Pour favoriser un développement professionnel continu du personnel.
  5. Pour veiller à ce que les enfants et les jeunes participent activement à la prise de décision et à toutes les étapes de programmation.
  6. Pour célébrer et partager les étapes et les réussites.

Contexte de la conférence

Lors de la première conférence européenne sur les écoles actrices de la promotion de la santé, les grands principes de la promotion de la santé dans les écoles ont été exposés (Grèce, 1997). Chaque enfant et adolescent a le droit à l'éducation, à la santé et à la sécurité. De plus, chaque enfant et chaque jeune a le droit d'être éduqué dans une école-en-santé.

Lors de la deuxième conférence européenne sur les écoles actrices de la promotion de la santé à Egmond aan Zee, aux Pays-Bas (2002) a été soulignée l'importance des partenariats de l'éducation avec les secteurs de la santé. L'agenda d'Egmond est un outil pour aider à établir ainsi qu'à développer à travers l'Europe la promotion de la santé à l'école.

Apporter une nouvelle étape dans la promotion de la santé à l'école en Europe par le biais d'actions communes entre les secteurs et au-delà des frontières, tel est le but de la troisième Conférence européenne sur les écoles en santé : "Une meilleure santé par le biais des écoles" à Vilnius (Lituanie), 15-17 Juin 2009. Lors de la conférence, les jeunes jouent un rôle actif en partageant leurs idées et en travaillant ensemble à faire de leur école un meilleur endroit pour apprendre et travailler.


La promotion de la santé à l'école en Europe

Le réseau des Écoles pour la Santé en Europe (ESE en français, SHE en anglais), a une base solide avec son précurseur, le Réseau Européen des Écoles Actrices de la Santé (ENHPS en anglais), fondée en 1991 par l'Europe de l'OMS, le Conseil de l'Europe et l'Union européenne, avec son expérience du développement et de soutien des écoles actrices de la santé. Il ya 43 pays membres dans le réseau ESE dans la région européenne.

Le réseau ESE utilise un concept positif de la santé et du bien-être et reconnaît la Convention relative aux droits de l'enfant et la Convention européenne sur la
Exercice des droits des enfants.

L'approche de la promotion de la santé à l'école repose sur cinq valeurs fondamentales et piliers.


Les valeurs fondamentales d'ESE

ÉQUITÉ

Les écoles actrices de la santé garantissent l'égalité d'accès pour tous à toutes les possibilités dans l'éducation et la santé. Dans le long-terme, cela a un impact significatif dans la réduction des inégalités en santé et dans l'amélioration de la qualité et la disponibilité de l'apprentissage à vie.


DURABILITÉ

Les Écoles actrices de la santé reconnaissent que la santé, l'éducation et le développement sont étroitement liés. Les écoles agissent comme centres d'apprentissage scolaire. Ils soutiennent et développent une vision responsable et positivedu rôle futur des élèves dans la société.

Les écoles actrices de la santé se développent bien mieux lorsque les efforts et les réalisations sont à l'œuvre de manière systématique et pour une longue période, pendant au moins 5 à 7 ans. Les résultats, à la fois en matière de santé et d'éducation, se produisent souvent à moyen ou à long terme.


INCLUSION

Les écoles actrices de la santé célébrent la diversité et veillent à ce que les écoles soient des communautés d'apprentissage, où tous se sentent respectés et qu'on leur fait confiance. Les bonnes relations sont importantes entre les élèves, entre les élèves et le personnel de l'école et entre l'école, les parents et la communauté scolaire.


EMPOWERMENT ET ACTION COMPÉTENTE

Les écoles actrices de la santé permettent aux enfants et aux jeunes, au personnel de l'école et tous les membres de la communauté scolaire de participer activement à la définition des objectifs liés à la santé et d'agir à l'école et dans tout ce qui l'entoure pour atteindre ces objectifs.


DÉMOCRATIE

Les écoles actrices de la santé sont fondées sur des valeurs démocratiques et mettent en oeuvre l'exercice des droits et la prise de responsabilité.



