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jeudi 30 septembre 2010

Comment Charpak laissera une trace indélibile

J'avais déjà raconté l'intérêt des expériences innovantes à l'école comme celle de la Main à la pâte il y a maintenant plus d'un an. Au lancement de la Main à la pâte, il s'en expliquait ainsi : ""C'est vrai. Je m'intéresse à la société, à mon pays, et je serais heureux d'être associé, par exemple, à la guérison de certaines tares comme l'échec scolaire, confirme Georges Charpak. Au CERN, j'utiliserais volontiers le poids du Nobel pour leur casser les pieds afin qu'ils intègrent plus volontiers dans les grands groupes de recherche quelques inadaptés dans mon genre qui travailleraient sur les détecteurs. Ce serait un bon stimulant pour attirer de meilleurs chercheurs. Plus généralement, j'aimerais favoriser un meilleur contact, une meilleure communication, entre disciplines scientifiques. Le monde scientifique est trop structuré, et il n'est pas facile de passer d'une communauté à une autre. J'en sais quelque chose, moi qui suis désormais à moitié physicien et à moitié biologiste."

"Inculquer, dès l'enfance, les méthodes de base du raisonnement scientifique est la seule chance de doter les générations futures des moyens d'un rapport dépassionné, raisonnable avec la science. C'est là un enjeu de civilisation", écrivait-il. "Pour la première fois de ma vie, j'ai l'impression de faire de la politique intéressante" : "tout cela doit peu à des directives ministérielles", mais "beaucoup au terrain" confessait-il encore en novembre 2006 au “Figaro”.

Il était aussi très fier d'une lettre écrite à Mikhaïl Gorbatchev en 1987, et dont des extraits furent publiés par le Nouvel Observateur. "Je lui conseillais de "trahir ses ennemis "en reculant ses chars vers l'est, et de spéculer en Bourse sur la baisse des actions des sociétés d'armement qu'aurait inévitablement provoquée ce retrait unilatéral. Il aurait pu, ensuite, vendre des tanks compressés par le sculpteur César pour remplacer les monuments aux morts dans chaque village français. C'est ainsi que je fais de la politique : comme un bouffon désespéré."
 
Le bouffon désespéré à l'origine de la Main à la pâte s'est éteint hier à Paris à l'honorable âge de 86 ans.

jeudi 22 avril 2010

Comment les Etats Généraux du renouveau s'organisent

Réactualisation : Suite à cette première édition, j'ai publié un compte-rendu de l'atelier animé par l'ADELS sur ce blog. La prochaine édition des États Généraux aura lieu en janvier 2011.

Pour la première fois, le Nouvel Observateur et Libération, deux titres aussi différents par leur histoire que proches par leurs engagements, s'associent pour repenser le progrès social. Ce débat sera celui de la société : les deux journaux ont décidé de s'associer pour que chacun puisse s'en emparer et contribuer à la réflexion à travers des États Généraux du Renouveau.

Soixante-dix associations sont dorénavant dans la boucle dont l'ADELS et la LDH. Le site a été lancé, mais n'est pas encore ouvert au grand public. Il le sera le 15 mai et relaiera les différents chantiers, permettant la discussion, promouvant les actions de ceux qui voudront prolonger au-delà des mots. La perspective d'une rencontre physique à Grenoble les 18, 19 et 20 juin a permis à chacun de rentrer plus concrètement dans le projet. La réunion a été presque exclusivement consacrée à des questions d'organisation. Le diable du renouveau est dans les détails.


Les Etats généraux du renouveau
envoyé par partenariatslibe. - L'info internationale vidéo.

Je me demande à quel point l'organisation de cette campagne est liée avec ce que préconisaient Aurélie Filipetti et Gaétan Force à la suite de la défaite du Parti Socialiste aux élections européennes : les rencontres de Grenoble adviennent presque un an jour pour jour.

mercredi 21 avril 2010

Comment des textes ont changé l'histoire des droits fondamentaux

Anna Tims qui écrit une chronique historique dans le Guardian cite dans un article dix grands textes politiques qui ont défini le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui.

Magna Carta

Cette charte limite l'arbitraire royal et établit en droit l'habeas corpus qui empêche, entre autres, l'emprisonnement arbitraire. Elle a été signée par un Jean d'Angleterre réticent en 1215. C'est l'établissement de la suprématie de la loi sur la volonté du roi avec la création de ce qui deviendra un parlement.

La Déclaration Universelle des Droits de l'homme

C'est à la suite de la deuxième guerre mondiale que ce texte a été adoptée par l'Assemblée Générale des Nations Unies. Ce texte n'a aucune valeur contraignante et sera complété par d'autres conventions. Cette Déclaration fait partie intégrante de la charte des Nations Unies. En représentant la FIDH dans une simulation de l'ONU ces jours-ci, j'ai appris que la fédération, qui comprend la LDH, proposait dès 1927 une « Déclaration mondiale des droits de l’Homme » et une Cour criminelle internationale.

Slavery Abolition Act 1833


La Grande-Bretagne a aboli l'esclavage en 1833 dans tout l'empire britannique. Le gouvernement a dû en revanche compenser les propriétaires de plantations. Ce n'est que quinze ans plus tard que la France décidera de la fin

Déclaration d'Independence des États-Unis


C'est en 1776 que le Congrès proclama : "Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur". La Déclaration garantie le droit à l'insurrection.

Rights of Man


Les Droits de l'homme, écrit par Thomas Paine en 1791, revendique que la révolution populaire politique est légitime lorsqu'un gouvernement ne protège pas son peuple, ses droits naturels et ses intérêts nationaux. C'est à la suite de ce texte que Paine a été condamné à la pendaison.

Le rapport Beveridge

Une commission publia en 1942 en pleine guerre ce livre blanc qui reconnait cinq maux pour la Grande-Bretagne : la misère, l'ignorance, la maladie, le besoin et l'oisiveté. C'est à la suite de ce texte que le service de santé national, la sécurité sociale, la retraite et les impôts redistributifs.

Le Manifeste du Parti Communiste

« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous » etc.

Le Cylindre de Cyrus


Ce texte qui date de 539 avant notre ère est considéré par Shirin Ebadi comme "un des documents les plus importants qui devraient être étudiés dans l'histoire des droits fondamentaux" : il détaille les mesures prises par Cyrus pour les Babyloniens. Le roi de Babylone règne pacifiquement, délivre certaines personnes de corvées injustes. Il octroie aux gens des pays déportés le droit de retour dans leur pays d'origine, et laisse les statues de divinités autrefois emmenées à Babylone revenir dans leurs sanctuaires d'origine. Il proclame la liberté totale de culte dans son empire.

vendredi 12 mars 2010

Comment s'échapper du tourisme tourisme

L'an dernier dans le monde, ce sont 880 millions de touristes qui se sont déplacés. Parmi eux, seuls 58 millions touristes sont partis à l'étranger en 2008.‎ C'est l'Organisation Mondiale du Tourisme qui le dit.

