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vendredi 10 septembre 2010

Comment réévaluer la démocratie locale à Paris

A la suite du Printemps de la démocratie locale à Paris, je faisais un vœu pieux :
Une évaluation un tant soit peu rigoureuse demandera donc un minimum de moyens humains pour la mener à bien : il faut du temps et de l'énergie pour analyser tous les rapports des instances, mener des entretiens et des sondages, analyser des questionnaires.
La proposition a été plébiscitée puisque sur une cinquantaine de propositions, la question de l'évaluation a été classée dans le top 7 des préoccupations des participants. La dimension de l'évaluation a d'ailleurs été évoquée par la Commission Parisienne du Débat Public le 8 septembre avec une présentation que j'ai basée sur le billet écrit le 23 avril. Du coup, un groupe de travail va se former au sein de la CPDP pour proposer un référentiel. Comme il est important qu'on associe dans ce travail les instances et leurs participants (la méthode n'est pas fixée), je commence par publier ce travail sur ce blog. Une carte heuristique est visible entièrement ici et résume les propositions que je ferai à la CPDP.


mercredi 4 août 2010

Comment de nouveaux outils renouvellent la démocratie locale

Dans ce numéro de l'Espace politique, on retrouve certaines contributions du colloque "Gouvernement et gouvernance des espaces urbains". A travers ces contributions, ce numéro cherche à mettre en lumière des expériences participatives citoyennes du quotidien (Paris, Nantes, Montréal) et à poser le décor complexe du jeu d'acteurs à l'échelle de grandes métropoles (Grand Paris, Sydney).

En complément, deux textes se distinguent par leur caractère plus prospectif. Tout d'abord, celui co-écrit par Dubus, Helle et Masson-Vincent soulève l'hypothèse de l'émergence d'une géogouvernance dans laquelle les nouveaux outils numériques (SIG, cartographie dynamique) contribueraient à une meilleure compréhension citoyenne des enjeux des politiques d'aménagement. Enfin, la contribution de Nancy Ettlinger (Ohio State University – Columbus) nous amène à réinterroger la notion de ségrégation, souvent au cœur de la démocratie urbaine, en dépassant le caractère trop spatialisé des phénomènes ségrégatifs afin de privilégier une entrée par les réseaux sociaux, notamment professionnels.

mardi 20 juillet 2010

Comment Marmot veut un monde plus juste

Sir Michael Marmot vient d'accepter d'être président de la British Medical Assocation. Dans son premier discours qu'on peut lire ici, il réaffirme son envie d'un monde plus juste : "Alors, rêvez avec moi d'un monde plus juste, mais abordons de manière pragmatique les étapes nécessaires pour y arriver."

Marmot est célèbre pour son travail comme chercheur sur les déterminants sociaux de la santé. Il a notamment collaboré avec l'OMS puis en Grande Bretagne avec un rapport intitulé Fair Society, Healthy Lives: A Strategic Review of Health Inequalities in England Post-2010 dont le gouvernement français gagnerait à s'inspirer.

Quand les inégalités de santé rejoignent l'injustice en général, Marmot cite Neruda et demande à vous insurger avec moi contre l'organisation de la misère !

jeudi 15 juillet 2010

Comment compter les pauvres dans le monde

L'Inde compte plus de pauvres dans seulement 8 de ses 28 États qu'il n'y en a dans les 26 pays les plus démunis d'Afrique, selon un nouvel indice créé par l'université Oxford pour les Nations unies, indice qui vient raffiner le portrait que l'on fait de la pauvreté dans le monde.

Plus de la moitié des 1,2 milliard d'Indiens vivent toujours dans la pauvreté en dépit de la spectaculaire croissance économique qu'a connue le pays depuis des années, ont rapporté hier les chercheurs de l'Oxford Poverty & Human Development Initiative en dévoilant leur nouvel Indice de pauvreté multidimensionnelle. De ce nombre, on en trouverait plus de 421 millions rien que dans huit États de la fédération indienne, alors que les 26 pays les plus pauvres d'Afrique en comptent 410 millions. Ces chiffres globaux cachent toutefois des écarts marqués en termes de nature et de gravité entre régions urbaines, comme celle de Delhi qui n'a que 15 % de pauvres, et régions rurales, comme l'État du Bihar où cette proportion atteint 81 %.

«Le sort des personnes pauvres n'est pas seulement déterminé par leur niveau de revenu», ont souligné les auteurs de l'étude qui se sont penchés sur le cas de 104 pays en voie de développement représentant 78 % de la population mondiale. «Notre indice va plus loin que les approches habituelles en reflétant aussi le degré de privation des personnes pauvres en matière d'éducation, de santé et de niveau de vie.»

Le nouvel indice a été mis au point en collaboration avec plusieurs experts, dont ceux du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Il se base, en fait, sur dix indicateurs allant du taux de scolarité à la mortalité infantile, en passant par le degré de malnutrition, l'accès à l'électricité et la possession de quelques biens de consommation.

Selon ce nouvel outil, les 104 pays étudiés compteraient 1,7 milliard de pauvres, dont plus de la moitié (51 %) se trouveraient en Asie du Sud et un peu plus du quart (28 %) en Afrique.

Ce chiffre de 1,7 milliard est supérieur au total de 1,3 milliard auquel on arrive avec l'habituelle mesure de la Banque mondiale, qui établit le seuil de pauvreté extrême à un revenu de 1,25 $US par jour. Certains pays voient ainsi leur taux de pauvreté grimper brutalement, comme l'Éthiopie, qui passe de 39 à 90 %, et le Pakistan, qui passe de 23 à 51 %. D'autres, au contraire, apparaissent sous un meilleur jour, comme la Tanzanie (de 89 à 65 %) et le Vietnam (de 22 à 14 %).

L'un des avantages du nouvel indice est qu'il permet de mieux évaluer non seulement le niveau, mais aussi la gravité de la pauvreté, disent ses concepteurs. C'est une chose de ne pas manger à sa faim tous les jours, de ne pas pouvoir envoyer ses enfants à l'école ou de même pas avoir de plancher dans sa maison, mais c'en est une autre d'avoir tous ces problèmes en même temps.

Un autre avantage est de pouvoir aller au-delà des moyennes nationales et de discerner les différences importantes qui séparent souvent les régions et les groupes ethniques. «C'est une image en haute définition qui révèle toute la gamme des problèmes auxquels sont confrontées les familles les plus pauvres», déclarait hier l'une des conceptrices de l'indice, la professeure Sabina Alkire.

L'Inde et la Chine


Dans le cas de l'Inde, on constate, par exemple, qu'en dépit d'une croissance économique fulgurante et d'une baisse du taux de faible revenu, la proportion des enfants de moins de trois ans qui sont sous-alimentés n'a pratiquement pas bougé de 1998 (47 %) à 2006 (46 %). Ainsi, le taux de pauvreté en Inde ne serait pas de 29 %, comme le disent les statistiques gouvernementales, ni de 42 %, comme le dit la Banque mondiale, mais de 55 %. La situation serait particulièrement grave en zone rurale, où les principaux problèmes sont la malnutrition, la faible présence des enfants à l'école primaire et la mortalité infantile.