Les pilliers ESE

Une approche globale de la santé à l'école

Entre les politiques de l'école et les pratiques dans les domaines suivants, il y a une cohérence reconnue et comprise par l'ensemble de la communauté scolaire. Cette approche implique :

  • une approche participative et orientée vers l'action dans le programme de l'éducation à la santé ;
  • de tenir compte des propres conceptions de la santé et du bien-être de l'étudiant ;
  • le développement des politiques de l'école favorables à la santé ;
  • le développement de l'environnement physique et social de l'école ;
  • le développement des compétences génériques (life competencies) ;
  • de relier réellement la maison à la communauté scolaire ;
  • d'utiliser efficacement les services de santé.

Participation

Un sens de l'appropriation est encouragée par les élèves, le personnel et les parents grâce à la participation et un engagement qui fait sens, ce qui est une condition de l'efficacité des activités de promotion de la santé dans les écoles.

La qualité de l'école

Les écoles actrices de la santé soutiennent bien mieux l'enseignement et les processus d'apprentissage. Des élèves en bonne santé apprennent mieux, le personnel travaillent mieux et ont une plus grande satisfaction au travail. L'école a pour tâche principale de maximiser les résultats de l'école. Les écoles actrices de la santé aident les écoles dans la réalisation de leur projet éducatif et social.

Preuves scientifiques

La promotion de la santé à l'école en Europe est enrichie par les recherches existantes et émergentes et des éléments scientifiques portés sur l'efficacité des approches et des pratiques de promotion de la santé à l'école, tant sur les thèmes de la santé (comme la santé mentale, l'alimentation, l'utilisation de substances), et sur l'approche globale à l'école.

Les écoles et les communautés

Les écoles actrices de la santé engagent un environnement bien plus large, le quartier. Ils appuient la collaboration entre les écoles et le quartier et sont des agents actifs dans le renforcement du capital social et de culture sanitaire (health literacy).

mardi 11 août 2009

Comment je vis à Paris sous le seuil de pauvreté... sans trop de difficultés

J'apprends aujourd'hui que le seuil de pauvreté en France n'est pas de 880 euros comme je le pensais, mais de 908 euros net.

Damned ! Sans même m'en rendre compte, ma situation aurait radicalement évolué, car je suis passé sous le seuil de pauvreté... Bon comme l'explique l'Observatoire des Inégalités, je ne suis pas tout seul dans ce cas :
En 2007, 8 millions de personnes en France disposaient d'un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté tel que défini par l'Union européenne, soit 60 % du niveau de vie médian.
Je vous rassure, je le vis plutôt bien et je mange équillibré à chaque repas, et même bio, la plupart du temps. Reste qu'avec un certain mode de vie et un loyer modéré, même à Paris, on peut vivre sans frustration... Voilà que je me mets à défendre le principe du "quand on veut, on peut !" ? C'est l'occasion de revoir le rôle de la pauvreté dans les inégalités de santé, d'un certain point de vue sociologique.

En fait, ça me rappelle une discussion que j'avais eu en première année de socio à Nanterre avec ma prof qui faisait cours sur la stratification sociale en France. Je venais de lire le livre de Jacques Lautrey, Classe sociale, milieu familial, intelligence.

On sait depuis longtemps que les enfants d'ouvriers ont tendance à moins réussir à l'école que d'autres enfants ; certains pensent que le revenu est la raison principale de cette inégalité de réussite. Dans le livre de Lautrey, c'est ce raisonnement qui est suivi : moindre revenu, donc moindre stimulation, donc capacités intellectuelles moindres, donc moindre réussite scolaire.

Pour démentir le lien entre revenu et développement de l'"intelligence" (ou en tout cas de ce qui est mesuré par les tests de QI), Anne Steiner prenait l'exemple des réfugiés. Ces derniers, souvent diplômés, qui fuient par nécessité politique (persécution, mise en péril de leur famille, etc.), arrivent en Europe dans des situations précaires. On peut même supposer que ces conditions sont en pleine régression. Bref, ils arrivent, se dégotent un logement avec le peu de fric qu'ils ont gardé d'un emploi qu'ils ne pourront pas garder en France (exemple typique, enseignant).

Ils se retrouvent donc dans un petit appartement. C'était un des critères utilisés par Lautrey qui était la taille du logement pour décrire les conditions de vie. Du nombre de pièces dépend la possibilité de faire ses devoirs par exemple, pour Lautrey, comme d'autres apprentissages. Or, dans un petit logement, ces conditions deviennent compromises pour développer l'"intelligence".