Rodolphe Christin, dans son Manuel d'antitourisme (vous pouvez lire un autre extrait ici) rappelle combien cette forme de consommation est typiquement moderne :
Nos sociétés de travail et de loisirs produisent le tourisme dont elles ont besoin pour bénéficier d'un peu d'air. Or plus cet air est consommé, plus il est pollué. [...] Néanmoins, à l'heure où nos mobilités faciles sont menacées par la hausse du prix des carburants, quand nous massacrons le monde par notre style de vie, il convient de s'interroger, tant qu'on a encore un minimum de choix : comment s'échapper du tourisme ? Comment s'en passer ? Comment bien vivre sans lui ? Comment voyager autrement ? Vastes questions. Notre relation au tourisme et la nécessité vitale de "partir" interroge la qualité de notre vie quotidienne. Rien de moins. (p.28-107) 

jeudi 4 mars 2010

Comment le Canada se préoccupe de l'accès à l'information

Le principe est simple :
« La loi en matière d'accès à l'information a […] pour objet général de favoriser la démocratie, ce qu'elle fait de deux manières connexes. Elle aide à garantir, en premier lieu, que les citoyens possèdent l'information nécessaire pour participer utilement au processus démocratique, et, en second lieu, que les politiciens et bureaucrates demeurent comptables envers l'ensemble de la population. »
Le journalisme de données fait les choux gras d'une presse en quête de scoop sur les multiples dérapages des élus qui confondent leur propre carte bleue avec celle de leur ministère (Suède) ou encore ceux qui exagèrent avec les remboursements de notes de frais (Grande Bretagne). De quoi donner envie de militer pour une plus grande liberté d'informer ?

Un des intérêts des lois qui existent en Europe ou en Amérique du Nord est dans l'exigence d'une réponse dans un certain délai. Cette question est essentielle dans le cas de la mise en oeuvre du droit à l'information. Si l'on obtient des documents administratifs un an après l'avoir demandé, il est probable que l'intérêt en soit diminué.
Au Canada, la loi sur l'accès à l'information exige une réponse en moins de 31 jours aux demandes inviduelles de journalistes ou de citoyens. Or indique le journal Le Devoir, "il est maintenant courant que les délais s'étirent sur quatre, cinq ou six mois, voire davantage. Par exemple, au ministère des Affaires étrangères, aucun document concernant l'Afghanistan n'est traité en moins de 300 jours."

Voilà pourquoi la Commissaire chargée de l'accès à l'information a lancé une enquête pour comprendre comment certains ministères pouvaient dysfonctionner autant. À quand une loi similaire en France ? La Ligue des Droits de l'Homme proposait pour la démocratie locale que ce même délai d'un mois soit transposé pour les réponses aux citoyens désireux d'accéder à des documents administratifs. Nous reparlerons des faits un peu plus tard.

mardi 16 février 2010

Comment Miliband a couvert la torture

C'est étonnant cette manière typiquement non-française de mener des entretiens de choc.


Heureusement en France nous avons de grandes pointures comme Laurence Ferrari et XXX (complétez la liste nombreuse).

Avec tout le délire autour d'Ashton, certains ont espéré la nomination de David Miliband, le chef actuel de la diplomatie britannique, au poste de ministre des affaires étrangères de l'Union Européenne. Finalement, sans ce grand promoteur des droits fondamentaux, c'est pas plus mal comme ça.

mardi 24 novembre 2009

Comment définir le droit à la participation chez les étudiants

En rangeant mes affaires ce dimanche, je suis tombé sur une brochure de l'organisation European Students' Union intitulée "Light on the rights". C'est en fait une adaptation de la Convention des droits de l'enfant aux étudiants. On y trouve donc l'article sur le droit à la participation appliqué au contexte étudiant :

Tous les étudiants ont droit à la co-gouvernance de tous les organes de décision et les espaces de discussion relatifs à leur éducation, directement ou par la représentation démocratique.

Plus appronfondi encore, on retrouve aussi le droit à la participation dans la Déclaration des droits des élèves du secondaire :
2.1 Les élèves doivent être impliqués dans le processus de prise de décisions pour toutes les questions de concernant l'école. Cela doit être garanti par voie législative.
2.2 Le pouvoir de prise de décision ne doit pas être concentré dans les mains d'individus isolés ; à tous les niveaux, les organes de décision doivent être représentatifs et démocratiques.
2.3 Doit exister un organe de décision collective, telle qu'une commission scolaire, lorsque le processus de décision de l'école est concerné.
2.4 Les élèves doivent avoir une influence sur le contenu des cours, les méthodes d'enseignement, les programmes et les lectures.
2.5 L'évaluation du travail des élèves doit être garantie comme transparente et claire. Les élèves ont droit à une évaluation globale et continue. En outre, les élèves devraient avoir la possibilité d'évaluer l'enseignement.
2.6 Les élèves doivent avoir autant d'influence que les enseignants dans les prises de décision dans l'école.
2.7 On doit garantir aux élèves suffisamment de temps pour l'apprentissage.

lundi 2 novembre 2009

Comment associer les ONG aux décisions

La Conférence des OING (les ONG internationales) lors de sa réunion le mois dernier au Conseil de l'Europe a adopté un Code de bonne pratique pour la participation civile au processus décisionnel. Ce texte est intéressant car il peut s'appliquer aussi bien à l'échelon européen qu'à l'échelon local.

Le cycle ci-dessous définit les six différentes étapes du processus décisionnel politique : établissement du programme, élaboration d’une politique, prise de décision, mise en œuvre de la politique, suivi et reformulation de la politique. Chaque étape offre des possibilités d’interaction pour les ONG et les pouvoirs publics.


1. Etablissement du programme

Le programme politique est arrêté d’un commun accord par le parlement et le gouvernement, mais il peut être façonné par des ONG ou groupes d’ONG en organisant des campagnes et des groupes de pression sur divers problèmes, besoins et préoccupations. Les nouvelles initiatives politiques sont souvent dues à l’influence des campagnes que mènent les ONG. Durant cette phase, celles-ci visent à influencer les décideurs au nom d’un intérêt collectif et leur mode d’action se veut complémentaire du débat politique.

- Dialogue :
  • Auditions et forums publics avec les parties intéressées en vue d’identifier et de comprendre les sensibilités et les intérêts des différents groupes ;
  • Forums et futurs conseils de citoyens pour discuter avec les citoyens et les ONG ;
  • Interlocuteur gouvernemental permettant à la société civile d’avoir accès à l’information concernant les initiatives politiques en cours.
- Partenariat :
  • Groupe de travail ou comité mis en place en tant que groupe expert permanent ou ad hoc pour donner des conseils et exprimer les souhaits.