L'autre grande économie émergente, la Chine, ferait meilleure figure de ce point de vue. Si on en croit les statistiques de 2003, son score à l'échelle du nouvel indice de pauvreté (12 %) se révèle même supérieur à la proportion de sa population vivant avec moins de 1,25 $ par jour (16 %). Là encore, le problème serait plus aigu en zone rurale, mais tiendrait cette fois essentiellement à la faible proportion des ménages comprenant au moins un membre ayant cinq années d'école.

Le nouvel indice arrive à point nommé, disent ses concepteurs, alors que la communauté internationale doute de plus en plus de sa capacité d'atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement qu'elle s'était fixés pour 2015. Il permet, par exemple, de voir que les pauvres de Syrie, d'Irak et d'Azerbaïdjan ont actuellement moins besoin qu'on relève leur pouvoir d'achat que d'un meilleur accès aux services minimums de santé et d'éducation. Il permet aussi de voir comment le Bangladesh a pu réduire son taux de pauvreté de 69 à 59 % en l'espace de seulement trois ans grâce à une vaste campagne encourageant l'envoi des enfants à l'école.

Miroir, miroir

Les chercheurs d'Oxford ne sont pas les seuls à essayer d'améliorer les outils de mesures à notre disposition depuis des années. De nombreux autres experts travaillent depuis des années sur de nouvelles façons d'évaluer le progrès économique et social des nations. Le prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz, en appelait encore l'automne dernier à l'invention d'un nouvel indice du bien-être.

Les concepteurs du nouvel indice de pauvreté ont dit hier souhaiter y ajouter des indicateurs sur l'emploi, la sécurité des personnes et leur capacité d'influencer leur propre destinée dès qu'on aura les données nécessaires. Ils ont promis, en attendant, de dévoiler un deuxième rapport qui porterait, cette fois, sur les pays développés.

Le PNUD a d'ores et déjà annoncé qu'il intégrera leur nouvel outil de mesure à la vingtième édition de son fameux Rapport sur le développement humain attendu cet automne. Le Mexique a dit qu'il l'adoptera aussi à des fins nationales, alors que le Chili et la Colombie l'envisagent.

Source : Le Devoir

mardi 22 juin 2010

Comment définir l'arrondissement parisien le plus pauvre

Après avoir lu un article du Figaro "judicieusement" intitulé "L'ISF rapporte de moins en moins", j'ai été surpris de trouver bon nombre d'arrondissements parisiens que parmi les 50 villes dans lesquelles vivent le plus grand nombre de personnes qui payent l'impôt sur la fortune.

Je n'ai pas trouvé le 19e arrondissement dans la liste qui est l'arrondissement dans lequel j'habite. Renseignement pris sur le site du ministère, on trouve 1681 foyers soumis à l'ISF en 2009. A Paris, dans le 16e, on trouve le plus grand nombre d'imposables sur la fortune (avec 18574 foyers) et le plus faible nombre dans le 2e (580). Mais pour avoir une meilleure idée de l'ordre de grandeur, il faut bien sûr rapporter le nombre de foyers à la population totale de chaque arrondissement. On s'aperçoit alors que le 19e est l'arrondissement qui a en proportion le moins de foyers fiscaux soumis à l'ISF de tout Paris : en effet, on compte un contributeur pour l'ISF  pour 110 habitants dans le 19e alors que dans le 7e ce rapport est d'un à 8. Le 7e est donc l'arrondissement dans lequel sont en proportion le plus de foyers fiscaux soumis à l'ISF. Pourtant, si le 19e semble mal loti, il faut savoir que la proportion de foyers fiscaux reste exceptionnelle par rapport à la France (1 pour 223 habitants).

Paris concentre donc dix fois plus de foyers fiscaux soumis à l'ISF que l'ensemble du pays. Mais Paris concentre aussi d'autres types de population, notamment le nombre de bénéficiaires du rSa (au 31 décembre 2009). C'est dans le 6e qu'on trouve le plus faible taux de bénéficiaires rapporté à la population de l'arrondissement (un bénéficiaire pour 20 habitants) et dans le 19e encore qu'on trouve le plus de bénéficiaires avec un bénéficiaire pour 9 habitants. Or en France, la situation n'a rien de comparable avec le 6e arrondissement, puisqu'on trouve un bénéficiaire pour 38 habitants.

Je me suis même risqué à rapporter le nombre de foyers fiscaux à celui de bénéficiaires du rSa, même si ce ne sont pas des unités équivalentes, puisque plusieurs personnes d'un même foyer fiscal peuvent toucher le rSa. Dans le 19e, encore on trouve 11 fois plus de personnes au rSa que de foyers fiscaux soumis à l'ISF tandis qu'à l'autre extrémité, il y a plus de 2 foyers pour un bénéficiaire du rSa dans le 7e. Tout porte à croire que Paris est peut-être l'une des villes françaises où cohabitent les plus grandes inégalités, même si l'on pourrait trouver d'autres critères pour déterminer quel est l'arrondissement le plus pauvre ou celui dans lequel la richesse est la plus inégalement répartie.

dimanche 4 avril 2010

Comment encourager l'égalité des chances chez les jeunes européens

Dans son travail, le Forum européen de la Jeunesse regroupe différentes organisations de jeunesse d'Europe. L'an passé, il a lancé un processus qui vise l’adoption d’une Convention européenne sur les Droits des Jeunes dans le cadre du Conseil de l'Europe.

La question de la reconnaissance légale des droits des jeunes a repris son souffle lorsque l’Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe a adopté une motion demandant un rapport sur les éventuels bénéfices d’une convention européenne sur les droits des jeunes. Suite à cela, le Forum européen de la Jeunesse a décidé de lancer un rapport et d’enquêter sur la situation des droits des jeunes en Europe. Et ce rapport a été publié cette semaine.

Le FEJ plaide pour une convention qui garantirait des droits spécifiques aux jeunes, notamment aux étudiants : la participation, le droit à un emploi décent et à la protection sociale, la liberté d’expression, la justice des jeunes majeurs et la détention, la non-discrimination et l’égalité des chances, la mobilité et le transport, la santé sexuelle et reproductrice, la religion et l’objection de conscience, et la sensibilisation aux droits des jeunes.

Cette convention n'aura pas le même impact partout le jour où elle serait signée par les Etats-membres, car les enjeux ne sont pas les mêmes selon les pays : la promotion de la santé en Pologne ou en Suède n'atteint pas le même degré d'efficacité, la place des religieux dans les cours d'éducation à la sexualité n'est pas la même, ce qui n'est pas sans impact sur le contenu des cours.