Pour ma prof, cet argument ne tient pas justement à cause du capital culturel. Aucun échec scolaire chez les enfants de réfugiés pauvres, a priori aucune faille dans le développement des capacités intellectuelles compatibles avec l'école (dont celles qui sont testées dans les tâches scolaires). Par le capital culturel, on entend en sociologie à la suite des travaux de Pierre Bourdieu, les pratiques culturelles qui dotent l'individu de qualités particulièrement estimées dans la société (pour résumer). Or, pour ces réfugiés (souvent intellectuels), on les dit justement dotés d'un fort capital culturel et procurent "malgré les conditions difficiles" l'attention aux détails nécessaires au développement des capacités scolaires de leurs petits.

Ce ne seraient donc pas les conditions matérielles et objectives de la pauvreté qui feraient que cette pauvreté est plus ou moins difficile à vivre, si l'on suit le raisonnement d'Anne Steiner. Ce sont les modes de vie (et l'éducation) qui décident de tout. Est-ce que c'est le problème de l'oeuf et de la poule ? Qui vient en premier ? Ce n'est pas exactement ça. De même, ce n'est pas parce qu'on donne la gratuité aux moins de 26 ans (quand ils sont nés dans l'Union Européenne) dans les musées qu'ils vont s'y précipiter, l'éducation et les habitudes y jouent pour beaucoup.

Au-delà de l'éducation et de la familiarisation avec telle ou telle pratique encensée (comme la fréquentation des musées) faut-il oublier la question de l'accessibilité ? Ici on ne peut pas en déduire de tout ça qu'il faut éviter la gratuité ou qu'il faut rendre l'accès aux musées plus difficile financièrement à cause du rôle peut-être marginal du prix. Idem pour l'alimentation bio. Si l'on pouvait baisser le prix du bio, ce serait une bonne chose. Comme me le rappelait Bettina, une collègue allemande, le bio en Allemagne coûte moitié prix par rapport à la France, donc le secteur français peut encore évoluer. Pourtant, même cher, j'arrive à me l'offrir. Encore une fois, ce sont les habitudes et notre vision des biens essentiels pour notre propre vie qui déterminent notre niveau de vie malgré cette pauvreté relative.

Voilà pourquoi la notion de seuil de pauvreté n'est pas à même d'analyser le sentiment de pauvreté subi. De plus, ce n'est que la pauvreté calculée en fonction du revenu et pas celle en fonction d'un panier de biens (les choses que certains sociologues estiment comme essentielles pour vivre telles que certains aliments de base ou la possibilité de faire face à des côuts élémentaires de santé). Sur ce problème parmi d'autres, un livre excellent et très simple à lire vient de sortir : Le Grand truquage, écrit par un collectif de statisticiens issus de l'INSEE, certainement les mêmes qui fréquentent l'association Pénombre.

C'est l'occasion ici d'insister sur l'importance à la fois de l'accessibilité et de l'information dans un autre domaine où on rencontre d'autres inégalités : la santé. Lors de la conférence à Bruxelles sur la santé des jeunes, j'ai rencontré une fille de l'UNEF (le syndicat étudiant français qui forme les cadres socialistes) qui ne comprenait pas du tout l'importance de l'éducation pour la santé : "Oh, ils sont bien gentils dans cette conférence à parler tout le temps de la prévention, mais il faudrait peut-être parler de choses plus importantes, plus politiques, comme la question du coût et de l'accès aux soins." Je n'ai pas pu parler longtemps avec cette personne, d'autant qu'elle était là pour d'autres raisons que d'échanger : elle était chargée des relations internationales.

Ici le contre-exemple le plus frappant est le dépistage pris en charge par les caisses d'assurance maladie. Plusieurs programmes existent de manière complètement gratuite (dépistage des caries pour les enfants, pour le cancer du sein). Or, malgré l'accès facile, ce sont toujours les mêmes milieux précaires qui ne sont pas familiers avec les dépistages pour des raisons d'information principalement. Toutes ces familles reçoivent les invitations de la Caisse d'assurance maladie où la gratuité est bien précisée, mais ce n'est pas suffisant comme les travaux de Georges Menahem l'ont montré. D'où l'importance de la promotion de la santé parmi d'autres politiques...

dimanche 9 août 2009

Comment je compte tenir ce blog

Ce blog sera un blog de recherche, consacré à mes lectures et des récits d'expérience. Je finis une recherche sur l'initiation aux pratiques culturelles chez les collégiens à l'EHESS. Je suis par ailleurs investi dans l'associatif, notamment sur les questions de démocratie participative à la Ligue des Droits de l'Homme et sur des questions d'inégalités de santé à Uraca (et surtout l'Atelier Santé Ville Paris 18e). Ces domaines peuvent sembler sans lien et certaines frontières parfois difficiles à franchir. L'intérêt de ce blog sera de démontrer le contraire.