2. Elaboration

Les pouvoirs publics ont d’habitude des procédures bien ancrées pour ce qui est de l’élaboration d’une politique. Les ONG interviennent souvent pour recenser les problèmes, proposer des solutions et étayer leurs propositions au moyen d’interviews ou d’études. Faciliter les possibilités de consultation doit être un élément clé de cette phase, de même que les diverses formes de dialogue pour recueillir les contributions des principaux partenaires.

- Dialogue :
  • Auditions et panels de questions et réponses avec les partenaires en vue d’identifier et de comprendre les sensibilités et les préoccupations et de recueillir des propositions, en face à face ou en ligne ;
  • Séminaires d’experts et réunions associant des experts au lancement de recherches ou d’études spécialisées qui puissent servir lors de l’élaboration ;
  • Comités multipartenaires et organes consultatifs composés de représentants du secteur ONG ou en comprenant ; ces comités ou organes consultatifs peuvent être permanents ou ad hoc.
· Partenariat :
  • Corédaction : participation active aux aspects rédactionnels du processus législatif.

3. Décision

La prise de décision politique revêt des formes diverses selon le contexte et la législation de chaque Etat. Elle présente des caractéristiques communes comme la définition d’une directive gouvernementale par un ministère ou une législation (par exemple, l’adoption d’une loi par un vote parlementaire) ou un référendum public qui requiert ensuite une législation d’application. Les projets de loi et les motions doivent être ouverts à la contribution et à la participation des ONG. Les pouvoirs publics doivent tenir compte des différents opinions et avis préalablement à la prise de décision. A ce stade, la consultation est indispensable à une décision éclairée. Cela étant, le pouvoir de décision revient en définitive aux pouvoirs publics à moins que la décision ne soit prise par un vote public, un référendum ou un mécanisme de codécision.

- Dialogue :
  • Sessions plénières ou réunions de commissions publiques afin de garantir le libre accès aux débats lors de la prise de décision.
- Partenariat :
  • Décision conjointe dans le cadre de forums, conférences de consensus et autres réunions participatives ;
  • Codécision, par exemple pour l’établissement participatif de budgets.
4. Mise en oeuvre

C’est dans cette phase que nombre d’ONG sont les plus actives, par exemple dans la fourniture de services et l’exécution des projets. Une grande partie du travail accompli par les ONG aux phases précédentes consiste notamment à essayer d’exercer une influence sur la mise en oeuvre de la politique. Cette phase est particulièrement importante pour garantir l’obtention du résultat recherché. L’accès à une information claire, précise et transparente sur les attentes et les possibilités est très important à ce stade, de même que les partenariats actifs.

- Dialogue :
  • Séminaires de renforcement des capacités pour améliorer les connaissances et les compétences ayant trait à la mise en oeuvre ;
  • Séminaires de formation pour les ONG et les pouvoirs publics portant sur des sujets spécifiques par rapport à la mise en oeuvre, tels que la soumission de projets et les demandes de financement.
- Partenariat :
  • Partenariat stratégique entre ONG et pouvoirs publics pour mettre la politique en oeuvre : pouvant aller d’un petit projet pilote à la pleine responsabilité de la mise en oeuvre.
5. Suivi

A ce stade, le rôle des ONG est de suivre et d’évaluer les résultats de la politique mise en oeuvre. Il importe d’avoir mis en place un système de suivi efficace et transparent qui garantisse que le programme/la politique atteigne l’objectif fixé.

- Dialogue :
  • Groupe de travail ou comité composé d’ONG (usagers et de fournisseurs de services) chargé du suivi et de l’évaluation de l’initiative politique.
- Partenariat :
  • Groupe de travail ou comité composés des ONG et des pouvoirs publics unis au sein d’un partenariat stratégique pour suivre et évaluer l’initiative politique.
6. Reformulation

Conjugués aux besoins évolutifs de la société, les enseignements tirés de l’évaluation de la mise en oeuvre d’une politique exigent souvent la reformulation de celle-ci. L’exercice requiert un accès aux informations et des possibilités de dialogue pour identifier les besoins et les initiatives. Cette reformulation permet le lancement d’un nouveau cycle décisionnel.

- Dialogue :
  • Séminaires et forums délibératifs pour associer les partenaires concernés à l’élaboration de nouvelles orientations dans le domaine politique, par exemple, World café, Open space, autres méthodes de brainstorming.
- Partenariat :
  • Groupe de travail ou comité au sein duquel les ONG forment un groupe d’experts conjointement avec d’autres partenaires et les pouvoirs publics dans le but de recommander une politique révisée.

dimanche 1 novembre 2009

Comment décrire des principes fondamentaux pour la participation civile

La Conférence des OING (les ONG internationales) lors de sa réunion le mois dernier au Conseil de l'Europe a adopté un Code de bonne pratique pour la participation civile au processus décisionnel. Ce texte est intéressant car il peut s'appliquer aussi bien à l'échelon européen qu'à l'échelon local.
Pour promouvoir une relation constructive, les ONG et les pouvoirs publics aux différents niveaux doivent fonder leur action sur les principes communs suivants :
  • Participation
Les ONG recueillent et relayent les opinions de leurs membres, des groupes d’usagers et des citoyens concernés. Cette contribution confère une valeur essentielle au processus décisionnel politique, en renforçant la qualité, la compréhension et l’applicabilité à plus long terme de l’initiative politique. L’une des conditions préalables à l’application de ce principe est que les processus de participation soient ouverts et accessibles et fondés sur des paramètres de participation définis d’un commun accord.
  • Confiance
Une société ouverte et démocratique repose sur l’interaction franche et loyale entre les acteurs et les secteurs. Bien que les ONG et les pouvoirs publics aient à jouer des rôles différents, l’objectif commun d’améliorer la vie des gens ne peut être atteint de manière satisfaisante que s’il repose sur la confiance, ce qui implique transparence, respect et fiabilité réciproque.
  • Rendre des comptes et transparence
Agir dans l’intérêt public exige ouverture, responsabilité, clarté et obligation de rendre des comptes tant de la part des ONG que des pouvoirs publics, la transparence étant de mise à toutes les étapes.
  • Indépendance
Il faut que les ONG soient reconnues comme des instances libres et indépendantes en ce qui concerne leurs buts, décisions et activités. Elles ont le droit d’agir en toute indépendance et de défendre des positions différentes de celles des autorités avec lesquelles elles peuvent coopérer par ailleurs.

mardi 27 octobre 2009

Comment débattre de notre identité nationale ?