La notion même d'égalité des chances demande à être affinée dans le contexte de l'éducation. On pense notamment à l'égalité d'accès au système éducatif : le fait qu'on puisse rentrer dans une université ou devenir apprenti sans discrimination basée sur des motifs interdits (origines,...). En aval de l'accès, il faudra penser aussi à la motivation des élèves, leur ambition et des facteurs jouent ici sans qu'il soit question au sens légal de discrimination : l'attitude des professeurs par exemple.

L'impact des enseignants dans l'égalité des chances des élèves

Dans une expérience à laquelle je participe dans le 18e arrondissement de Paris, on implique les élèves dans l'évaluation de la qualité de vie de leur établissement. Sur le climat scolaire, on note le sentiment d'injustice des élèves vis-à-vis de leurs professeurs. Ce sentiment peut être compris de plusieurs manières. Dans un premier temps, l'explication la plus simple était qu'on ne punit jamais les élèves de la même manière pour un même acte. Effectivement, pour un élève qui cumule des difficultés familiales, il ne sera pas puni de la même manière qu'un élève dans une période normale. Vendredi, une deuxième explication était donnée par une élève de 5e : elle voudrait que les professeurs soient attentifs à "ne pas punir toujours les mêmes et à interroger toujours les mêmes".

Aujourd'hui, je lis un article dans le Guardian qui apporte un autre éclairage sur cette deuxième hypothèse : un rapport écrit par des chercheurs en économie de Brixton, fait le point sur les résultats aux évaluations nationales. L'étude conclut que les élèves noirs ont de bien meilleurs résultats lors des évaluations nationales que dans les évaluations données par leurs professeurs. Les élèves d'origine indienne et chinoises ont tendance à être par contre surnotés, surtout en mathématiques, tandis que les blancs des classes populaires sont eux sous-notés par leurs enseignants.

Ce constat rappelle étrangement des études réalisées par l'équipe de Pierre Bourdieu autour de l'attitude des enseignants vis-à-vis de leurs élèves selon leur milieu social. Leur implication a un impact majeur dans la stimulation de leurs élèves. Ce véritable effet Pygmalion joue en la défaveur des élèves déjà défavorisés. Bruno Masurel d'ATD Quart Monde rapporte une anecdote très intéressante qui parait aussi très irréelle (reprise sur le site de Philippe Meirieu dans un texte intitulé "vivre la citoyenneté au collège") :
Je raconte très souvent l’histoire (vraie) de 2 élèves de 6°, Marie Jo et Didier, dont deux professeurs disent, au conseil de classe du premier trimestre, qu’ils sont sûrs qu’il vont redoubler, à la fin de l’année. Leur professeur principal, qui est nouvelle, qui est prof. de français, est elle-même très choquée par ce jugement, qui l’empêche de dormir une bonne partie de la nuit. Le lendemain, les élèves lui demandent « qu’est-ce qu’ils ont dit au conseil de classe ». Elle leur dit la vérité : deux professeurs, qui sont expérimentés, pensent que Marie Jo et Didier vont redoubler. Elle leur dit que cela l’a beaucoup choquée d’entendre ça, et elle leur demande ce qu’ils en pensent, et ajoute ce que elle-même en pense : Si on n’accepte pas ce jugement, qui condamne deux élèves, dès le premier trimestre, cela peut se passer autrement.
Face à ce défaitisme annoncé, la classe se réorganise pour aider les deux élèves condamnés et la coopération avec ceux qui ont des meilleurs résultats conduit finalement à l'absence de redoublement : ces élèves qui n'auraient pas progressé sinon réussissent à acquérir les compétences demandées pour passer en classe supérieure. Cette réorganisation exceptionnelle interroge les pratiques professionnelles des enseignants, les préjugés et la capacité à déjouer le "prévisible".

Cet effet Pygmalion a des sources profondes et certaines tout à fait rationnelles : tout le monde connaît grosso modo les grandes tendances statistiques de réussite scolaire. L'enquête anglaise a un titre éloquent en la matière : "Test Scores, Subjective Assessment and Stereotyping of Ethnic Minorities". Les stéréotypes sur les classes sociales et/ou les minorités ethniques ont certainement un fonctionnement similaire.

La différence dans l'évaluation est d'autant plus important dans les zones où les pauvres ou les minorités sont rares. Les stéréotypes seraient donc bien à l'origine des ces différences de traitements selon l'origine des personnes. À l'heure actuelle, je ne sais pas si ces traitements différenciés seraient reconnus comme des pratiques discriminatoires d'une personne chargée d'une mission de service public : cela se passe à l'école, il ne s'agit pas à proprement parler d'un refus de service, car tous les élèves sont évalués, et on ne leur refuse aucun droit. Indirectement, on objective grâce aux statistiques ces traitements différenciés en Grande-Bretagne, mais une telle enquête en France ne serait pas légale dans les mêmes conditions. Mais on peut présumer que le même phénomène existe en France.

L'article conclut à juste titre que cette lutte contre les stéréotypes n'est pas prise en compte par la législation actuelle sur l'égalité de traitement. À l'échelle européenne, cela demande donc des actes supplémentaires pour réduire les mécanismes de reproduction sociale et j'espère que le projet de convention européenne en tiendra compte.

samedi 9 janvier 2010

Comment animer une démarche de coresponsabilité

Pour le Conseil de l’Europe, un territoire de coresponsabilité est « un territoire où l’ensemble des acteurs privés, publics, citoyens, se concertent et s’engagent en vue d’assurer, par la coresponsabilité, le bien-être de tous, y compris celui des générations futures.» Comme les Ateliers Santé Ville, il s'agit sur un territoire restreint de poser un diagnostic partagé croisant l'expérience des professionnels et des habitants. Puis à la suite de ce repérage, des actions pilotes sont menées pour ensuite être évaluées et éventuellement étendues.

Tout cela repose sur la stratégie de cohésion sociale révisée adoptée par le Conseil de l’Europe en 2004. Elle définit la cohésion sociale comme « la capacité d’une société à assurer le bien-être de tous ses membres, à minimiser les disparités et à éviter la polarisation », bref un idéal de solidarité. Par ailleurs, d’autres initiatives s’inscrivent dans les mêmes préoccupations, notamment les villes en transition (Transition Towns), les Agendas 21, les pactes locaux, etc.

Les villes de Mulhouse (France), de Timisoara (Roumanie) et de Trente (Italie) et la Région wallonne (Belgique) figurent parmi les premières collectivités territoriales à défendre l'idée de « territoires de coresponsabilité ». Elles ont commencé à mettre en œuvre des projets spécifiques (par exemple, le « contrat social multipartite » pour des partenaires surendettés ou bénéficiaires de prestations sociales), qui favorisent l'intégration globale par le logement et l'emploi, sur la base d’une coopération entre les autorités et associations locales, les acteurs privés et les bénéficiaires eux-mêmes.

L'évaluation se fonde sur des indicateurs co-construits avec par des groupes de référence. Cela dépasse donc la simple démarche de mesure de satisfaction des services publics locaux. Avec la mise en place d'un diagnostic partagé pour mieux connaître la réalité vécue par les uns et les autres de ce qui fonde la qualité de vie, cela amène la communauté à s'engager dans une démarche collective et de nouvelles responsabilités. On peut imaginer que les usagers soient davantage associées à la coréalisation du service, que leur présence au sein des conseils d'administration soit accrue,...