Quand je me suis intéressé à la sociologie, j'ai bien vu que les frontières, même artificielles, avec l'histoire ou la psychologie ne sont pas toujours pertinentes. Les ouvrages classiques de Norbert Elias (à mi-chemin entre toutes ces disciplines) nous le rappelent. Sa carrière aussi, car elle n'a pas été pas aussi brillante qu'elle aurait pu l'être justement à cause de ça. Pourtant les sciences sociales traitent souvent de sujets similaires. Ici je parlerai de sociologie de la santé, histoire de l'alimentation, sociologie et histoire des loisirs.

Quand je me suis intéressé au devenir des rapports en sociologie que commandent certains ministères ou organismes, je me suis dit qu'il faudrait étudier comment les chercheurs réussissent (plus ou moins) à populariser leurs résultats. Pourtant, quand on voit les rapports qui se succèdent, certaines nouvelles voies devraient être trouvées.

Quand je regarde un documentaire, je me demande si les documentaristes ont lu des sociologues avant (ce qui n'est pas une nécessité pourtant). J'en doute. Mais je doute aussi que les sociologues pratiquent ou s'intéressent au documentaire. Pourtant, les deux activités veulent rendre compte des mondes sociaux(par exemple les documentaires de Frederick Wiseman ou de Raymond Depardon).

Quand je lis un rapport, je suis toujours étonné de la faible curiosité (qui peut aller jusqu'à une curiosité sélective) sur la situation des autres pays. Quand le rapporteur a eu du temps, le lecteur a droit à un panorama de nos voisins les plus proches (Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Espagne) mais guère plus. Le Québec ? Les pays scandinaves ? Les pays d'Amérique Latine ? L'Afrique ? L'Inde ? Inexistants !

Difficile de s'intéresser à tout. Le temps manque, etc. Internet est idéal pour favoriser l'activité des passeurs. Tel est le but de ce blog, faire circuler les savoirs quelle que soit leur nature, au delà des frontières disciplinaires, géographiques, professionnelles ! Le documentaire vulgarise la connaissance du monde social qu'un ouvrage de sociologie en terme de diffusion. Il peut dénoncer l'intolérable et avoir un impact politique. Les décideurs se nourrissent des constats faits par les chercheurs et apparaissent dans des documentaire. Les chercheurs en plus de leur activité académique participent à des commissions, publient des rapports ou des tribunes. Parfois ils conseillent des documentaristes. Bref ces petits mondes semblent interconnectés.

Les contributions des chercheurs en sciences sociales en France semblent limitées dans l'espace public. Pourtant, l'enquête sociale à la John Dewey, qui a forgé la sociologie de l'université de Chicago jouant un rôle dans le réformisme, n'a pas d'équivalent en France. Recherche, popularisation et transformation sociale me semble un triptyque indissociable. Certains pays favorisent le rapprochement entre la recherche et ses citoyens, notamment par l'expérimentation et cela m'attire.

Pourquoi chacun devrait rester dans son monde et les frontières demeurer infranchissables ? Je me suis aperçu que je lisais parfois des livres intéressants. Je me suis même rendu compte que certains n'étaient même pas traduits en français. Ces livres intéressants le sont parce que d'autres dans mon entourage ne les ont pas lus et pourtant sont intéressés par leur contenu. J'en déduis donc que ces mêmes livres intéresseront d'autres personnes alors que je ne les connais pas. A vous de me le dire.

Enfin, je crois savoir qu'il est impossible d'alimenter chaque jour un blog. Les quelques blogs que je suis (Eolas, Lhivic, Quatremer) m'en ont convaincu. De plus, comme je conçois ce blog en partie comme un lieu de vulgarisation et d'alerte sur ce que je peux lire, cette envie invariable est liée à des choses qui varient... La qualité de ce que je peux lire (je ne lis pas toujours des choses qui m'inspirent) et la fréquence à laquelle je lis (et je ne lis pas toujours deux livres par semaine, loin de là). En plus, j'ai un mémoire de diplôme à terminer pour septembre.