Il ne va certainement s'agir que d'une vaste blague consultative... Éric Besson a donc décidé de l’ouverture le 2 novembre 2009 d’un grand débat sur l’identité nationale. Cela sera très loin du débat un peu similaire sur la thématique lancé au Québec il y a deux ans. Ici aucun universitaire parcourant le pays pour faire des auditions, mais les préfectures sont chargées de l'organisation. Ce qui est très étonnant, c'est que le reste du communiqué de presse du 26/10/09 déclare que ce
débat sera alimenté par le rapport du Haut Conseil à l’Intégration « Faire connaître les valeurs de la République », remis au Ministre le 21 avril 2009, et par le rapport parlementaire sur le « respect des symboles de la République », établi par les députés Jean-Philippe MAURER, Françoise HOSTALIER, Jacqueline IRLES et Philippe MEUNIER.
C'est bien ce qui m'inquiète le plus. On ne peut pas appeler ça de bons rapports alors que l'inadaptation de l'éducation civique est une réalité. J'ai le souvenir de cours assez ennuyeux, tournés vers les institutions : le mille-feuille administratif découlant de la décentralisation en France est certainement l'aspect le plus sexy de la politique pour intéresser les jeunes... Et c'était peu tourné vers la pratique du débat. Sauf en seconde où nous avions des débats passionnés sur la peine de mort ou sur la parité.

Dans les ministères en tout cas, repenser l'éducation civique semble devenir une priorité. Les rapports commandés sont sur le même moule : il s'agit bien plus de former de bons patriotes. La dimension des droits de l'homme, de la tolérance, et donc de la citoyenneté active, est curieusement souvent absente.

Avril 2009, le Haut-Conseil à l'Intégration rendait son rapport pour "Faire connaître, comprendre et respecter les valeurs et symboles de la République et organiser les modalités d'évaluation de leur connaissance". Le drapeau, l'hymne, etc. sont les symboles centraux pour le rapport. Ici il ne sera jamais question des droits fondamentaux : ni les droits civils, ni les droits sociaux, ni les quelques droits culturels ne sont abordés sérieusement. On n'incite pas à apprendre pas ici à connaître le droit du travail, ce serait tellement inutile...

Et voilà que sort ce débat sur l'identité nationale sans expliciter le lien avec un nouveau rapport : Brice Hortefeux avait demandé à Patrick GAUBERT, député UMP au Parlement européen, président de la LICRA de plancher sur la définition des "connaissances nécessaires à une bonne compréhension des valeurs et symboles de la République". Alors comment va s'articuler ce rapport avec le débat voulu par Éric Besson ? Que vont surtout devenir les droits de l'homme dans ce rapport ? Contrairement à l'hymne, le fait que les droits de l'homme soient si mal connus et si peu reconnus ne semble pas un problème. C'est même à se demander si c'est central dans la définition de notre démocratie.

Patriotisme ou véritable éducation citoyenne ?

L'éducation civique en France serait une éducation morale mal conçue et Éric Besson n'est pas le seul à le penser. Cependant, aborder l'éducation civique sous le seul angle de l'identité nationale, c'est non seulement consternant, mais totalement en décalage avec ce que proposent les institutions internationales... Encore faut-il que nos rapporteurs montrent une petite curiosité pour sortir du franco-français. L'UNESCO par exemple a choisi d'axer l'éducation morale sur les droits fondamentaux : nous sommes en effet dans la décénnie d'éducation aux droits de l'homme ! Si vous ne le saviez pas, ce n'est pas en France que vous pourriez le savoir. Pourtant il y a même eu des travaux préparatoires.

Autre bon exemple de ce que peut faire une institution internationale, les travaux du Conseil de l'Europe sont tournés vers la pratique et leurs méthodes actives sont destinées à former à la démocratie et à la tolérance. Tout ce travail était bien nécessaire après la chute du régime soviétique. Parmi quelques exemples d'exercices assez représentatifs :
Inciter les jeunes à devenir des patriotes endormis sur des symboles ou des citoyens actifs et revendicatifs, il faut choisir... L'Europe a choisi la promotion des droits de l'homme. Et la France de Monsieur Besson ?


Je ne serais pas juste en disant que les droits fondamentaux sont systématiquement oubliés. En effet, paraissait aussi en avril dernier le rapport d'Alain-Gérard SLAMA sur "L'éducation civique à l'école". Quelques problèmes issus des droits fondamentaux sont abordés, même si ça reste éloigné des préoccupations du quotidien. Il y est tout de même question d'encourager les expériences du Parlement d'élèves dont j'ai déjà parlé, mais il ne s'y attarde pas sans même citer les manuels existants. Écrit dans la plus pure tradition française, c'est très intellectualisant (il suffit de regarder la bibliographie à la fin). C'est aussi complètement éloigné des réalités du terrain et de la mise en pratique. Mais certains aiment bien se regarder le nombril...

mercredi 21 octobre 2009

Comment le Conseil de l'Europe veut promouvoir la participation des enfants aux décisions qui les concernent

En vertu de l'article 12 de la Convention des Droits de l'Enfant, chaque fois qu’une décision est prise concernant un enfant, ses opinions, ses souhaits et ses sentiments doivent être identifiés, quel que soit son âge, son genre, sa religion, son statut social ou sa situation.

C'est une disposition très théorique. C'est pour ça que l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe a adopté la Recommandation 1864 pour ses 47 pays membres. En voici deux extraits :

Cette écoute des enfants et leur participation doivent s’exercer dans les décisions prises dans tous les domaines et tout particulièrement dans la vie familiale, les soins de santé, les questions et procédures relatives à l’adoption, dans l’éducation, la vie communautaire et l’accès à la justice et à son administration. Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour garantir que, dans les procédures judiciaires et administratives, il soit permis aux enfants d’exprimer librement leurs opinions, dans un climat de respect, de confiance et de compréhension mutuelle. Promouvoir une participation significative des enfants demande une attention spéciale afin d’éviter tout danger pour l’enfant et toute pression, contrainte ou manipulation de l’enfant; les enfants doivent avoir accès à une information adaptée à leur condition d’enfant, à leur âge et à leur situation.
Il ne doit pas exister de dérogation pour un domaine ou une profession quelconque; les enfants et les jeunes devraient aussi être consultés sur la qualité des services existants et sur les moyens d’accroître leur accessibilité à tous les enfants.
9. L’Assemblée demande instamment au Comité des Ministres d’inviter les gouvernements des Etats membres à lancer des programmes publics d’éducation à l’intention des parents et des enfants:
9.1. qui les informent du droit de l’enfant d’exprimer librement son opinion;
9.2. qui présentent l’enfant comme un être humain doté de sentiments, ayant des opinions et des aspirations et détenant des droits;
9.3. qui développent l’utilisation de matériaux et services adaptés aux enfants.

samedi 3 octobre 2009

Comment un trombinoscope peut en dire beaucoup

Regardez ces têtes de champions...


À vous de me dire combien ne correspondent pas au "prototype"... "Combien boivent de l'alcool et mangent du porc ?" Non...

Combien ne correspondent pas au prototype de l'homme blanc sexagénaire ? La représentativité a encore du chemin à faire. Dès que j'ai un matériau similaire pour d'autres partis, je le publierai.

vendredi 2 octobre 2009

Comment justifier de faire pipi sous la douche

Pourquoi ne pas faire pipi sous la douche ? La Maison écologique, le magazine de l'éco-construction et des énergies renouvelables nous dit pourquoi :

Une ONG brésilienne, SOS Mata Atlântica (SOS forêt atlantique), a lancé une campagne pour le moins originale. À travers un petit film d’animation, diffusé sur Internet et par les télés brésiliennes, elle incite ses compatriotes à faire « pipi sous la douche ».