Produire un diagnostic partagé sur le bien être citoyen nécessite une culture du dialogue et une véritable méthodologie de la concertation en plusieurs étapes :
  1. Définir une vision partagée du bien être citoyen
  2. Construire les indicateurs du bien être citoyen
  3. Évaluer la situation
  4. Élaborer et mettre en œuvre un plan d’action


Pour en savoir plus, on peut se renseigner sur ce qu'a entrepris la ville de Mulhouse par exemple.

lundi 23 novembre 2009

Comment parler des drogues

J'ai retrouvé un blog qui décortique les graphiques. Information is beautiful est revenu sur l'affaire Nutt et republie un graphique étonnant. Il s'agit du bruit médiatique autour des drogues ou, pour le dire plus clairement, de la manière dont certaines drogues sont montées en épingle.




On peut y voir le nombre de décès par type de substance (en Grande Bretagne en 2008 basées sur les observations sur le certificat de décès), le nombre d'affaires reportées par la presse (connu grâce au moteur de recherche de Google actualités). On voit très nettement que le nombre d'articles écrits par rapport au nombre de morts liés au cannabis (je suppose que les accidents sont comptés) est très important : 5 articles pour un mort. Tandis qu'on trouve un rapport totalement inversé pour l'héroine : 1 article pour 10 mort pour l'héroine et la morphine, et 1 article pour 49 morts concernées par l'alcool.

Je ne connais pas grand chose à la sociologie des médias : je ne vois pas forcément de problème méthodologique dans cette manière de démontrer cette surmédiatisation. Dans le même genre, cela me rappelle les conclusions de la commission Bouchard-Taylor qui critiquait la surmédiatisation des affaires relatives à l'intégration des migrants au Québec. Leur rapport révèlait que la majorité des cas rapportés par la presse étaient très éloignés de la réalité.

L'appel à la vigilance du Guardian mérite d'être entendu. Mais les journalistes sont-ils les seuls responsables de cet effet boule de neige ?

Mise à jour du 24 novembre :
Quelle bonne idée de slogan ! La MILDT et MAM ont mis en place une campagne intitulée « La drogue si c’est illégal, ce n’est pas par hasard ». Est-ce que l'argument d'autorité sera suffisant pour les sceptiques ?

lundi 26 octobre 2009

Comment se renseigner sur l'impact de la participation du public sur les décisions

Le Groupement d'Intérêt Scientifique (GIS), "Participation du public, décision, démocratie participative", présidé par le CNRS (http://www.participation-et-democratie.fr) organise ses premières journées doctorales à l'ENS-LSH de Lyon, les 27 et 28 novembre 2009 prochains.


Journées doctorales sur la participation du public et la démocratie participative


Vendredi 27 novembre et Samedi 28 novembre

ENS-LSH 15, Parvis René Descartes, 69007 Lyon (dans le quartier de Gerland)
Station de Métro : Debourg (ligne B, direction Stade de Gerland, direct en venant de la gare de Part-Dieu)

*Programme* :

*Matinée du Vendredi 27 novembre*

9h-9h30 : Introduction des journées doctorales (amphi)

9h30- 11h15 : Ateliers en parallèle :

/Atelier 1. Savoirs citoyens/Savoirs experts (1)/ (Amphi)

- Lila Combe (EVS, Institut d'urbanisme de Lyon), La mise en débat de l'urbanisme, un retour aux origines ? Le cas du Conseil de développement du Grand Lyon
- Khedidja Mamou (ENSA Paris-La Vilette/EDVE), L'échange autour du projet urbain : quels savoirs partagés ?
- Héloïse Nez (CRESPPA,Université Paris 8 et IGOP, Université autonome de Barcelone) : La mobilisation des savoirs citoyens dans les dispositifs d'urbanisme participatif.

/Atelier 3. Les dynamiques de la délibération (1) /(Salle F01)

- Clémence Bedu (ENGEES, Strasbourg), Les citoyens et l'eau potable, une fenêtre de pertinence pour la démocratie participative et délibérative ? Analyse des propriétés inclusives et délibératives d'une expérience de jury citoyen
- Cécilia Gissinger (Laboratoire Culture et société en Europe, Univ de Strasbourg), Les effets de la participation citoyenne sur le processus décisionnel dans les procès d'assises
- Ingrid Tafere (GSPR, EHESS), L'activité délibérative dans deux processus du type conférence de citoyens. Argumentation et influence sociale.

11h30-13 : Ateliers en parallèle

/Atelier 2. Savoirs citoyens/Savoirs experts (2) /(Amphi)

- Marie Fournier (CITERES, Université de Tours), COmment les gestionnaires du risque d'inondation envisagent-ils l'implication des populations riveraines ? Présentation et questionnements autour de la formalisation d'un cadre d'analyse diachronique.
- Marie Heitz (Lab'Urba. Paris Est), L'expertise des conseils de quartier Strasbourgeois
- Sabrina Moretto (LATTS-ENPC), L'expertise d'usage au défi de la concertation : quelles marges de manoeuvre pour les usagers des transports ?

/Atelier 4. Les dynamiques de la délibération (2)/ (Salle F01)

- Julie Marlier (Université de Nice, CEMAGREF), Les TIC et la participation des jeunes. Conception et expérimentation d'un dispositif adapté au débat public pour faciliter la participation des jeunes aux politiques publiques territoriales
- Leslie Mohorade (IEP Bordeaux), Les Etats-Généraux de la Bioéthique : concertation citoyenne ouverte ou instrument de légitimation de la décision savante et politique ?
- Armony Piron (ISHS Liège et LESE, Orsay), La légitimité comme objet sociologique étudié au sein d'un dispositif participatif de type Focus Group Délibératif. La participation citoyenne à la gestion de la nature en Seine-Saint-Denis (93).


*Après-midi du Vendredi 7 novembre*

14h-16h30 : Ateliers en parallèle

/Atelier 5. Construction de collectifs et logiques d'engagement citoyen/

- Hélène Balazard (RIVES, ENTPE), La mise en débat de l'urbanisme, un retour aux origines ? Le cas du Conseil de développement du Grand Lyon
- Anne D'Orazio (Paris X, LOUEST-Mosaïques), L'échange autour du projet urbain : quels savoirs partagés ?
- Carola Ortega-Trur (CRESS, Strasbourg), Les cantines populaires de Villa El Salvador ou le sentier de la démocratie participative
- Pia Rius (CEMS-IMM, EHESS), Pratiques démocratiques au sein des organisations de « desocupados » en Argentine pendant les années 1990
- Katharina Schlierf (Grupo de Estudios en Desarrollo, Cooperacion y Etica, Universidad Politecnica de Valencia), Les boutiques des sciences : entre un modèle de démocratie forte et un modèle centré sur les « issues ».