Tout simplement parce qu’une chasse d’eau évitée par jour permet au Brésil d’économiser 4 380 litres d’eau par an et par personne. Même si vous ne comprenez rien au portugais, la vidéo est si joliment conçue qu’elle vous convaincra sûrement d’en faire autant. Et, ce n’est pas sale !

www.xixinobanho.org.br (puis « Assista o video »)

Comment justifier les études sur les réseaux sociaux

Certains historiens préfèrent penser à partir du terme de "réseau social" et semblent ne pas se rendre compte qu'un mot induit quelquefois des types d'intelligence et de compréhension du réel bien particuliers. Un réseau social ne peut être tout à fait la même chose qu'une classe sociale ; un je-ne-sais-quoi d'"euphémisé" s'installe là. Il existe de nombreux exemples de ce dévoiement. En effet, cela permet de faire l'économie des "conflits" entre les classes, en soutenant les idées douces de "négociation", d'"interactivité", d'"interaction". Voici l'exemple d'un déficit de pensée qui me semble assez grave.
Extrait de : Arlette Farge, Jean-Christophe Marti, Quel bruit ferons-nous ?, Les Prairies Ordinaires, 2005, p.145


L'hypothèse ou le terrain ? De quoi part-on pour forger une théorie ? Si c'est d'une hypothèse, on peut toujours avoir le risque d'éviter de rechercher les cas négatifs. Les cas négatifs sont définis par Howard S. Becker dans Le travail sociologique (p.123) : "des cas dans lesquels des phénomènes alternatifs qui ne seraient pas prédits par sa théorie apparaissent". Si c'est du terrain que l'on part, alors dans l'analyse, il faut bien faire attention à ne pas éluder certains cas et leurs contradictions qui invalideraient la théorie.


C'est uniquement par la comparaison entre différents parcours de plusieurs individus qui ont des caractéristiques sociales similaires que l'on peut comprendre "ce qui joue et ce qui ne joue pas". Il suffit par exemple de reprendre les Tableaux de famille, de Bernard Lahire. Il s'agit là d'un livre qui vise à étudier de manière systématique la configuration familiale autour d'un ou une élève de CE2. L'analyse maintes fois explicitée depuis vise à montrer les conditions d'une transmission de dispositions plus ou moins favorables à de bons résultats scolaires. Il se pose la question de la réalité de la socialisation à partir des relations entre l'enfant et ses parents et ses grands-parents. En portant son attention sur la configuration familiale, il permet d'identifier toutes les nuances qui font que telle ou telle disposition présente dans la tradition familiale va se voir reprise par un membre de la famille et pas tel autre. Être en contact ne suffit plus, il faut voir la qualité du contact : c'est ainsi que, p.278, il peut parler dans certains cas de patrimoine culturel mort, non approprié et in-approprié.

Le réseau contre la classe sociale ?


En cartographiant autour d'un individu toutes ses relations, on permet ainsi d'analyser comment s'articulent le "système" et l'individu, entre les régularités et les petites irrégularités. Lahire l'explique dans Portraits sociologiques, p.3 :
Les procédures statistiques de mise en équivalence pour les besoins du codage, comme les opérations de typification de la sociologie la plus qualitative, désindividualisent les faits sociaux et livrent une version dépliée (abstraite des singularités individuelles) du social.
Ce n'est pas la réfutation des théories basées sur les catégories socioprofessionnelles qui est visée : on cherche le réalisme de la théorie. On veut éviter la réduction résumée par Peter Berger dans son Invitation à la sociologie (p. 119) :
"Chaque classe sociale forme la personnalité de ses membres par d'innombrables influences qui commencent à la naissance et vont, selon les cas, jusqu'au diplôme de fin d'études du secondaire privées ou jusqu'à la maison de correction pour mineurs."
Il s'agit donc bien plus de renouveller l'analyse à une échelle plus fine en travaillant sur les différences dans la similitude approchée par la notion de classe sociale.

mardi 29 septembre 2009

Comment défendre le droit de porter le burqa ?

C'est étonnant parfois les raccourcis. Je me suis inscrit il y a peu au fil RSS de collectif PRISME, qui traite normalement des PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs.

Aujourd'hui parait un condensé d'un point de vue sur l'émission de Frédéric Taddéi où venait notamment Jean Baubérot : Défendre le droit de porter le burqa ! - PRISME. Je vous livre un extrait représentatif :
Parlant de l’espace public, il nous explique qu-on ne peut y toucher parce que la première exigence de la laïcité c’est la liberté. Comme si la liberté n’était pas réglementée et qu’en société on ne se donnait pas en même temps que des biens communs des interdits pour les faire respecter.
 En cherchant d'où provient ce texte, c'est en fait signé Riposte laïque, un site que je ne connaissais pas. Visiblement Jean Baubérot y est plutôt mal vu : "Ramadan et Bauberot même combat : mettre à mort la laïcité". Bon les raccourcis sont toujours faciles, mais le texte ne fait vraiment pas dans la dentelle :
Au contraire, on devrait d’autant plus l’interdire comme un danger pour les libertés des musulmans ? Que le port de ces archaïsmes soit volontaire ou non n’y change rien, bien au contraire. S’il est volontaire, il doit être d’autant plus combattu, car dans ce cas, la burqa devient l’expression d’une volonté politique s’affirmant au nom d’une religion contre nos valeurs communes, nos principes de liberté d’égalité et de fraternité. La burqa a alors pour objectif de peser sur les décisions collectives et par là-même de jeter le trouble, la discorde entre les citoyens. C’est le retour du cléricalisme en grand dont la société française s’était débarrassée avec le catholicisme et qui revient par la fenêtre. On a le droit d’affirmer face à cela, qu’on ne veut pas que chez nous, en France, on vive de cette façon là.
On atteint bien le fond du problème déjà soulevé par le minimalisme éthique développé par Ruwen Ogien autour de 3 principes :
  1. Principe de considération égale, qui nous demande d’accorder la même valeur à la voix et aux intérêts de chacun : s'il y a consentement, on ne peut pas l'ignorer.
  2. Principe de neutralité à l’égard des conceptions du bien personnel.
  3. Principe d’intervention limitée aux cas de torts flagrants causés à autrui : la burqa n'a tué personne.
Si on veut interdire la burqa, pourquoi ne pas interdire sur la base des mêmes raisons les jeux sadomasochistes qui malmènent l'égalité et la fraternité ? Pourtant, pour certains, cette idée ne viendrait pas à l'esprit puisque cela ne se fait pas dans l'espace public, cela relève uniquement de la sphère privée. En attendant, les violences conjugales, elles aussi du domaine privé, ne baissent pas... Avec le cortège de mortEs chaque année. Bizarrement, ça ne remue ni les foules, ni les députés.