/Atelier 8. L'institutionnalisation de la participation : enjeux et effets
(1) La norme participative et ses applications locales/

- Tristan Aoustin (CRIDEAU, Université de Limoges), Le volet participatif de la procédure d'évaluation environnementale des plans et programmes
- Serge Braconi (IEP de Lyon), L'européanisation de l'eau : d'un projet de gouvernance à une réalité
- Mathilde Kerneis (CESJ, Université de Rouen), La démocratie semi-directe locale dans l'acte II de la décentralisation : une illusion
- Dany Lapostole (Université Lyon 2), Professionnalisation de la participation ou mise en ordre de la société civile ?
- Sophie Maire (GRIS, Université de Rouen), L'institutionnalisation de la participation des citoyens et ses effets sur le système politico-administratif.

16h45-18h45 : Ateliers en parallèle

/Atelier 6. Les représentations savantes de la participation et leurs effets /

- Guy El Karim Berthomé (SEED, Liège et LAMETA, Montpellier 1), Interactions entre effets de la participation observés et repères normatifs des chercheurs
- Cyrille Bodin (GRESEC, Grenoble 3), Les transformations de l'expression scientifique dans l'espace publique : les pratiques info-communicationnelles des acteurs de la recherche dans le cas du développement des nano-technologies
- Nicolas Ferran (CEPEL, Montepellier), Participation citoyenne et action publique locale : le double mouvement théorique et pratique
- Brice Laurent (CSI, Ecole des Mines), Une expertise internationale sur la démocratie participative ? Comment l'OCDE se saisit du problème de la participation du public dans les nano-technologies.

/Atelier 9. L'institutionnalisation de la participation : enjeux eteffets
(2) Dispositifs participatifs et systèmes d'action publique/

- Julien Betaille (CRIDEAU, Université de Limoges), La contribution du droit aux effets de la participation du public : de l'application de la Convention d'AArhus en France
- Guillaume Gourgues (PACTE, IEP de Grenoble), La démocratie participative est-elle plébiscitée ? Eléments de débats sur l’engouement participatif des décideurs
- Fabien Lins, (Nosophi, Paris 1), La société civile du budget participatif de Porto Alegre
- Alice Mazeaud (LASAPE, Université de la Rochelle), Ce que la démocratie participative change à l’action publique.

19h : Buffet dînatoire offert par la Région Rhône-Alpes

Prise de parole de François Auguste (Vice-président de la Région), et de représentants des organismes partenaires du GIS "Participation du public, décision, démocratie participative"


*Matinée du Samedi 28 novembre
*
8h30-10h45 : Ateliers en parallèle

Salle F05
/Atelier 7. Les échelles de la participation/

- Stefan Aykut, Nicolas Baya-Lafitte, Hélène Guillemot (Centre Alexandre Koyré, EHESS), En marge des négociations internationales sur la politique climatique : le projet World Wide Views on Global Warming et la fabrication d’un « public global »
- Romain Badouard (Costech, Université technologique de Compiègne), Voies et impasses de la e-participation à l’échelle européenne
- Camille Gardesse (Lab'Urba, Institut d'urbanisme de Paris (Paris-Est), Les postures des élus et experts patentés face à la participation citoyenne en urbanisme
- Lisa Levy (Pacte, Université Grenoble 1), La voie interterritoriale de la participation. Quels apports pour le renouvellement de l'action publique et de l'expertise en aménagement ?
- Sophie Van Neste (Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal), Les effets de la participation du public sur le plan d’urbanisme de la ville de Montréal : une approche contextualisée révélatrice des enjeux d'échelle.

Salle F08
/Atelier 10 : L'institutionnalisation de la participation : enjeux et effets.
(3) Mobilisations citoyennes et contexte politique/

- Paul Charon (Centre d'études sur la Chine moderne et contemporaine, EHESS), La démocratie participative dans un espace non-démocratique. La participation du public comme outil de relégimiation du PCC
- Habiba Essahel (CITER, Université de Tours), Quel élan démocratique et participatif dans les bidonvilles marocains ?
- Mathieu Le Quang (IEP Aix en Provence), La gestion politique dans le canton de Saquisili en Equateur : entre démocratie participative et "corporatisme indigène"
- Sahar Saiednia (Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux, EHESS), L'expérience politique des conseils de quartier de Téhéran - Exemple du quartier d'Evin
- Thomas Siron (Shadyc, EHESS, UMR MOISA, IRD), Les enjeux de l'institutitionnalisation de la participation communale en Bolivie.

11h-13h : Ateliers en parallèle

Salle F05
/Atelier 11. Participation et inclusion/

- Cécile Cuny (CRESPPA, Université Paris 8 et Humboldt Universität, Berlin), Rapports de pouvoir et situations d'injustice dans les espaces publics : une question de représentation
- Antoine Maillet et Sergio Avedano (Sciences Po Paris et Université Catholique de Santiago du Chili), Zones de déeloppement indigène au Chili : Etude sur un dispositif de participation ambigü
- Aurélie Picque, (CURAPP, Amiens), Les critères d'excellence de la concertation pour les acteurs : quelle place pour l'exclusion ?
- Marie-Hélène Sa Vilas Boas (IEP Aix, IEP de Lyon), "Faire participer". Les déterminants de la participation des "communautés" dans les dispositifs participatifs brésiliens.

Salle F08
/Atelier 12. Participation et conflit/

- Nicolas Baya-Lafitte (Centre Alexandre Koyré, EHESS), Habermas et les Léviathans handicapés entre le fleuve et les papeteries : consultation du public et politique dans une controverse socio-technique
- Samira Echahid (CITERES, TOurs), Les outils de participation du public : déclencher ou réponse aux conflits du bruit ?
- Micols Maggioni (Sciences po, Université de Turin), L’observatoire pour la liaison ferroviaire Turin-Lyon et les mairies. Notes sur un dispositif pour relier la démocratie représentation, la démocratie participative et la démocratie par le bas
- Elise Roche (Centre de recherches historiques, EHESS), Conflits territoriaux et résolution participative.

*Après-midi du 28 novembre*

14h-16h30 : séance plénière

Discussion plénière sur les orientations du programme quadriennal du GIS et la mise en place des activités :

- constitution d'une équipe rédactionnelle pour le site internet
- constitution d'une équipe rédactionnelle pour un wiki sur les mots de la démocratie participative et de la démocratie délibérative
- délimitation des ateliers scientifiques d uGIS
- présentation de l'orientation du premier colloque du GIS, programmé courant 2011.