lundi 21 septembre 2009

Comment décrire les principes de la participation des jeunes

Lors de la conférence de Bruxelles, un document du bureau européen de l'OMS nous avait été remis que j'ai trouvé très bien fait. Il y a un long plaidoyer pour la participation des jeunes. Il s'agit aussi de qualifier leur niveau de participation dans les actions de prévention en santé, mais en fait cela s'applique à bien d'autres domaines. Dans ce document se rejoignent la santé communautaire et la démocratie participative. D'ailleurs dans le passage qui suit, il sera surtout question de l'intérêt de la participation des jeunes :
  • Compréhension et choix communs
Dès le départ, les buts et objectifs du processus de décision doivent être expliqués aux jeunes. Les jeunes devraient avoir la possibilité de négocier leur participation, en tenant compte de leurs préférences et leurs stratégies de travail. Ils devraient être pleinement informés sur les raisons de participer, mais aussi avoir la possibilité de ne pas participer.
  • Partir d'où en sont les jeunes
Il est important d'encourager et de guider les jeunes vers l'exploration, la réflexion et l'identification de leurs propres préoccupations et de leurs idées novatrices pour des solutions potentielles comme point de départ. Cela signifie que l'orientation et les résultats attendus des processus de participation devraient être ouverts et souples pour appuyer la vie quotidienne des jeunes et leur expérience.
  • Un environnement sûr et stimulant qui est sensible aux besoins des jeunes
Veiller à ce que les jeunes soient protégés contre la violence, la manipulation et l'abus et à examiner attentivement les risques potentiels auxquels les jeunes peuvent être exposés dans les processus participatifs. S'assurer de l'engagement de toutes les parties concernées à travailler ensemble vers des résultats positifs, en respectant les opinions et les perspectives de chacun.
  • Équilibre entre l'orientation et l'indépendance
Il faudrait envisager de fournir un équilibre subtil entre les conseils et le soutien d'une part, et la création d'un espace pour le travail autonome des jeunes d'autre part.
  • Clarifier les enjeux de pouvoir (power-mapping)
On doit rendre les relations de pouvoir transparentes qui sont parties prenantes au processus de prise de décisions. Cela doit être discuté avec les jeunes dès le début, afin qu'ils puissent cerner la sphère réaliste de leur influence. En outre, les adultes peuvent aider les jeunes à élargir le champ de leur pouvoir dans des domaines où, normalement, ils ont peu ou pas d'influence.
  • L'inclusion
Les jeunes devraient avoir une large palette de possibilités pour participer en fonction de leurs intérêts, de leur expérience et de leurs capacités. Une attention particulière devrait être accordée pour assurer que les structures participatives sont en place pour soutenir les enfants marginalisés ou défavorisés (quelle qu'en soit la raison) et les personnes à différents âges. On doit fournir un éventail de choix pour la participation qui sont sensibles à des différences (âge des enfants, stade de développement, sexe, ethnicité et religion). Structurer et faciliter le soutien par les pairs entre les différents groupes de jeunes est également important.
  • L'information continue
Le processus complet du projet doit être transparent et être régulièrement mis à jour tandis que le processus se développe. La pertinence de chaque phase doit être discutée avec les jeunes. Les jeunes ayant des aptitudes, une expérience et des compétences différentes peuvent choisir de participer à différentes phases et à différents aspects du processus décisionnel, ce qui devrait être respecté. En outre, les jeunes doivent obtenir un retour précis et régulier sur l'impact de leurs travaux sur les problèmes dont ils s'occupent.
  • Les liens de proximité, professionnels et familiaux
Les parents doivent être pleinement conscients des buts et objectifs du processus quand c'est adéquat (en fonction de l'âge des jeunes). Les parents ont parfois besoin d'être soutenus pour accepter que les jeunes ont leur mot à dire, et faire marche arrière. Le processus de participation devrait incorporer les structures et traditions locales de soutien pour les jeunes. Les professionnels expérimentés dans le travail avec les jeunes, comme ceux ayant une compétence professionnelle dans le domaine en question, devraient être impliqués dans le processus.
  • Perfectionnement et soutien professionnels
Structurer, faciliter et guider les processus de participation est complexe et exigeante pour les professionnels travaillant avec les jeunes. Leur développement professionnel et le soutien continu sont donc inestimables.
C'est un extrait assez long. Les motifs de discrimination institutionnelle sont clairs, mais il est omis la question sociale : on sait pourtant très bien que les personnes en situation de précarité ont bien des difficultés à prendre part aux décisions. Ce serait intéressant de voir à ce sujet l'évaluation de la place des bénéficiaires du RSA qui sont pour certains d'entre eux évaluateurs du dispositif (parmi les professionnels). Plus connue est évidemment la sous-représentation des classes moyennes et des classes populaires lors des élections politiques. La question du statut social et de l'inégalité économique devrait être plus explicite.

mardi 15 septembre 2009

Comment voir la laïcité française depuis le Québec (3)

Je voulais publier dans Mouvements cette fiche de lecture du livre de Jean Baubérot : Une laïcité interculturelle : Le Québec, avenir de la France ?, Éditions de l'Aube, 2008. Finalement ce texte ne se trouvera qu'ici en 3 billets. Il se fonde aussi sur le rapport de Bouchard et Taylor dans la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles.

« Nous avons peur de dire non »

Un groupe-sonde dans le rapport du comité Fleury faisait ressortir que pour éviter des accusations de xénophobie des demandes d'ajustements avaient été accepté par des directions d’école alors qu’elles les jugeaient déraisonnables. Ces personnes, se sentant démunies et finalement intimidées, demandaient effectivement un encadrement de ces pratiques. Certains fonctionnaires se sentent perdus par l'application concrète de l'éthique minimaliste sur lesquels semblent reposer les aménagements raisonnables (*) : cela requiert une neutralité à l’égard des conceptions du bien personnel, tout en respectant le principe de non-nuisance à autrui. De plus, on accorde une égale considération des revendications de chacun.

A propos du principe de non-nuisance, Baubérot fait lui aussi une évaluation assez critique de la mise en oeuvre des recommandations du rapport Stasi. L'orientation de la loi qui s'en suivit à propos des signes religieux relève pour Bouchard et Taylor d'une « laïcité restrictive ». Dans le rapport Stasi, on pouvait y lire que « sans être une chambre stérile, l’école ne saurait devenir la chambre d’écho des passions du monde, sous peine de faillir à sa mission éducative. » (p.14). C'est une lecture paternaliste de l'article 16 de la Déclaration universelle des droits de l'homme à propos de la liberté de manifester sa religion « tant en public qu'en privé ». Pourtant, les signes religieux et politiques ont été interdits dans l'enceinte de l'école, même si les vêtements ayant par exemple pour effigie Che Guevara semblent cependant toujours épargnés. Au Canada, les établissements scolaires, au lieu de réserver des lieux de prière permanents, ne peuvent refuser par exemple pour la prière l’utilisation de locaux provisoirement non occupés. L'ajustement concerté n'implique aucune nuisance pour autrui.

Le plus gros conflit revient plutôt sur la considération des droits de chacun, notamment sur le respect de l'égalité des genres ou les décions à propos des mineurs. Baubérot cite le cas en 1994 de parents qui s'opposant à une transfusion sanguine ont vu leur enfant placé sous tutelle temporaire par une Cour d'Appel de l'Ontario. Ce cas rappelle une affaire similaire en juin 2008 à la Cour d'Appel de Lyon qui a rejeté la demande de parents dont le fils était handicapé à 100%. Au moment de l'accouchement difficile, le père avait refusé l'intervention des internes, parce qu'ils étaient des hommes et au final au lieu d'une césarienne, une application au forceps avait été réalisée. La Cour d'appel a jugé que la seule responsabilité incombait au père et non à l'hôpital. On ne transige pas avec le droit des autres sous prétexte du respect des convictions religieuses au Québec comme en France.

L'égale considération des revendications de chacun permet aussi de resituer les convictions religieuses parmi d'autres motifs. Taylor ne voulait faire aucune distinction entre les convictions religieuses et philosophiques, notamment sur l'égalité de traitement nécessaire entre des hindous et des végétariens pour les questions d'alimentation.

Pour Bouchard et Taylor, il va de soi que « le processus d’intégration d’une société diversifiée s’effectue à la faveur d’échanges entre les citoyens, qui apprennent ainsi à se connaître (c’est la philosophie de l’interculturalisme québécois), et non par la mise en veilleuse des identités ».

Cela demande donc une tout autre attitude face à la différence. Il y a d'autres mesures plus intéressantes que les quotas pour favoriser concrètement la prise en charge de la diversité. Jean Baubérot montre pleinement l'intérêt de cette laïcité interculturelle sortant « de l'alternative du « tout ou rien », face aux demandes des minorités ». Cela pourrait être transposé en France à condition d'éviter deux difficultés majeures présentes en France : la confiance minime des hauts fonctionnaires dans le discernement des gestionnaires d'établissements et l'absence d'alternative consensuelle à la culture du vote majoritaire. Même si c'est mal parti, on peut toujours espérer que le Conseil de l'Europe réussira tôt ou tard l'établissement de ce mécanisme.

(*) Alessandra Fachi est assez proche des principes développés par Ruwen Ogien quand elle déclare qu'il n'est pas question de « traitements spéciaux, pouvant entraîner une dérogation à l’égalité formelle, mais de traitements différenciés, se fondant sur une vision pluraliste de la société: selon une telle vision, il n’existe pas un modèle de valeurs et de pratiques privilégiées, qui puisse être considéré comme «normal» et par rapport auquel les autres modèles devraient être qualifiés de spéciaux. »

Quelle cohésion sociale dans une Europe multiculturelle ? Concepts, état des lieux et développements, Tendances de la cohésion sociale n°18, Éditions du Conseil de l'Europe, Strabourg, 2006, p.116.


Lire le passage précédent.


lundi 14 septembre 2009

Comment voir la laïcité française depuis le Québec (2)

Je voulais publier dans Mouvements cette fiche de lecture du livre de Jean Baubérot : Une laïcité interculturelle : Le Québec, avenir de la France ?, Éditions de l'Aube, 2008. Finalement ce texte ne se trouvera qu'ici en 3 billets.

Les accommodements : «traiter de manière différente des personnes en situation différente »

Le principe de l'accommodement ou de l'ajustement repose sur une discrimination systémique, loin d'être forcément intentionnelle. Des effets non-prévus découlent de certains fonctionnements légaux qui finalement ne sont pas justifiés : ce n'est que lorsque le but recherché est en parfait décalage avec la réalité qu'au nom du principe de proportionnalité les aménagements peuvent exister. C'est d'ailleurs au nom du même principe qu'un aménagement est possible si sa mise en place ne bouleverse ni le fonctionnement d'une institution ni son budget. Le but ultime est donc bien de «protéger les minorités contre les lacunes des lois de la majorité » (p.280). Or nous savons à quel sort est d'ores et déjà réservé la notion de minorité dans le débat français.

Contrairement à ce que semble supposer l'ouvrage de Baubérot, les aménagements raisonnables ne sont pas inconnus dans le droit européen et le refus de réaliser ces aménagements est considéré comme une forme de discrimination. Le Comité européen des droits sociaux interprète déjà la Charte sociale européenne en ce sens, comme la Cour Européenne des droits de l'homme : il faut non seulement, dans une société démocratique, percevoir la diversité humaine de manière positive, mais aussi réagir de façon appropriée afin de garantir une égalité réelle et efficace. Alors pourquoi ne réserver en France les aménagements que pour les handicapés et les femmes enceintes ?

Un exemple d'une telle mesure est la programmation de quelques ascenseurs d'un hôpital juif pour qu'il s'arrête à tous les étages sans aucune intervention sur les boutons électriques proscrite les jours de shabbat. Il peut exister un problème de perception de ces accommodements : tel que ça a été rapporté par la plupart des journaux, l'hôpital en question était sensé avoir reprogrammé tous les ascenseurs, ce qui perturbait la fonction même de l'établissement de soins. En réalité, il ne s'agissait que de deux ascenseurs et aucune plainte n'avait été répertoriée contrairement à ce qui avait été annoncé. Le rapport révèle que, dans 15 des 21 cas les plus médiatisés au Québec de mars 2006 à juin 2007, les faits reconstitués sont très éloignés du compte-rendu des journalistes.

Si le rapport parle de « chasse aux accommodements », les journalistes ont détourné leur attention des cas plus ou moins concrets des problèmes liés à l'intégration dès la mise en place de la commission. Ce phénomène courant explique certainement la déclaration de Gérard Bouchard, le 17 aout 2007 au journal Le Devoir pour qui les « gens qui ne sont pas des intellectuels mais qui regardent les nouvelles à TVA ou à TQS, dans le meilleur des cas au téléjournal » avaient une vision déformée des défis multiculturels. A l'époque, ce propos avait suscité un tollé par sa connotation méprisante. Pourtant la responsabilité des médias dans le problème de l'intolérance n'est pas nouveau. Dans son livre, Jean Baubérot rappelle que ces débats avaient animé du début à la fin les délibérations de la commission Stasi. Quasiment rien du rapport n'avait laissé filtré ce problème.

Face à la multiplication des demandes d’accommodement, les médias (notamment la presse populaire) se sont alarmés de la relation à l'identité nationale de ces nouveaux Québécois. Cet aspect a été souligné par la plupart des partis politiques québécois, certains l'analysant comme un signe de mépris envers la société d’accueil. Cette problématique n'est pas non purement fantasmatique au Québec puisque c'est une minorité culturelle. Taylor avait déjà écrit ailleurs « qu'on ne saurait concevoir un Etat québécois qui n'aurait pas la vocation de défendre ou de promouvoir la langue et la culture françaises, quelle que soit la diversité de notre population. » (Charles Taylor, Rapprocher les solitudes, Presses Universitaires de Laval, 1992, p.143.)