*Modérateurs et discutants de ces deux journées* :

Loïc Blondiaux (CRPS, Université Paris I)
Luigi Bobbio (Département de science politique, Université de Turin)
Francis Chateaureynaud (GSPR, EHESS)
Jean Michel Fourniau (INRETS-DEST)
Michel Gariépy (Université de Montréal)
Corinne Larrue (CITERES, Université de Tours)
Bernard Manin (Cesta, EHESS, New York University)
Laurence Monnoyer-Smith (Costech, Université Technologique de Compiègne)
Catherine Neveu (LAIOS, CNRS)
Yannis Papadopoulos (Université de Lausanne)
Dominique Pestre (Centre Alexandre Koyré, EHESS)
Franck Scherrer (Institut d'Urbanisme de Lyon)
Marie-Gabrielle Suraud (CERTOP, Toulouse III)

*Pour s'inscrire aux journées, formulatire d'inscription en ligne* http://www.participation-et-democratie.fr/#/programmesamedi2/3303119

lundi 12 octobre 2009

Comment gérer son calendrier de projets

J'essayais de faire le point dimanche midi en me levant : enfin, une vraie grasse matinée ! J'ai même encore une fois refusé d'aller à Beaubourg me culturer un peu avec la poursuite des mémoires de l'historien Hobsbawm et de la traduction de la Culture des problèmes publics.

J'avais peu dormi les nuits précédentes, la nuit dans l'IDNIGHT en revenant de Marseille vendredi soir a été particulièrement rude, même avec des boules Quiès alors que le samedi j'enchainais avec la passionnante Université d'été de l'Institut Renaudot.

Ce matin j'ai donc dit oui au repos, oui à la couette, oui à l'enchainement des épisodes de Clone Wars que je ne connaissais pas. J'ai quand même réussi à sortir pour aller regarder Le direktør au Forum des images.

J'ai réalisé que flemmarder sera dur dans les semaines à venir. Dans l'ordre des projets à faire :
  1. Réaliser un court-métrage avec le Conseil de la jeunesse du 18e et l'Atelier Santé Ville du 18e avec des jeunes répondant à des questions sur leur sommeil : avant la fin d'octobre.
  2. Diffuser mes fameux questionnaires sur les loisirs des collégiens : à la rentrée de novembre.
  3. Préparer la rentrée du Conseil Parisien de la jeunesse : 14 et 15 novembre.
  4. Commencer le programme de conférences mensuelles avec l'ADELS : avant les 12e Rencontres de la démocratie locale les 20 et 21 novembre à Grenoble.
  5. La semaine d'éducation aux droits de l'enfant Graines de citoyens dans le 18e organisée par la Ligue des droits de l'homme : début décembre.
  6. Finir d'aider à la réalisation du diagnostic partagé avec l'Atelier Santé Ville du 18e : mi-décembre.
  7. Commencer le projet de Parlement d'élèves dans un collège du 18e : décembre ou janvier.
  8. Faire des focus groups dans plusieurs collèges du 18e puisque j'ai le temps sur l'initiation à la cigarette et sur les rythmes de sommeil : janvier à février.
  9. Finir de préparer le voyage à Dakar avec le Conseil Parisien de la Jeunesse qui aura lieu fin février.
  10. Fin mars auront lieu les élections régionales et il serait opportun que le Conseil Parisien de la Jeunesse puisse organiser un débat avec l'ensemble des candidats sur la politique régionale de la jeunesse : ce serait idéal pour tester si cette instance est réellement un lieu de débat (ce dont j'ai douté durant les municipales).
  11. Plusieurs membres de divers conseils de la jeunesse de Paris ont aussi le projet d'organiser une rencontre européenne entre plusieurs conseils de la jeunesse de différentes capitales européennes : il vaut mieux attendre le printemps.
  12. Dans la lignée du colloque de l'association Élus, santé publique et territoires sur les diagnostics locaux, il s'avère qu'il a été question de trouver un étudiant pour voir comparer les différents indicateurs disponibles selon les territoires : j'ai évidemment sauté sur l'occasion puisque c'est le sujet de recherche que j'ai envie de travailler pour le master 2 ! À partir de mars ?
Nous ne sommes qu'en octobre et j'ai l'impression que les prochains sont d'ores et déjà bien remplis par la préparation de ces évènements. J'ai l'impression d'avoir succombé au premier article d'humeur... Tandis que j'avais déjà relevé le pari en parlant de faire pipi sous la douche... je deviendrais presque un vrai blogger !

mercredi 7 octobre 2009

Comment les ateliers santé ville peuplent l'Ile de France

En Ile-de-France, fin 2008, il existait 57 ASV, ce qui la place de loin comme la première région bénéficiant de ce dispositif puisqu'il existe 237 ASV au niveau national. Les 10 premiers départements concentrent 44% des ASV. Parmi ces départements se trouvent la Seine Saint-Denis (20), les Hauts-de-Seine (14), les Yvelines et le Val-de-Marne (6 pour les deux départements). À cela s'ajoutent le Val d'Oise (5) Paris (4), l'Essonne (3).
Au niveau national, la formation des coordinateurs se limite à deux tendances : soit un diplôme en santé publique (40%), soit un diplôme en sciences humaiens (39%).
L'enquête de Kynos pour l'ACSÉ montre que pour 164 ASV qui ont répondu 227 diagnostics généraux ont été réalisés depuis leur création :

Parmi eux, 30 ASV ont réalisé au moins 2 diagnostics généraux. 115 ASV ont réalisé 248 diagnostics ciblés depuis leur création. Parmi eux, 50 ASV ont réalisé au moins 2 diagnostics ciblés. Ces diagnostics ciblés permettent d’approfondir une thématique spécifique pour ensuite orienter l’action de l’ASV. Le croisement des réponses à ces deux questions montre que la moitié des ASV n’ayant pas réalisé de diagnostic général a néanmoins réalisé un ou plusieurs diagnostics ciblés.

Fait étonnant, au niveau national, seuls 10% des ASV ont mis en place un observatoire local de santé. Pour l'Ile-de-France, sur les 52 repondants, 7 ont mis en place un tel observatoire, soit 13,5%. Enfin, pour 19 % des ASV franciliens (10), on note une collaboration avec un observatoire (régional notamment) contre 26% au niveau national.


Ces quelques paragraphes faisaient partie des 32000 caractères qui auraient décidé demain de mon avenir. Je voudrais travailler cette année sur ces diagnostics qui orientent les politiques locales de santé et emain se réunit le Conseil pédagogique du master SPPS dans lequel finalement je ne rentre pas... cette année du moins ! Cela ne m'empêche pas d'aller après-demain à un passionnant colloque sur ces diagnostics locaux de santé.

vendredi 2 octobre 2009

Comment justifier les études sur les réseaux sociaux

Certains historiens préfèrent penser à partir du terme de "réseau social" et semblent ne pas se rendre compte qu'un mot induit quelquefois des types d'intelligence et de compréhension du réel bien particuliers. Un réseau social ne peut être tout à fait la même chose qu'une classe sociale ; un je-ne-sais-quoi d'"euphémisé" s'installe là. Il existe de nombreux exemples de ce dévoiement. En effet, cela permet de faire l'économie des "conflits" entre les classes, en soutenant les idées douces de "négociation", d'"interactivité", d'"interaction". Voici l'exemple d'un déficit de pensée qui me semble assez grave.
Extrait de : Arlette Farge, Jean-Christophe Marti, Quel bruit ferons-nous ?, Les Prairies Ordinaires, 2005, p.145


L'hypothèse ou le terrain ? De quoi part-on pour forger une théorie ? Si c'est d'une hypothèse, on peut toujours avoir le risque d'éviter de rechercher les cas négatifs. Les cas négatifs sont définis par Howard S. Becker dans Le travail sociologique (p.123) : "des cas dans lesquels des phénomènes alternatifs qui ne seraient pas prédits par sa théorie apparaissent". Si c'est du terrain que l'on part, alors dans l'analyse, il faut bien faire attention à ne pas éluder certains cas et leurs contradictions qui invalideraient la théorie.


C'est uniquement par la comparaison entre différents parcours de plusieurs individus qui ont des caractéristiques sociales similaires que l'on peut comprendre "ce qui joue et ce qui ne joue pas". Il suffit par exemple de reprendre les Tableaux de famille, de Bernard Lahire. Il s'agit là d'un livre qui vise à étudier de manière systématique la configuration familiale autour d'un ou une élève de CE2. L'analyse maintes fois explicitée depuis vise à montrer les conditions d'une transmission de dispositions plus ou moins favorables à de bons résultats scolaires. Il se pose la question de la réalité de la socialisation à partir des relations entre l'enfant et ses parents et ses grands-parents. En portant son attention sur la configuration familiale, il permet d'identifier toutes les nuances qui font que telle ou telle disposition présente dans la tradition familiale va se voir reprise par un membre de la famille et pas tel autre. Être en contact ne suffit plus, il faut voir la qualité du contact : c'est ainsi que, p.278, il peut parler dans certains cas de patrimoine culturel mort, non approprié et in-approprié.

Le réseau contre la classe sociale ?


En cartographiant autour d'un individu toutes ses relations, on permet ainsi d'analyser comment s'articulent le "système" et l'individu, entre les régularités et les petites irrégularités. Lahire l'explique dans Portraits sociologiques, p.3 :
Les procédures statistiques de mise en équivalence pour les besoins du codage, comme les opérations de typification de la sociologie la plus qualitative, désindividualisent les faits sociaux et livrent une version dépliée (abstraite des singularités individuelles) du social.
Ce n'est pas la réfutation des théories basées sur les catégories socioprofessionnelles qui est visée : on cherche le réalisme de la théorie. On veut éviter la réduction résumée par Peter Berger dans son Invitation à la sociologie (p. 119) :
"Chaque classe sociale forme la personnalité de ses membres par d'innombrables influences qui commencent à la naissance et vont, selon les cas, jusqu'au diplôme de fin d'études du secondaire privées ou jusqu'à la maison de correction pour mineurs."
Il s'agit donc bien plus de renouveller l'analyse à une échelle plus fine en travaillant sur les différences dans la similitude approchée par la notion de classe sociale.

mardi 29 septembre 2009

Comment défendre le droit de porter le burqa ?

C'est étonnant parfois les raccourcis. Je me suis inscrit il y a peu au fil RSS de collectif PRISME, qui traite normalement des PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs.

Aujourd'hui parait un condensé d'un point de vue sur l'émission de Frédéric Taddéi où venait notamment Jean Baubérot : Défendre le droit de porter le burqa ! - PRISME. Je vous livre un extrait représentatif :
Parlant de l’espace public, il nous explique qu-on ne peut y toucher parce que la première exigence de la laïcité c’est la liberté. Comme si la liberté n’était pas réglementée et qu’en société on ne se donnait pas en même temps que des biens communs des interdits pour les faire respecter.
 En cherchant d'où provient ce texte, c'est en fait signé Riposte laïque, un site que je ne connaissais pas. Visiblement Jean Baubérot y est plutôt mal vu : "Ramadan et Bauberot même combat : mettre à mort la laïcité". Bon les raccourcis sont toujours faciles, mais le texte ne fait vraiment pas dans la dentelle :
Au contraire, on devrait d’autant plus l’interdire comme un danger pour les libertés des musulmans ? Que le port de ces archaïsmes soit volontaire ou non n’y change rien, bien au contraire. S’il est volontaire, il doit être d’autant plus combattu, car dans ce cas, la burqa devient l’expression d’une volonté politique s’affirmant au nom d’une religion contre nos valeurs communes, nos principes de liberté d’égalité et de fraternité. La burqa a alors pour objectif de peser sur les décisions collectives et par là-même de jeter le trouble, la discorde entre les citoyens. C’est le retour du cléricalisme en grand dont la société française s’était débarrassée avec le catholicisme et qui revient par la fenêtre. On a le droit d’affirmer face à cela, qu’on ne veut pas que chez nous, en France, on vive de cette façon là.
On atteint bien le fond du problème déjà soulevé par le minimalisme éthique développé par Ruwen Ogien autour de 3 principes :
  1. Principe de considération égale, qui nous demande d’accorder la même valeur à la voix et aux intérêts de chacun : s'il y a consentement, on ne peut pas l'ignorer.
  2. Principe de neutralité à l’égard des conceptions du bien personnel.
  3. Principe d’intervention limitée aux cas de torts flagrants causés à autrui : la burqa n'a tué personne.
Si on veut interdire la burqa, pourquoi ne pas interdire sur la base des mêmes raisons les jeux sadomasochistes qui malmènent l'égalité et la fraternité ? Pourtant, pour certains, cette idée ne viendrait pas à l'esprit puisque cela ne se fait pas dans l'espace public, cela relève uniquement de la sphère privée. En attendant, les violences conjugales, elles aussi du domaine privé, ne baissent pas... Avec le cortège de mortEs chaque année. Bizarrement, ça ne remue ni les foules, ni les députés.

samedi 26 septembre 2009

Comment parler des accomodements raisonnables

J'ai déjà parlé de la conception un peu différente de la laïcité au Canada. Ce pays a une tradition multiculturelle bien plus sensée que la France qui continue de mépriser les langues régionales et les minorités nationales (il suffit d'aller en Guyane).

Le Canada, c'est aussi le pays de Charles Taylor et de Will Kymlicka, deux grands penseurs du multiculturalisme, précisément ceux qui font mentir l'adage "nul n'est prophète en son pays".

Je signale donc la diffusion d'une conférence de Charles Taylor sur la thématique de la laïcité. Jean Baubérot a fait aussi une intervention dans un colloque qui fait un retour un an après le rapport Bouchard-Taylor toujours sur la question de l'accomodement raisonnable qui a fait coulé beaucoup d'encre au Québec.

vendredi 11 septembre 2009

Comment réduire l'idée de progrès à la consommation

De la complexité de l'idée de progrès, de sa richesse, la comptabilité ne retient qu'une dimension : celle qui est susceptible d'être quantifiée, celle dont on pourra mesurer la progression. Le progrès, c'est la progression d'un taux. Une telle assimilation du progrès au taux de croissance du PIB signifie de surcroît que l'on tient pour prouvé que dans nos sociétés les progrès de toutes sortes suivent automatiquement celui des richesses comptables : si nous avons la croissance, alors le reste suivra.