La commission et l'ensemble des débat qu'elle a entrainé a permis de relativiser l'impact de ce dispositif. Si les demandes d’ajustements sont très variées, elles relèvent surtout de nouveaux mouvements religieux (Jehovah,...) avant d'être utilisées par des immigrés. De plus, au Québec, aucun dérapage majeur n'est apparu. C'est d'ailleurs pour ça qu'il faut « privilégier, dans le traitement des demandes d’accommodement, une déjudiciarisation et une décentralisation du processus. ».

Ici aucune volonté de gérer la diversité par décret et on peut espérer que cette formule favorise l'action collective de proximité. Mais jusqu'où ? Placer une grande confiance dans la proximité, n'est-ce pas aussi éluder la question des inégalités pour se mobiliser ? A partir de quand les disparités d'un établissement à un autre seront-elles inacceptables ? Le rapport Bouchard-Taylor ne donne pas de réponse pour laisser la place à l'expérience du terrain. Une étude précédente au Québec avait été organisée par le comité Fleury sur l'école seulement : 51,7 % des demandes sont acceptées, 21,9 % sont rejetées et 26,4 % se résolvent par un compromis. Et quand les refuser ?

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samedi 12 septembre 2009

Comment voir la laïcité française depuis le Québec (1)

Je voulais publier dans Mouvements cette fiche de lecture du livre de Jean Baubérot : Une laïcité interculturelle : Le Québec, avenir de la France ?, Éditions de l'Aube, 2008. Finalement ce texte ne se trouvera qu'ici dans 3 billets.

En France, la question des mesures positives en faveur de la diversité semble essentiellement se limiter à une question de quotas. L'an dernier était publié au Québec un rapport qui apporte un panel de réponses intéressantes aux problèmes du multiculturalisme et de l'émergence de certaines religions dont les administrations françaises seraient bien inspirées de s'approprier. Le lecteur pressé retiendra la position sur le port de signe religieux (ou la tentative étouffée dans l'oeuf de retirer le crucifix dans les assemblées municipales), mais Jean Baubérot se propose d'apporter sa propre lecture du débat suscitée par ce rapport.

À la lecture de ce livre, on se demande bien pourquoi la commission STASI ne s'était pas déplacée au Canada alors que le dispositif des accommodements raisonnables apparaissaient à plusieurs reprises dans le rapport de 2003. Cela avait pourtant donné lieu à quelques remous. En 22 ans, plus de la moitié des cas recensés ont été médiatisés durant la période d’ébullition 2006-2007 qui précède (et a justifié) la mise en place de la commission Bouchard-Taylor. Cette commission tranche avec la commission Stasi tout d'abord par son fonctionnement : animée par un philosophe reconnu du multiculturalisme et d'un historien, elle avait de gros moyens, une méthodologie ambitieuse : 5 millions de dollars, avec 13 recherches de disciplines différentes, 13 groupes-sondes et 4 forums pour rencontrer l'avis des gens.

Au delà des moyens financiers considérables, une lecture rapide permet de saisir le contraste avec les recommandations de la commission Stasi. Évidemment, le lecteur français sera peut-être frappé de savoir que la commission réaffirme qu'il soit autorisé aux enseignants, aux fonctionnaires, aux professionnels de la santé et à tous les autres agents de l’État. Pour Bouchard et Taylor, « l’attribution à l’école d’une mission émancipatrice dirigée contre la religion n’est pas compatible avec le principe de la neutralité de l’État entre religion et non-religion ». C'est pour cette raison qu'ils entendent voir privilégier « le recours à la voie citoyenne et à l’ajustement concerté », et ce pour plusieurs raisons : « il est bon que les citoyens apprennent à gérer leurs différences et leurs différends ; cette voie permet de ne pas engorger les tribunaux ; les valeurs qui sous-tendent la voie citoyenne (l’échange, la négociation, la réciprocité) sont celles qui fondent aussi le modèle d’intégration du Québec. »

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vendredi 11 septembre 2009

Comment réduire l'idée de progrès à la consommation

De la complexité de l'idée de progrès, de sa richesse, la comptabilité ne retient qu'une dimension : celle qui est susceptible d'être quantifiée, celle dont on pourra mesurer la progression. Le progrès, c'est la progression d'un taux. Une telle assimilation du progrès au taux de croissance du PIB signifie de surcroît que l'on tient pour prouvé que dans nos sociétés les progrès de toutes sortes suivent automatiquement celui des richesses comptables : si nous avons la croissance, alors le reste suivra.

Extrait de : Dominique Méda, Au-delà du PIB. Pour une autre mesure de la richesse, Flammarion, 2008, p.156.

Ce quasi-consensus me rappelle l'incompréhension d'un ouvrier dans un reportage que j'ai vu il y a quelques temps sur la décroissance : "encore faudrait-il qu'on puisse déjà y participer à la consommation !" Peut-être un peu briefé par le syndicaliste qui l'accompagne, la société de consommation semble être un idéal pour tous.

Cette problématique de la définition de la consommation devrait interpeller ces temps-ci : quel que soit ce qu'on pense de la taxe carbone et des efforts à produire collectivement (tant les individus que les gros pollueurs), il y aura bien des changements à apporter à notre mode de consommation. C'est peut-être le plus dur. C'est certainement difficile à imaginer pour ceux qui sont exclus dans l'organisation générale de la "société de consommation" (résumée par les décroissants comme système de surconsommation inégalitaire et peu convivial).

Rien que l'évolution de l'évaluation de notre progrès (social et environnemental), ce sera un premier pas à faire pour changer notre cadre de perception. Et ce pas n'a pas de sens si elle n'est pas le fruit d'un travail collectif et consensuel. Jean Gadrey s'est largement exprimé là-dessus autour de la commission présidée par Sen & Stiglitz : il faudrait pour cela une grande concertation autour de nos conceptions du bonheur, du bien-être ou du progrès. Il n'y a pas forcément de modèle pour cette concertation : comme débats de grande ampleur, les Français ont connu ceux récurrents sur l'école qui ont fini par lasser par manque d'impact ou de visibilité.

Enfin, si débat il devait y avoir, il faut tenir compte de l'échelle européenne puisque le PIB est essentiel comme indicateur européen : "le déficit budgétaire ne doit pas dépasser les 3% du PIB". Le gouvernement Fillon voulait ne plus compter dans le PIB les investissements dans le secteur de la recherche, ou des "industries vertes", mais ça n'a pas été accepté par le Conseil Européen. Il faudra donc de toute manière élaborer ces nouveaux indicateurs de richesse avec l'ensemble des pays de l'UE. Un jour ou l'autre.