Extrait de : Dominique Méda, Au-delà du PIB. Pour une autre mesure de la richesse, Flammarion, 2008, p.156.

Ce quasi-consensus me rappelle l'incompréhension d'un ouvrier dans un reportage que j'ai vu il y a quelques temps sur la décroissance : "encore faudrait-il qu'on puisse déjà y participer à la consommation !" Peut-être un peu briefé par le syndicaliste qui l'accompagne, la société de consommation semble être un idéal pour tous.

Cette problématique de la définition de la consommation devrait interpeller ces temps-ci : quel que soit ce qu'on pense de la taxe carbone et des efforts à produire collectivement (tant les individus que les gros pollueurs), il y aura bien des changements à apporter à notre mode de consommation. C'est peut-être le plus dur. C'est certainement difficile à imaginer pour ceux qui sont exclus dans l'organisation générale de la "société de consommation" (résumée par les décroissants comme système de surconsommation inégalitaire et peu convivial).

Rien que l'évolution de l'évaluation de notre progrès (social et environnemental), ce sera un premier pas à faire pour changer notre cadre de perception. Et ce pas n'a pas de sens si elle n'est pas le fruit d'un travail collectif et consensuel. Jean Gadrey s'est largement exprimé là-dessus autour de la commission présidée par Sen & Stiglitz : il faudrait pour cela une grande concertation autour de nos conceptions du bonheur, du bien-être ou du progrès. Il n'y a pas forcément de modèle pour cette concertation : comme débats de grande ampleur, les Français ont connu ceux récurrents sur l'école qui ont fini par lasser par manque d'impact ou de visibilité.

Enfin, si débat il devait y avoir, il faut tenir compte de l'échelle européenne puisque le PIB est essentiel comme indicateur européen : "le déficit budgétaire ne doit pas dépasser les 3% du PIB". Le gouvernement Fillon voulait ne plus compter dans le PIB les investissements dans le secteur de la recherche, ou des "industries vertes", mais ça n'a pas été accepté par le Conseil Européen. Il faudra donc de toute manière élaborer ces nouveaux indicateurs de richesse avec l'ensemble des pays de l'UE. Un jour ou l'autre.

mardi 8 septembre 2009

Comment Vidal-Naquet proposait le tirage au sort

Au cours de ces débats, je proposai un jour qu'à côté du conseil élu qui gouvernerait l'École [EHESS], on adjoigne un "anti-conseil" qui serait, lui, tiré au sort. C'était une suggestion inspirée d'Athènes, mais elle ne fut pas retenue. Il m'est arrivé de la reprendre pour d'autres institutions de l'Éducation nationale, et même de la faire aboutir pendant une brève période, au début du pouvoir de la gauche. Les sections du CNU (Conseil national des universités) qui nomment les professeurs ont été ainsi tirées au sort. Cela ne marcha pas mal du tout, mais cela ne dura pas.

Extrait de : Pierre Vidal-Naquet, Mémoires. Le trouble et la lumière 1955-1998, Le Seuil/La Découverte, 1998, p.293.

J'espère voir d'autres exemples de ce type dans les deux ouvrages d'Yves Sintomer à paraître dans les semaines qui arrivent... Inutile de dire que j'attends avec impatience :

  • La démocratie participative: histoires (en coll. avec M.H. Bacqué), La Découverte, coll. Recherches
  • Généalogies des dispositifs participatifs contemporains (en coll. avec M.H. Bacqué), Adels/Yves Michel

samedi 5 septembre 2009

Comment les systèmes de santé tuent des petits enfants

Taux de mortalité infantile (nombre de décès pour 1000 naissances)

Albanie 6 ‰

Allemagne 4 ‰

Andorre 4 ‰

Australie 4 ‰

Autriche 4 ‰

Belgique 4 ‰

Biélorussie 5 ‰

Bosnie-Herzégovine 5 ‰

Canada 5 ‰

Chypre 6 ‰

Corée du Sud 4 ‰

Croatie 5 ‰

Cuba 5 ‰

Danemark 4 ‰

Espagne 4 ‰

Estonie 4 ‰

Finlande 3 ‰

France 4 ‰

Grèce 4 ‰

Hongrie 5 ‰

Hong Kong (Chine) 2 ‰

Iles vierges 5 ‰

Irlande 3 ‰

Islande 3 ‰

Israël 4 ‰

Italie 4 ‰

Japon 3 ‰

Liechtenstein 3 ‰

Lituanie 5 ‰

Luxembourg 2 ‰

Macao (Chine) 3 ‰

Norvège 3 ‰

Nouvelle-Calédonie 6 ‰

Nouvelle-Zélande 5 ‰

Pays-Bas 4 ‰

Pologne 6 ‰

Portugal 3 ‰

Royaume-Uni 5 ‰

Singapour 2 ‰

Slovaquie 5 ‰

Slovénie 2 ‰

Suède 2 ‰

Suisse 4 ‰

Taïwan 5 ‰

République Tchèque 3 ‰

Extrait de : Gilles PISON, "Tous les pays du monde", Population et société, Numéro 458, Juillet-août 2009

Quelques données remarquables :

  • Les données de mortalité infantile pour le Vatican et Monaco manquent : j'ai une vague idée du pourquoi pour le Vatican mais pas pour Monaco.
  • La France se classe légèrement au-dessus de la moyenne européenne.
  • La situation en France est à nuancer, car la moyenne (4‰) ne reflète pas la situation de ses territoires datant du bon vieux temps des colonies : Guadeloupe 6‰, Polynésie 7‰, Martinique 8‰. Mais comment ces inégalités se forment ?
  • Même chose pour la Chine où Hong Kong et Macao restent des exceptions (2 et 3 décès pour 1000 naissance) alors que la moyenne de la Chine communiste est 21‰. N'est pas Cuba qui veut...
  • Les États-Unis arrivent à la 56e place avec 7‰. Je suppose que là encore de fortes disparités territoriales existent sur le territoire. Sans compter les disparités en terme de couverture maladie.

On peut aussi dire que ces données ne reflètent pas complètement la qualité du système de santé. C'est vrai, d'autres déterminants de santé (la qualité de l'alimentation par exemple).

Cela se reproduit avec un autre critère, à savoir l'espérance de vie à la naissance. Le classement reste proche : la France (78 ans pour les hommes, 84 pour les femmes) reste au-dessus de la moyenne des autres pays de l'UE. On vit moins longtemps à la Martinique (76/83) et à la Guadeloupe (75/83) qu'en métropole mais leur écart entre elles a diminué. Les États-Unis sont à la 51e place (75/80), bien après Cuba (76/80) et le Costa Rica (77/82).

Ceci est une contribution aux préjugés des Européens du système de santé des États-Unis... corroborés par les chiffres du World Population Data Sheet publiés par le Population Reference Bureau.